En novembre 2023, alors qu’il était chef de la Luftwaffe, le général Ingo Gerhartz avait souligné la nécessité d’accélérer le développement de certains axes clés du projet du Système de Combat Aérien du Futur (SCAF), notamment ceux liés aux effecteurs connectés, également appelés « porteurs distants », et aux drones de combat (UCAV). « Nous devons les avoir bien plus tôt », avait-il insisté dans une interview.
Pour rappel, la responsabilité du développement des effecteurs connectés et des drones destinés à accompagner les avions de combat de nouvelle génération (NGF) a été confiée à Airbus Defence & Space, en partenariat principal avec MBDA.
En 2024, alors que la France s’apprêtait à lancer le Rafale F5 et son drone de combat dérivé du démonstrateur nEUROn, Airbus Defence & Space avait présenté le « Wingman », un projet de drone UCAV piloté depuis un avion de chasse existant tel que l’Eurofighter. Ce drone était conçu pour réaliser des missions à « haut risque », telles que la guerre électronique, la reconnaissance et les frappes terrestres.
Une question se pose désormais quant à l’avenir de ce projet, suite à l’annonce faite par Airbus le 16 juillet. Le groupe européen a officialisé une alliance avec la société américaine Kratos afin de proposer à la Luftwaffe un avion de combat collaboratif non armé (UCCA), développé à partir du drone XQ-58A Valkyrie.
Le XQ-58A Valkyrie, développé dans le cadre du programme LCASD (Low Cost Attritable Strike Demonstration) du laboratoire de recherche de l’US Air Force, a effectué son premier vol en mars 2019.
Lancé à l’aide d’une catapulte pneumatique sur rail, ce drone de type « Loyal Wingman » dispose d’un rayon d’action de 5600 km, peut atteindre Mach 0,9 et voler jusqu’à 13 700 mètres d’altitude.
Propulsé par un turboréacteur Williams FJ33, le Valkyrie peut embarquer une charge utile de 270 kg dans sa soute, équivalente à deux bombes GBU-39, avec la possibilité d’augmenter cette capacité grâce à des points d’emport externes.
Le 3 juillet, l’Air Force Research Laboratory (AFRL) a célébré une étape importante dans la « collaboration homme-machine » : des pilotes aux commandes d’un F-16C et d’un F-15E « Eagle » ont contrôlé simultanément chacun deux XQ-58A lors d’un entraînement de combat aérien, démontrant ainsi l’intégration en temps réel entre plateformes pilotées et semi-autonomes.
Dans le cadre de son partenariat avec Kratos, Airbus Defence & Space devra fournir le système de mission « souverain » qui sera installé à bord du XQ-58A Valkyrie destiné à la Luftwaffe.
« Compte tenu de la situation géopolitique actuelle, nos clients ont exprimé un besoin urgent d’avions de combat collaboratifs, qu’ils soient jetables ou non », a déclaré Michael Schöllhorn, PDG d’Airbus Defence and Space. « Notre collaboration avec Kratos, basée sur une plateforme éprouvée et équipée d’un système de mission multiplateforme souverain, nous permettra de fournir des capacités essentielles à nos forces en Europe d’ici la fin de la décennie », a-t-il ajouté.
Il a également insisté : « Ce partenariat contribuera à renforcer les capacités de défense de l’Europe tout en consolidant les relations transatlantiques au sein de l’OTAN. »
Cette coopération entre Airbus Defence & Space et Kratos s’ajoute à celle que Rheinmetall a signée avec la société américaine Anduril lors du Salon du Bourget en juin. L’accord porte sur la production conjointe des missiles Barracuda et Fury, développés par la société californienne, ainsi que sur le développement de moteurs-fusées à propergol solide pour le marché européen.
Laurent Lagneau