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L’Armée indienne engage une modernisation majeure en intégrant 75 000 fusils d’assaut AK-203 cette année, remplaçant ainsi la génération usée des INSAS par une arme moderne largement produite localement. Ce renouvellement s’inscrit dans une dynamique forte de souveraineté industrielle et d’autonomie stratégique.

Assemblés à la vaste usine de munitions de Korwa à Amethi, dans l’Uttar Pradesh, sous une coentreprise indo-russe, ces fusils représentent un tournant essentiel : plus de 70 % des composants sont désormais fabriqués en Inde, notamment à la Small Arms Factory (SAF) de Kanpur. Cette intégration industrielle réduit sensiblement la dépendance aux importations et renforce l’écosystème de l’armement léger national.

L’AK-203 est une évolution du célèbre Kalachnikov, chambré en 7,62×39 mm, offrant une puissance d’arrêt améliorée et une fiabilité adaptée à la diversité des terrains, du plateau himalayen de la Line of Actual Control (LAC) aux déserts du Thar. Après avoir passé avec succès les tests rigoureux de l’« Opération Sindoor » en mai 2025, où les troupes de première ligne ont salué son ergonomie supérieure aux problèmes de coincement des INSAS, cette commande d’unité vient équiper les bataillons d’infanterie avec une arme « Made in India ».
« Il ne s’agit pas simplement d’un remplacement, mais d’un réarmement placé sous le signe de la souveraineté, » a souligné le Chef d’État-Major de l’armée, le Général Upendra Dwivedi, lors d’une récente visite à Amethi, mettant en avant l’amélioration de la capacité opérationnelle face aux tensions persistantes aux frontières.

La ligne d’assemblage de Korwa, opérée par Indo-Russian Rifles Private Limited (IRRPL) – une joint-venture à parts égales entre l’Indian Ordnance Factory Board et la Kalachnikov Concern russe – a atteint une cadence stable. En 2024, 48 000 unités avaient été livrées, et l’ajout de 75 000 fusils cette année franchira le cap des 120 000 exemplaires. Le programme prévoit la livraison de plus de 600 000 fusils sur les cinq prochaines années, dans le cadre d’un contrat évalué à environ 5 200 crores de roupies, favorisant le transfert de compétences et la création d’emplois dans le corridor industriel de la défense de l’Uttar Pradesh.

Ce projet se distingue particulièrement par son fort taux d’indigénisation : plus de 70 % des pièces, des canons aux culasses, sont fabriquées sous la supervision du DRDO (la principale organisation indienne de recherche en défense) afin d’assurer une qualité conforme aux standards russes. Cette dynamique, impulsée notamment après les affrontements du Galwan en 2020, répond à la nécessité de sécuriser les chaînes d’approvisionnement mises en évidence par les perturbations mondiales, tout en s’inscrivant dans la feuille de route Atmanirbhar Bharat (Inde autosuffisante). IRRPL ambitionne d’augmenter sa capacité jusqu’à 12 000 fusils par mois d’ici 2026, s’appuyant sur des lignes automatisées et une main-d’œuvre qualifiée de plus de 1 000 employés, avec l’objectif d’exporter les surplus vers des pays partenaires.

Pour les soldats indiens, l’AK-203 offre un armement plus léger (3,4 kg à vide), des rails modulaires compatibles avec les optiques et suppresseurs, ainsi qu’une cadence de tir de 600 coups par minute. Ces améliorations contribuent à réduire les pannes lors d’opérations en conditions difficiles, telles que les terrains boueux ou poussiéreux. Après 25 ans de service, l’INSAS, introduit en 1998, cède la place à cette nouvelle génération d’armes, marquant la fin d’une ère critiquée pour sa fiabilité et ouvrant un nouveau chapitre à fort potentiel export à travers IRRPL, qui vise notamment des partenariats avec l’Arménie et des pays africains, renforçant ainsi la présence de l’Inde sur le marché international de l’armement léger.