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Quatre mois après l’opération Sindoor qui a fortement fragilisé l’infrastructure terroriste pakistanaise, des sources et images confirment que Lashkar-e-Taiba (LeT) s’installe stratégiquement dans la province trouble du Khyber Pakhtunkhwa (KPK), rejoignant ainsi Jaish-e-Mohammed (JeM) et Hizbul Mujahideen (HM) dans cette région clé.

Après les relocalisations rapportées récemment de JeM et Hizbul vers le KPK, LeT, fondée par le terroriste et cerveaux des attentats du 26/11 Hafiz Saeed, transfert désormais une grande partie de ses infrastructures opérationnelles et de formation plus profondément dans cette province, s’éloignant du Cachemire pakistanais (PoK) et du Pendjab afin d’éviter d’éventuelles frappes indiennes.

Une base terroriste à proximité immédiate de l’Afghanistan

Des informations exclusives ainsi que des photos et vidéos datées du 22 septembre 2025 révèlent la construction d’un nouveau centre d’entraînement et de résidence terroriste, baptisé Markaz Jihad-e-Aqsa, dans la zone de Kumban Maidan, district de Lower Dir, à environ 47 kilomètres de la frontière afghane.

Le chantier aurait débuté en juillet 2025, seulement deux mois après l’opération Sindoor. Les images montrent que la structure du premier étage est déjà érigée, tandis que les travaux se poursuivent.

Ce centre s’étend sur environ 4 643 pieds carrés, sur un terrain vacant jouxtant la mosquée récemment construite par LeT, Jamia Ahle Sunnah. Cette proximité illustre une stratégie récurrente de LeT consistant à dissimuler ses installations de formation sous couvert d’institutions religieuses, afin d’échapper à tout contrôle.

Une direction expérimentée et formée pour la violence

La direction du nouveau centre a été confiée à Nasr Javed, co-architecte de l’attentat meurtrier de Hyderabad en 2006. Il a dirigé le camp de formation Dulai à PoK de 2004 à 2015 et est actuellement actif au sein de la branche de collecte de fonds de LeT, Khidmat-e-Khalq (anciennement Falah-e-Insaniyat Foundation, interdite par l’ONU).

Le volet doctrinal du jihad est assuré par Muhammad Yasin, alias Bilal Bhai, tandis que la formation opérationnelle aux armes est confiée à Anas Ullah Khan, formé en 2016 au camp Garhi Habibullah de LeT.

Le positionnement de ce camp à proximité de la madrasa religieuse Markaz Jamia Ahle Sunnah apparaît délibéré, facilitant le recrutement, le soutien logistique et le camouflage des activités terroristes derrière une façade religieuse.

Des programmes de formation et une relocalisation stratégique

Selon un dossier des agences de sécurité, Markaz Jihad-e-Aqsa proposera deux cursus principaux : Daura-e-Khas et Daura-e-Lashkar. Ce centre doit devenir le nouveau noyau pour l’unité Jaan-e-Fidai Fidayeen de LeT, spécialisée dans les opérations suicides, après la destruction par l’armée indienne, le 7 mai, du centre Markaz Ahle Hadith à Bhimber-Barnala.

Face à cette pression militaire, le camp a été déplacé à Lower Dir pour réduire les risques de frappes indiennes à l’avenir. Toutefois, des sources de l’armée indienne affirment disposer de capacités suffisantes pour atteindre ces zones éloignées si nécessaire.

Parallèlement, la création du camp Hizbul Mujahideen HM-313 à Bandaai Maidan, ainsi que l’extension de JeM à Mansehra, illustrent un mouvement coordonné de développement d’infrastructures terroristes dans le KPK.

Cette expansion de LeT, JeM et HM dans la province pakistanaise semble s’inscrire dans une stratégie concertée, probablement orchestrée par la direction des opérations spéciales de l’ISI, les services de renseignement pakistanais, pour échapper à la surveillance indienne.

Vers une montée en puissance de la menace

Outre ce nouveau centre, LeT prévoit aussi d’étendre ses camps déjà existants à Garhi Habibullah et Batrasi. L’objectif est de restaurer pleinement ses capacités de recrutement, de formation et d’hébergement après la destruction de plusieurs sites à PoK et au Pendjab, dont Gulpur Kotli, Shwai Nala, Bhimber-Barnala et son QG de Muridke.

La proximité géographique entre les camps en construction de LeT et Hizbul Mujahideen à Lower Dir – seulement 4 kilomètres – suggère une coordination opérationnelle ou une volonté de mutualiser des ressources.

Cette actualité survient peu après qu’une frappe aérienne pakistanaise a largué huit bombes LS-6 sur le village de Matre Dara dans la vallée de Tirah, tuant 30 personnes dont des femmes et des enfants. Ce paradoxe met en lumière une réalité troublante : au nom de la lutte contre le terrorisme dans le KPK, le Pakistan contribue à la mort de ses propres citoyens, tout en facilitant en parallèle le déplacement et l’implantation de groupes terroristes sur son territoire.

Un centre en voie d’achèvement et de montée en puissance

Le centre LeT devrait être opérationnel d’ici décembre 2025. Bien que toujours en construction, il émerge déjà comme un point névralgique pour le recrutement, la radicalisation et la formation à grande échelle de combattants.

Fait notable, la mosquée Markaz Jamia Ahle Sunnah voisine n’est achevée qu’à 80 %, mais LeT concentre ses ressources sur la construction du centre d’entraînement Jihad-e-Aqsa, témoignant de l’importance et de l’urgence qu’elle accorde à ce projet.