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Des milliers de familles militaires ne bénéficieront pas de l’aide alimentaire fédérale dès le mois prochain, alors que la fermeture partielle du gouvernement américain prive de financement les programmes de lutte contre l’insécurité alimentaire.

Le département américain de l’Agriculture (USDA) a annoncé qu’il ne délivrerait pas les prestations du programme d’assistance nutritionnelle complémentaire (SNAP) ce mois-ci, en raison de l’arrêt des crédits liés au blocage gouvernemental. Un avis officiel publié lundi sur le site de l’USDA indique que le financement a expiré.

« En résumé, le robinet est à sec. À ce stade, aucun versement ne sera effectué le 1er novembre », précise cet avis.

Plus de 40 millions d’Américains dépendent des aides SNAP, parmi lesquels plusieurs milliers de militaires en activité ainsi que leurs familles. Ces prestations, financées par l’État fédéral mais gérées par les États, sont versées chaque mois et constituent un soutien essentiel pour les familles militaires confrontées à la hausse du coût de la vie.

Les familles militaires, tout comme leurs homologues civiles, s’appuient sur ce filet social, souligne Eileen Huck, directrice adjointe des relations gouvernementales à la National Military Family Association, une organisation à but non lucratif.

Le nombre exact de militaires inscrits au programme SNAP reste incertain. Un rapport du département de la Défense de 2020 indiquait que le nombre de soldats bénéficiant de ces aides variait entre 880 et 4 620. Un autre rapport similaire de 2015 mentionnait jusqu’à 22 000 bénéficiaires en 2012. Selon les données de l’USDA, un quart des personnels militaires connaissent des difficultés alimentaires. En outre, de nombreux militaires et familles non inscrits au SNAP font régulièrement appel aux banques alimentaires militaires et autres dispositifs d’aide alimentaire pour pallier le coût de la vie.

« Les familles militaires qui dépendent des aides SNAP sont probablement les plus vulnérables au sein de notre communauté », ajoute Eileen Huck. « Il s’agit majoritairement de jeunes familles, de militaires subalternes, qui connaissent déjà des difficultés financières. La suppression de ces prestations risque de les exposer à de graves privations. »

Bien que l’USDA dispose d’un fonds de réserve destiné aux situations d’urgence, le département affirme qu’il ne peut légalement y avoir recours que pour des catastrophes naturelles ou autres crises exceptionnelles. Pourtant, un plan de l’USDA adopté plus tôt cette année prévoyait que ces fonds de contingence pouvaient être mobilisés en cas de fermeture gouvernementale.

Eileen Huck souligne que la suppression des aides en novembre aura un effet de répercutions importantes. La demande auprès des banques alimentaires civiles va fortement augmenter, entraînant une forte pression sur ces structures et compliquant encore davantage l’accès à la nourriture des militaires et de leurs familles qui en dépendent déjà.

Les banques alimentaires militaires observent d’ores et déjà une augmentation de fréquentation. L’association Armed Services YMCA a ainsi rapporté la semaine dernière une hausse de plus de 30 % de la demande dans ses antennes proches des bases.

La perte des prestations SNAP intervient dans un contexte d’incertitude sur le versement des salaires militaires. Face au blocage gouvernemental, on ignore quand les militaires percevront leur prochain salaire. En octobre, le département de la Défense, ainsi que le département de la Sécurité intérieure pour la Garde côtière, ont détourné des fonds « non engagés » pour assurer le paiement du 15 octobre. La légalité de cette manœuvre est contestée. Dimanche, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré que le paiement du 15 novembre ne pourra pas être garanti.

Outre les salaires, Eileen Huck rappelle que de nombreux conjoints de militaires exercent dans des emplois fédéraux, or leur source de revenus est également suspendue pendant la fermeture, aggravant les difficultés rencontrées par les familles. Les œuvres de bienfaisance militaires officielles ont déployé des aides pour atténuer ces effets.

Cette interruption des aides alimentaires affectera aussi les anciens combattants. Une étude de 2023 de la Rand Corporation a révélé que plus d’un million de vétérans souffrent d’insécurité alimentaire, bien que seuls les deux tiers d’entre eux bénéficient de programmes comme le SNAP. Eileen Huck précise que beaucoup de ces vétérans sont âgés, mais que les aides sont également cruciales pour les nouveaux vétérans en cours de réinsertion dans la vie civile.