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Les services de renseignement indiens surveillent de près un accord de transfert de technologie (ToT) entre un fabricant européen de drones et l’entreprise publique pakistanaise Heavy Industries Taxila (HIT). Cette coopération clandestine, si elle se confirme, pourrait renforcer considérablement les capacités des véhicules aériens sans pilote (UAV) d’Islamabad, amplifiant les tensions dans un contexte régional déjà conflictuel.

Un haut responsable indien, suivant de près cette évolution, a précisé que cet accord aurait été signé entre la société européenne non identifiée et HIT, acteur majeur de la production de défense pakistanaise, réputé pour ses chars, véhicules blindés et, de plus en plus, ses armements sophistiqués. « Nous surveillons attentivement ce développement car le Pakistan cherche à garder l’affaire discrète », a-t-il déclaré sous couvert d’anonymat, compte tenu de la sensibilité du renseignement.

Le calendrier de cet accord est particulièrement préoccupant pour l’Inde, survenant peu après l’opération Sindoor, un conflit transfrontalier bref mais intense en mai 2025, qui a mis en lumière d’importantes asymétries dans la guerre des drones entre les deux puissances nucléaires. Lancée le 7 mai 2025, l’opération Sindoor a vu les forces indiennes mener des frappes de précision ciblant des infrastructures terroristes liées à des groupes militants pakistanais comme le Jaish-e-Mohammed. En représailles, le Pakistan a déployé plus de 600 drones à bas coût opérant en essaim pour saturer les défenses aériennes indiennes, reprenant des tactiques observées lors du conflit Russie-Ukraine. Si le système de défense aérienne indigène indien Akashteer a abattu ces drones avec une efficacité quasi parfaite de 100 %, cet épisode a révélé la volonté pakistanaise de renforcer agressivement son arsenal de drones.

Après Sindoor, des officiers supérieurs pakistanais ont contacté des fabricants de drones militaires en Ukraine, Russie et plusieurs pays européens pour acquérir des drones de type MALE (moyenne altitude, longue endurance). Ces plateformes capables de rester en vol plus de 24 heures à plus de 7 500 mètres d’altitude sont particulièrement adaptées aux missions de renseignement, surveillance, reconnaissance (ISR) et frappes de précision, ce qui pourrait considérablement accroître l’emprise du Pakistan sur la guerre des drones si ce transfert de technologie européen se concrétise. « Ce pacte pourrait renforcer la capacité de guerre par drones du Pakistan », a averti le responsable indien, ajoutant que la production locale rendrait possible le contournement des restrictions à l’export et des sanctions qui frappent fréquemment les livraisons d’armement directes au Pakistan.

Les analystes soulignent que cet accord s’inscrit dans une course régionale aux armements non habités, alors que la dynamique de la puissance aérienne en Asie du Sud évolue rapidement. Le Pakistan exploite déjà des drones turcs Bayraktar TB2 et Akinci, ainsi que les Wing Loong chinois, mais ne dispose pas encore de capacités MALE aussi complètes que l’Heron TP indien ou le MQ-9 Reaper américain. Un transfert de technologie européen pourrait combler ce déficit en apportant des systèmes avioniques avancés, suites de capteurs et intégration de charges utiles améliorant la létalité et la résistance des drones pakistanais face aux contre-mesures indiennes.

La discrétion entourant cet accord accentue les inquiétudes indiennes. Contrairement à des partenariats très médiatisés, comme les discussions de 2021 entre la Russie et le Pakistan sur la co-production de drones Bayraktar turcs finalement avortées sous pression géopolitique, cet accord européen semble enveloppé d’un secret strict, sans doute pour échapper à la vigilance d’organismes internationaux tels que le Missile Technology Control Regime (MTCR). Les entreprises européennes, soumises à des contrôles stricts des exportations au titre de la réglementation européenne, ont jusque-là été prudentes vis-à-vis du Pakistan, mais la perspective de revenus liés au transfert de technologie et l’accès au marché auraient pu faire pencher la balance.

La vigilance de l’Inde va au-delà d’une simple observation passive. Depuis l’opération Sindoor, les forces armées indiennes ont accru leurs investissements dans les technologies anti-drones. Le système Akashteer, un réseau intégré piloté par intelligence artificielle combinant radars, brouilleurs et intercepteurs cinétiques, joue un rôle central dans cette stratégie de défense. Le chef d’état-major des armées, le général Anil Chauhan, a récemment indiqué que certains drones pakistanais récupérés intactes lors de l’opération étaient « rudimentaires » et non armés, suggérant des missions de reconnaissance plutôt que des attaques, tout en soulignant la montée en puissance des menaces à venir.