Dans un effort pour renforcer les capacités de surveillance en haute altitude de l’Inde, Kalam Labs, innovateur deep-tech basé à Lucknow, a signé un protocole d’accord (MoU) de développement conjoint avec Ascent Vision Technologies (AVT) d’Australie. Ce partenariat vise à collaborer sur le déploiement, l’amélioration technologique et la production locale de systèmes avancés de charges utiles ISR (Intelligence, Surveillance et Reconnaissance) en quasi-espace, spécifiquement destinés aux forces armées indiennes.
Cette annonce intervient dans un contexte de tensions régionales croissantes, et ce MoU promet d’équiper l’Armée de Terre, la Marine et l’Armée de l’Air de charges utiles légères, stabilisées par gyroscope, capables de fonctionner à des altitudes extrêmes et de fournir du renseignement en temps réel sur de vastes zones d’opération. Face à la prolifération des menaces en haute altitude — des essaims de drones adverses aux zones maritimes contestées — ce partenariat positionne l’Inde comme un acteur majeur dans la maîtrise du quasi-espace, comblant le fossé entre les actifs terrestres et les satellites en orbite.
Sous ce MoU, Kalam Labs exploitera les technologies éprouvées de stabilisation EO/IR (électro-optique/infrarouge) d’AVT — notamment la compacte série CM62 — en les intégrant à ses plates-formes stratosphériques légères à hydrogène et portées par des dispositifs plus légers que l’air (LTA). Ces systèmes, conçus pour évoluer entre 20 et 100 km d’altitude, permettront des missions de très longue endurance, dépassant dix fois la portée des drones conventionnels, tout en conservant un profil furtif grâce à une signature thermique faible et une détection minimisée.
La collaboration ne se limite pas à l’adaptation technique : elle englobe une recherche et développement conjointe pour améliorer les charges utiles, avec des fonctionnalités telles que le suivi d’objets assisté par intelligence artificielle, la hiérarchisation automatisée des menaces, ainsi que des communications robustes dans des environnements électromagnétiques contestés. La production industrielle sera montée en puissance dans les installations de Kalam Labs en Uttar Pradesh, avec un objectif de plus de 70 % de contenu indigène dès la première série de prototypes. Les premiers essais sur le terrain sont prévus pour mi-2026, ciblant la surveillance des zones frontalières le long de la Ligne de Contrôle Effectif (LAC) et de la Ligne de Contrôle (LoC), où une ISR constante pourrait faire pencher la balance dans les conflits de type zones grises.
Les charges utiles ISR en quasi-espace constituent la prochaine évolution de la reconnaissance aérienne, opérant dans ce « creux » entre l’atmosphère et l’orbite où les satellites traditionnels peinent en raison des coûts élevés et des délais de revisite, tandis que les drones évoluant en basse altitude sont limités par les conditions météorologiques et leur endurance. Ces systèmes, intégrant des caméras à haute résolution, des capteurs multispectraux et des relais de données, sont déployés sur des pseudo-satellites à haute altitude (HAPS) comme les plates-formes à hydrogène LTA brevetées par Kalam Labs, offrant une couverture continue 24/7 avec une précision submétrique.
La contribution d’AVT est déterminante : leurs stabilisateurs gyroscopiques, pesant moins de 2 kg, fournissent des images stabilisées même sous les turbulences stratosphériques, combinant visible, infrarouge et désignation laser pour des opérations de jour comme de nuit. Associés aux plates-formes de Kalam Labs, qui ont déjà battu des records avec un drone de moins de 4 kg ayant atteint 9 790 mètres dans l’Himalaya par des températures de -60 °C et des vents violents, le résultat s’apparente à une constellation de « porte-avions quasi-spatiaux » prêts à lancer des véhicules hypersoniques ou à effectuer des rotations prolongées en ISR.
Fondée en 2021 et baptisée en hommage au visionnaire Dr APJ Abdul Kalam, Kalam Labs s’est rapidement imposée comme un leader des start-ups aérospatiales indiennes. Spécialisée dans l’infrastructure aérienne stratosphérique, l’entreprise construit un réseau de HAPS pour le combat, la surveillance et même la surveillance climatique — ses réalisations récentes incluent le vol du drone le plus haut en Inde et le développement de prototypes pour l’intégration de planeurs hypersoniques. Soutenue par le programme iDEX et des capitaux privés, Kalam Labs illustre l’essor des start-ups en défense, avec une équipe regroupant des diplômés des IIT et d’anciens ingénieurs du DRDO.