Airbus, qui s’est déjà imposé à deux reprises lors des concours de ravitailleurs aériens de l’Armée de l’air indienne (IAF) sans toutefois décrocher de contrat, se prépare à répondre au prochain appel d’offres pour six ravitailleurs neufs. Cette fois, le géant européen de l’aéronautique doit faire face à un contexte nettement plus complexe, notamment en raison de la percée d’un adversaire de poids : le KC-46A Pegasus de Boeing, associé au partenariat HAL–IAI proposant des appareils Boeing 767 reconfigurés.
L’IAF prévoit d’intégrer au total 12 appareils de ravitaillement en vol selon un modèle d’acquisition à double voie :
- Six Boeing 767 d’occasion ou commerciaux, convertis en Multi-Mission Tanker Transports (MMTT) par Israel Aerospace Industries (IAI) en partenariat avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL).
- Six ravitailleurs neufs, pour lesquels Airbus et Boeing s’affronteront.
Historiquement, Airbus s’est imposé dans les compétitions indiennes grâce à des critères techniques et tarifaires avantageux. Son A330 MRTT avait ainsi été retenu à deux reprises, en 2010 puis en 2013. Cependant, ces accords ont échoué, principalement en raison de désaccords financiers et de contraintes budgétaires, malgré l’excellence avérée de la plateforme à l’échelle mondiale.
Le défi d’Airbus aujourd’hui n’est plus seulement celui du prix, mais aussi celui de la cohérence de la flotte. L’intention de l’IAF d’acquérir six ravitailleurs convertis Boeing 767 via le partenariat HAL–IAI soulève une problématique stratégique majeure :
- Le KC-46A de Boeing repose sur la même cellule Boeing 767 que les appareils convertis proposés par HAL–IAI.
- Cela confère un avantage indéniable à Boeing, car l’IAF pourrait opérer une flotte homogène de 12 ravitailleurs basés sur un même type d’appareil.
- Une telle uniformité facilite notamment la formation des équipages, la maintenance, la logistique des pièces détachées et réduit les coûts de maintien en condition opérationnelle à long terme.
Ce facteur de standardisation devrait fortement peser dans l’évaluation des ravitailleurs neufs par l’IAF.
Selon plusieurs sources, Airbus est confronté à une montée des difficultés pour plusieurs raisons : un coût d’acquisition plus élevé pour l’A330 MRTT comparé aux plateformes dérivées du plus petit Boeing 767, la volonté de l’IAF de contenir les coûts totaux sur la durée de vie des aéronefs en contexte de contraintes budgétaires, ainsi que l’attrait politique et opérationnel d’une flotte unifiée. Par ailleurs, la promotion active du KC-46A par Boeing s’appuie sur les cadres existants de coopération en matière de défense entre les États-Unis et l’Inde.
Pour rester compétitif, Airbus devra proposer des tarifs agressifs et un partenariat industriel solide. Mais à ce stade, la dynamique d’acquisition de l’IAF semble s’orienter clairement vers l’écosystème du Boeing 767.