Al-Qaïda, tristement célèbre pour avoir orchestré les attentats du 11 septembre 2001, refait surface en Afghanistan, relançant des activités inquiétantes qui rappellent l’époque précédant ces attaques.
Le groupe terroriste gère à nouveau des camps d’entraînement militaires et collabore étroitement avec les talibans dans diverses activités illicites, notamment le trafic de drogue, l’exploitation minière et la contrebande. Les profits ainsi générés alimentent des mouvements djihadistes à travers le monde.
Un rapport confidentiel, diffusé auprès de diplomates occidentaux et d’officiels des Nations unies, met en lumière les relations étroites entre Al-Qaïda et les talibans afghans, révélant une coopération symbiotique fondée sur l’exploitation des ressources afghanes et la diversion de l’aide internationale destinée à la population locale.
Établi par un cabinet londonien spécialisé dans l’analyse des menaces, ce document dresse un tableau sombre de la résurgence d’Al-Qaïda sous l’ombre protectrice des talibans.
Selon ce rapport, les talibans fournissent un appui étendu à Al-Qaïda, allant de l’assistance logistique à l’accès à des réseaux clandestins, dont le lucratif trafic d’héroïne. Soutenu par les talibans, Al-Qaïda a pris le contrôle des routes de contrebande précédemment utilisées pour financer l’insurrection contre l’ancien gouvernement afghan.
Depuis la reprise de Kaboul par les talibans en août 2021, ces itinéraires ont été réorientés vers le trafic de méthamphétamine, d’armes, d’espèces et d’or, facilitant l’arrivée de militants venus de régions telles que le Yémen, la Libye ou la Somalie vers les camps d’entraînement remis en activité par Al-Qaïda.
Le rapport révèle également qu’Al-Qaïda exploite activement les ressources naturelles afghanes, notamment les mines d’or situées dans les provinces du Badakhchan et du Takhar.
Au cours des deux dernières années, le groupe aurait détourné plus de 195 millions de dollars issus de ces mines, une partie substantielle étant directement versée dans ses caisses.
Al-Qaïda percevrait ainsi environ 25 millions de dollars par mois issus des revenus de ces exploitations aurifères dans les deux provinces.
Tens de milliers de travailleurs, protégés par des seigneurs de guerre affiliés aux talibans, extraient l’or, enrichissant à la fois Al-Qaïda et des factions spécifiques au sein de la hiérarchie talibane.
Ce rapport identifie les principales factions talibanes à Kaboul et Kandahar comme des intermédiaires clé dans le partage des profits issus des activités minières avec Al-Qaïda, illustrant la complexité de leur collaboration.
Par ailleurs, quatorze affiliés d’Al-Qaïda, répartis à la fois sur le sol afghan et dans différentes régions du monde, bénéficieraient directement des revenus illicites, consolidant ainsi l’ancrage du groupe terroriste en Afghanistan.
Sur ces quatorze, sept individus résident en Afghanistan et appartiennent à des groupes comme le Mouvement islamique d’Asie de l’Est (ETIM), Jamaat Ansarullah (également connu sous le nom de talibans tadjiks) et le Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP). Les sept autres sont issus des branches d’Al-Qaïda présentes dans la péninsule arabique, le Yémen, l’Irak, la Syrie, le sous-continent indien et l’Afrique de l’Est.
Les investigations récentes ont par ailleurs identifié la présence d’opérateurs seniors d’Al-Qaïda infiltrés au sein de l’appareil administratif taliban, signe d’un regain d’influence et d’une capacité opérationnelle renouvelée de cette organisation terroriste.
La remise en place de camps militaires par Al-Qaïda rappelle ainsi les heures sombres qui ont précédé les attaques du 11 septembre, soulevant de sérieuses inquiétudes quant à une possible résurgence du terrorisme international depuis l’Afghanistan.
Le rapport précise que des dizaines de milliers de mineurs travaillent sous la protection de « seigneurs de guerre proches des talibans » et recense 11 sites d’exploitation aurifère impliqués dans ces trafics. Les bénéfices sont ensuite répartis entre deux factions talibanes et Al-Qaïda.
Ces révélations s’ajoutent à des rapports précédents du Conseil de sécurité des Nations unies, qui avaient signalé l’existence de multiples camps d’entraînement à Ghazni, Laghman, Parwan, Uruzgan ainsi que des dépôts d’armes dans la vallée du Panchir, renforçant l’urgence d’une action internationale coordonnée pour contrer la montée en puissance d’Al-Qaïda et de ses affiliés en Afghanistan.
Alors que la communauté internationale observe la situation avec une vigilance accrue, le spectre du terrorisme plane de nouveau lourdement sur l’Afghanistan.