Un ancien officier de l’US Air Force a été arrêté pour avoir fourni un entraînement non autorisé sur des avions de combat à des pilotes de l’Armée de l’air chinoise, dans ce que les procureurs américains décrivent comme le dernier cas lié aux efforts de Pékin pour exploiter l’expertise du pouvoir aérien occidental.
Le Département de la Justice des États-Unis a indiqué que Gerald Eddie Brown Jr., âgé de 65 ans, a été arrêté à Jeffersonville, dans l’Indiana, et inculpé d’avoir fourni et conspiré pour fournir des « services de défense » à des pilotes militaires chinois sans autorisation, en violation de la loi sur le contrôle des exportations d’armes. Brown doit comparaître pour la première fois le 27 février 2026 devant un tribunal du district sud de l’Indiana.
Des « services de défense » non autorisés au regard des règles de contrôle des exportations
Selon l’acte d’accusation résumé par le Département de la Justice, Brown aurait conspiré depuis au moins août 2023 avec des ressortissants étrangers et américains pour dispenser un entraînement en aviation de combat à des pilotes de la Force aérienne de l’Armée populaire de libération (PLAAF). Ce type de formation est considéré comme un service de défense en vertu du Règlement sur le trafic international des armes (ITAR) et nécessite une licence délivrée par le Département d’État, que Brown ne possédait pas.
Le Département de la Justice précise que Brown s’est rendu en Chine en décembre 2023 pour débuter cette mission et y est resté jusqu’à son retour aux États-Unis début février 2026. Peu après son arrivée, il aurait été interrogé pendant plusieurs heures sur l’US Air Force, puis, dès son deuxième jour en Chine, il aurait communiqué à la PLAAF des informations sur son parcours professionnel.
Les autorités américaines affirment également que Brown a utilisé un co-conspirateur pour négocier les modalités de cet entraînement avec Stephen Su Bin, un ressortissant chinois déjà condamné aux États-Unis pour avoir conspiré à l’intrusion informatique de grands sous-traitants de la défense américaine afin de dérober des données militaires et sensibles à l’exportation.
Du commandement d’unités nucléaires à l’instruction sur F-35
Le Département de la Justice décrit Brown comme un ancien instructeur de pilotes de combat au long cours dans l’US Air Force, qui a ensuite travaillé comme formateur sur simulateurs en tant que sous-traitant. Il aurait servi plus de 24 ans en uniforme, quitté le service actif en 1996 avec le grade de commandant et piloté ou formé sur plusieurs avions, tels que le F-4, le F-15, le F-16, le A-10, puis plus récemment le F-35 Lightning II en tant que contractuel. Il est également mentionné qu’il a commandé des unités sensibles liées aux systèmes de lancement d’armes nucléaires durant sa carrière militaire.
Cette arrestation intervient alors que les responsables américains et leurs alliés continuent de mettre en garde contre les méthodes de la Chine, qui utilise des intermédiaires privés, y compris des sociétés aéronautiques situées hors de la République populaire de Chine, pour recruter des équipages et spécialistes militaires occidentaux, actifs ou retraités. Un bulletin commun de contre-espionnage publié en juin 2024 par le Centre national de contre-espionnage et de sécurité (NCSC) des États-Unis soulignait que l’Armée populaire de libération recourt à des entreprises privées en Afrique du Sud et en Chine pour recruter d’anciens pilotes occidentaux et mieux comprendre les tactiques, techniques et procédures occidentales.
Un phénomène plus vaste et des mises en garde répétées
Dans son communiqué, le Département de la Justice relie explicitement le dossier Brown au long procès de Daniel Edmund Duggan, ex-pilote du Corps des Marines américain, accusé en 2017 d’avoir aussi fourni des services de défense aux pilotes militaires chinois sans autorisation. Duggan se trouve actuellement en Australie, où il conteste une procédure d’extradition.
Au-delà des cas individuels, les autorités ciblent également des réseaux faciliteurs présumés. En janvier 2026, le Département de la Justice a engagé une action civile pour saisie contre deux instructeurs de missions de guerre anti-sous-marine en route depuis l’Afrique du Sud vers l’armée chinoise. Cette procédure accuse l’Académie sud-africaine d’entraînement en vol (TFASA) d’avoir servi de canal pour le transfert de connaissances aéronautiques de l’OTAN et le recrutement d’ex-pilotes de cette organisation pour des formations en lien avec l’Armée populaire de libération.
La TFASA a aussi été visée par d’autres membres de l’OTAN. Une enquête diffusée par Sky News en 2022 avait montré que la Chine s’était servie de cette académie comme façade pour recruter des anciens pilotes militaires britanniques, proposant des salaires annuels d’environ 240 000 livres sterling. En France, le parquet a ouvert une enquête en 2025 contre un ancien aviateur naval suspecté d’avoir effectué des missions d’instruction en Chine, supposément organisées et financées par une société sud-africaine, selon plusieurs médias français.
Les instances de défense de l’OTAN et des États membres accentuent leurs avertissements auprès des anciens pilotes : travailler après leur carrière avec des entités aéronautiques soutenues par la République populaire de Chine comporte des risques juridiques et sécuritaires. En février 2025, le général James B. Hecker, alors commandant du Commandement aérien allié de l’OTAN et des Forces aériennes américaines en Europe et en Afrique, avait exhorté les équipages à éviter toute collaboration avec des compagnies privées soutenant la Chine, soulignant une tendance légale croissante dans les forces alliées visant à accroître la responsabilité individuelle.