Les ministres de la Défense allemand Boris Pistorius et suédois Pål Jonson ont affirmé qu’aucune discussion n’est en cours pour intégrer un nouveau partenaire dans le cadre du programme Système Aérien de Combat du Futur (FCAS) visant à remplacer la France, malgré les tensions apparues entre Berlin et Paris.
Cette déclaration a été faite lors d’une conférence de presse tenue mercredi à Berlin, consacrée à la coopération en matière de défense avec Stockholm. Interrogé sur une éventuelle recherche d’alternatives à la participation française dans le contexte d’un conflit industriel sur l’avancement du démonstrateur technologique de la phase 2, Boris Pistorius a répondu : « De telles discussions ne sont pas en cours ».
Le FCAS est un programme collaboratif réunissant l’Allemagne, la France et l’Espagne, destiné à développer un avion de combat de nouvelle génération et les systèmes qui y sont associés. Il vise à remplacer les flottes actuelles vieillissantes d’Eurofighter Typhoon et de Rafale d’ici 2040. Porté par Airbus, Dassault et le groupe espagnol Indra, ce projet emblématique, estimé à 100 milliards d’euros, représente un pilier des ambitions européennes pour moderniser les capacités de défense et renforcer l’autonomie technologique du continent.
Des reportages antérieurs faisaient état d’une mise à l’étude par l’Allemagne de scénarios envisageant le remplacement de la France par la Suède ou le Royaume-Uni, dans l’éventualité où aucun accord ne serait trouvé d’ici la fin de l’année. Cette situation découle de différends entre Berlin et Paris liés à la gestion du programme.
Une réunion tripartite entre l’Allemagne, la France et l’Espagne est programmée à Berlin en octobre afin de déterminer les suites à donner au projet. Boris Pistorius a insisté sur l’importance d’obtenir des résultats clairs à la fin de l’année : « Il faut décider si le FCAS continue et, le cas échéant, sous quelle forme ».
Eric Trappier, le PDG de l’avionneur français Dassault, a quant à lui déclaré mardi lors de l’inauguration d’une nouvelle usine à Cercy (Nord-Ouest de la France) : « Peu m’importe que les Allemands se plaignent. S’ils veulent poursuivre seuls, qu’ils le fassent », précisant que la France pourrait également développer un futur avion de combat en autonomie.
Pål Jonson s’est dit « surpris » de devoir répondre à des questions relatives à une éventuelle implication suédoise dans un projet aérien conjoint avec l’Allemagne. Selon lui, les échanges entre Stockholm et Berlin portent actuellement sur le soutien à l’Ukraine, la guerre électronique et la dissuasion, non sur le FCAS, qui reste un sujet bilatéral franco-allemand. La Suède, déjà engagée dans le programme britannique Tempest, revoit ses priorités en menant des études sur des avions de combat futurs et envisage soit de s’associer à un projet existant, soit de développer une solution propre d’ici 2030.
Lors de cette même conférence, l’Allemagne a également évoqué la possibilité d’acquérir le GlobalEye, système aéroporté d’alerte avancée et de contrôle (AEW&C) développé par le groupe suédois Saab. La France a déjà opté pour cet appareil de surveillance et de commandement.
Boris Pistorius a indiqué : « Oui, c’est une option envisagée par l’Allemagne. Nous y travaillons, aucune décision n’a encore été prise, mais je dirais que c’est une des meilleures options, pour être prudent ».
L’AWACS E-3A de l’OTAN, basé à Geilenkirchen en Allemagne, demeure la pierre angulaire de la surveillance aérienne stratégique de l’Alliance atlantique depuis plusieurs décennies. Sa flotte vieillissante est en cours de modernisation pour prolonger son emploi jusqu’en 2035, date prévue pour son retrait. Sans renouvellement, l’Allemagne perdrait sa capacité nationale d’alerte et de contrôle aéroporté, devenant totalement dépendante du soutien allié. Cette perspective a été accueillie favorablement par Pål Jonson, qui a salué l’initiative allemande d’examiner le GlobalEye : « L’Allemagne doit décider quels capteurs aéroportés elle souhaite acquérir. Nous nous réjouissons que cela approfondisse notre coopération, mais c’est à l’Allemagne de choisir ce qui correspond à ses besoins ».
Mattias Rådström, responsable des relations médias chez Saab, a précisé que l’entreprise « fait constamment la promotion du GlobalEye auprès de clients potentiels dans le monde entier », tout en refusant de commenter des négociations spécifiques.
Par ailleurs, les deux ministres ont souligné la solidité du partenariat germano-suédois au sein de l’OTAN, mettant en avant leurs efforts conjoints pour soutenir l’Ukraine, renforcer la sécurité dans la région baltique et consolider l’Alliance. Dans ce cadre, ils procèdent à l’acquisition commune de missiles sol-air IRIS-T SLM, sous l’égide de l’Initiative européenne Sky Shield.
Enfin, Allemagne et Suède signeront en novembre un nouveau mémorandum d’entente sur la coopération en matière de défense, renouvelant un pacte initial datant de 2009.