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Alors que les températures grimpent dans le ciel indien en raison des changements climatiques et des exigences opérationnelles, une vulnérabilité flagrante apparaît sur les pistes : la flotte de Su-30MKI de l’Armée de l’Air indienne (IAF) souffre littéralement sous un soleil implacable. Avec des températures dans les cockpits atteignant 50 °C sur des bases clés comme Pune et Bareilly, des composants essentiels – de l’avionique aux joints en caoutchouc – subissent des dégradations accélérées, menaçant la disponibilité opérationnelle des appareils. Ce problème, déjà signalé par Hindustan Aeronautics Limited (HAL) depuis 2010, n’a reçu de la part de l’IAF que des réponses jugées insuffisantes. Dans un contexte de tensions frontalières et de modernisation rapide, l’absence d’abris blindés pour plus de 150 Su-30 révèle un grave déficit d’infrastructures, transformant un atout stratégique en un risque potentiel.

Les récentes révélations émanant de sources militaires et les discussions sur les réseaux sociaux ont remis ce sujet en lumière, confirmant des inquiétudes parlementaires de longue date et illustrant le choc entre extrêmes climatiques et conceptions héritées. Alors que l’IAF cherche à renforcer ses escadrons face aux menaces allant de la Ligne de Contrôle Actuelle (LAC) à la mer d’Arabie, se pose la question cruciale : combien de temps encore les chasseurs Su-30 pourront-ils résister aux conditions intenses imposées par leur environnement immédiat ?

Alignés aile contre aile sur les tabliers ouverts des bases telles que Pune (Lohegaon AFS), Bareilly (Kashmiri Pathan), Chabua, Jodhpur et Tezpur, les Su-30MKI, pilier du combat multirôle indien, affrontent quotidiennement l’agression combinée du rayonnement solaire et des tempêtes de poussière. Privés d’abris adaptés, leurs verrières piègent la chaleur comme une serre, faisant grimper la température intérieure jusqu’à 50 °C durant les heures les plus chaudes.

L’avionique, les écrans multifonctions (MFD) et les faisceaux de câblage se détériorent sous cette exposition prolongée, provoquant des dysfonctionnements et une fiabilité amoindrie. La peinture s’écaille et perd son éclat, ce qui compromet les traitements anti-détection, tandis que les joints en caoutchouc autour des trappes, des conduites de carburant et des sièges éjectables deviennent cassants et craquent. Ce phénomène augmente les risques lors des manœuvres soumises à de fortes accélérations et pendant les éjections d’urgence. La chaleur emprisonnée accélère par ailleurs le vieillissement des composites non métalliques, des polymères des verrières et de l’électronique sensible. De plus, les infiltrations de poussière endommagent les pales des compresseurs moteurs, favorisant les dommages dus à corps étrangers (FOD).

De précédents événements illustrent le danger : en 2009, un coup de foudre a gravement endommagé un Su-30 à Pune, un incident aggravé par la fragilisation des matériaux soumise à la chaleur, qui a amplifié les surtensions électriques. Le Centre pour la Navigabilité et la Certification Militaire Aérienne (CEMILAC), autorité indienne sur la navigabilité, souligne depuis longtemps que les soukhoï russes ont été conçus pour des climats sibériens glacials, avec une tolérance débutant en dessous de 0 °C, rendant leur architecture peu adaptée aux températures élevées subies en Inde, et encore moins aux pics extrêmes dans les cockpits.

À titre de comparaison, des plateformes indigènes comme le chasseur léger Tejas, l’hélicoptère Dhruv et le biplace d’entraînement Sitara disposent de composants en caoutchouc certifiés pour résister jusqu’à 71 °C. Les seuils précis pour le Su-30MKI restent, eux, classifiés ou non confirmés, alimentant les spéculations sur un décalage entre conception et environnement réel.

HAL, constructeur sous licence du Su-30MKI à Nashik, tire la sonnette d’alarme depuis 2010, alors que les premiers escadrons rapportaient des pannes prématurées dues à la chaleur. Lors de multiples réunions de contrôle qualité et conférences de commandement, les ingénieurs de HAL ont présenté des données sur la dégradation liée à la chaleur, réclamant l’acquisition d’abris blindés résistants aux explosions (HAS) pour protéger contre les intempéries et les frappes en temps de guerre. La ligne de production de Nashik elle-même applique cette solution : les Su-30 fabriqués par HAL y sont systématiquement entreposés dans des hangars climatisés, ce qui préserve leur intégrité.

En revanche, sur les bases opérationnelles, des bâches en toile offrent une protection limitée, bloquant les rayons UV mais sans isoler thermiquement. Ces couvertures de fortune, placées sur des avions au sol, piègent la chaleur convective en dessous, aggravant les problèmes signalés par HAL : déformation des joints, dysfonctionnements de l’avionique, usure prématurée des systèmes d’éjection.

Un rapport de 2011 faisait part de la consternation de HAL : « L’IAF a eu suffisamment de temps pour construire des abris sur les bases principales, telles que Pune et Bareilly », mais les infrastructures ont pris du retard. En 2015, une commission parlementaire exprimait la même frustration, rappelant que l’IAF reconnaissait que les Su-30 « ne pouvaient pas être logés dans les abris existants », les exposant ainsi pleinement – cette vulnérabilité ayant failli coûter cher lors de la réponse à l’attaque de Balakot en 2019, où l’absence d’abris blindés avait contraint à mobiliser des MiG-21 pour les premiers décollages.

Les efforts de HAL ont porté leurs fruits dans d’autres domaines, avec plus de 100 modifications apportées à la flotte Su-30 depuis sa mise en service, notamment un système de refroidissement amélioré pour les radars modernisés. Pourtant, la campagne pour l’obtention d’abris adaptés a buté sur une inertie administrative. Après l’Opération Sindoor en mai 2025, HAL a intensifié son alerte, imposant des heures supplémentaires pour l’inspection des appareils soumis à un stress thermique, témoignant du coût humain du retard pris.

Quant à la position officielle de l’IAF, elle s’est résumée à un courriel lacunaire adressé aux commandants d’escadrille : « Des abris de maintenance ont été acquis ; d’autres sont en cours d’acquisition. » Cette phrase lapidaire, adressée à une flotte de plus de 150 appareils, a suscité sarcasmes et scepticisme, certains ironisant sur un achat virtuel « dans le métavers », tandis que les Su-30 restent visibles en stationnement à l’air libre sur les bases mentionnées.