Dans un contexte où l’Inde cherche à renforcer sa supériorité aérienne furtive, l’exportateur d’armement russe d’État Rosoboronexport affirme que Moscou est désormais la seule puissance mondiale prête non seulement à fournir des chasseurs de cinquième génération, mais aussi à permettre leur production locale à grande échelle en Inde. Des responsables de Rosoboronexport ont confirmé que leur offre pour la version export Su-57E inclut un transfert complet de technologie, ouvrant la voie à Hindustan Aeronautics Limited (HAL) pour fabriquer l’appareil sur le sol indien et intégrer ce savoir-faire dans le développement du chasseur indien avancé AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft).
Cette proposition sans précédent intervient à un moment critique pour l’Armée de l’air indienne (IAF), confrontée à une baisse de son effectif en escadrons et à la menace croissante des avions furtifs chinois J-20 sur la Ligne de contrôle réel. Contrairement aux États-Unis ou à la France, qui ont historiquement limité les transferts technologiques profonds pour leurs plateformes de cinquième génération, la Russie propose à l’Inde un véritable partenariat industriel. Cette démarche s’inscrit parfaitement dans l’initiative « Aatmanirbhar Bharat » (Inde autonome) portée par le Premier ministre Narendra Modi.
Le cœur de cet accord est le Su-57E, version à l’export testée au combat du Su-57 Felon — la réponse russe au F-22 Raptor américain et au Chengdu J-20 chinois. Selon les représentants de Rosoboronexport, l’offre ne se limite pas à une simple livraison : « La Russie est le seul pays à proposer non seulement la fourniture de chasseurs de cinquième génération, mais également la production localisée du Su-57E en Inde avec un transfert de technologie complet permettant à l’Inde de développer ses propres avions de nouvelle génération. » Ce partenariat inclut des coentreprises dans l’usine HAL de Nashik, déjà familiarisée avec la production indigène du Su-30MKI, dont plus de 270 exemplaires ont été assemblés localement, facilitant ainsi la montée en puissance de l’assemblage de chasseurs furtifs.
Le transfert de technologie couvre des sous-systèmes essentiels tels que les revêtements furtifs, les structures composites, l’intégration avionique et les baies d’armes. Il permet à l’Inde de « AMCAniser » le Su-57E en y substituant des composants nationaux, comme le radar AESA Uttam et les calculateurs de mission indigènes. Les évaluations russes, notamment par le Bureau d’études Sukhoi, estiment que HAL est aujourd’hui prête à environ 50 %, les écarts restants pouvant être comblés par des investissements ciblés dans les matériaux avancés et la fusion des capteurs. Une feuille de route vers une complète indigenisation devrait être présentée lors de la prochaine visite officielle du président russe Vladimir Poutine à New Delhi les 5 et 6 décembre, à l’occasion du 23e sommet Inde-Russie.
Au-delà des chiffres, ce projet de localisation revêt un enjeu stratégique. Une première livraison de 40 à 60 Su-57E pourrait combler le vide technologique entre la génération quatrième et cinquième de l’IAF jusqu’au vol inaugural de l’AMCA MkII prévu au début des années 2030. Par ailleurs, les technologies absorbées – design furtif et propulsion supercroisière notamment – nourriraient directement les ambitions indiennes pour une sixième génération d’avions de combat.
Un élément central de l’offre porte sur le moteur turbojet de cinquième génération 117S. Confirmé par des sources russes, ce moteur est conçu spécifiquement pour des avions tactiques comme le Su-57E et développe une poussée de 14 500 kgf. Il promet une réduction de la consommation de carburant d’au moins 7 % dans tous les régimes de vol par rapport aux moteurs antérieurs. Sa durée de vie étendue jusqu’à 6 000 heures, contre 3 000 à 4 000 heures auparavant, permet de diminuer les coûts de cycle de vie et d’augmenter la disponibilité opérationnelle — un paramètre clé pour l’importante flotte indienne.
Développé par l’United Engine Corporation (UEC) avec des technologies avancées telles que des aubes de turbine en monocristal et une gestion numérique complète du moteur (FADEC), le 117S optimise l’efficacité énergétique tout en réduisant les signatures infrarouges grâce à des buses de postcombustion furtives. En assouplissant les contraintes sur la durée de vie, la poussée peut être augmentée pour répondre aux exigences exigeantes des opérations de cinquième génération, notamment le supercroisière à Mach 1,6 sans postcombustion.
Le 117S a été présenté pour la première fois en novembre 2024 lors du salon aéronautique Airshow China à Zhuhai, où il était clairement associé au fuselage du Su-57. Cette coïncidence a été interprétée par les observateurs comme un signe fort que ce moteur a été conçu pour les partenaires internationaux, notamment l’Inde. « Le moteur 117S a été développé avec des technologies de pointe pour améliorer l’efficacité énergétique et réduire les coûts d’exploitation, » a commenté un représentant de l’UEC, précisant son double rôle potentiel : mise à niveau des Su-30MKI de l’IAF dits « Super Sukhoi » et moteur principal pour les versions Su-57E et hybrides AMCA.
Une récente visite d’une délégation du ministère indien de la Défense, dirigée par le secrétaire à la Production de Défense Sanjeev Kumar, dans les installations de l’UEC à Moscou-Salyut, a renforcé l’intérêt pour le 117S. Le groupe a bénéficié d’un briefing exclusif soulignant la compatibilité du moteur avec la division moteurs de HAL à Koraput, déjà spécialisée dans la révision des moteurs AL-31FP. Les discussions ont porté sur une indigenisation de 50 % des chaînes de production, ce qui pourrait injecter environ 20 000 crores de roupies dans la coopération bilatérale et réduire la dépendance indienne aux pièces de rechange, particulièrement précieuse en période de sanctions occidentales contre la Russie.