Quatre mois après l’opération Sindoor qui a porté un coup sévère à l’infrastructure terroriste au Pakistan, des sources et des images confirment que des groupes terroristes soutenus par Islamabad, notamment Jaish-e-Mohammed (JeM) et Hizbul Mujahideen (HM), ont entamé une réinstallation stratégique vers la province instable du Khyber Pakhtunkhwa (KPK).
Ce déplacement traduit une importante adaptation tactique de ces groupes, qui considèrent désormais le Cachemire administré par le Pakistan (PoK) comme vulnérable aux frappes de précision indiennes, tandis que le KPK offre une profondeur géographique, une proximité avec la frontière afghane et des refuges terroristes historiques hérités de la guerre en Afghanistan.
Des sources bien informées indiquent que ce mouvement s’effectue avec la pleine conscience et la facilitation directe des structures étatiques pakistanaises, comme en témoignent des rassemblements publics du JeM tenus sous protection policière et l’implication tacite d’organisations politico-religieuses telles que la Jamiat Ulema-e-Islam (JUI).
L’événement le plus marquant révélé s’est déroulé dans la ville de Garhi Habibullah, dans le district de Mansehra au KPK, où le JeM a organisé une campagne de recrutement publique.
Des images diffusées sur les réseaux sociaux et des vidéos obtenues confirment que cette manifestation, présentée comme un rassemblement religieux déobandi, constituait en réalité une mobilisation coordonnée menée conjointement par JeM et JUI, en présence de Maulana Mufti Masood Ilyas Kashmiri, également connu sous le nom d’Abu Mohammad, chef régional du JeM pour le KPK et le Cachemire, qui a pris la parole devant l’auditoire.
Ilyas Kashmiri est une cible de haute valeur recherchée par l’Inde. Très proche du fondateur de JeM, Maulana Masood Azhar, il joue un rôle clé dans la restructuration opérationnelle de JeM post-opération Sindoor.
« Sa présence à un rassemblement public protégé à la fois par des cadres armés du JeM équipés de fusils M4 et par des policiers locaux, notamment l’inspecteur Liaqat Shah de la police de Garhi Habibullah, illustre à la fois la complicité de l’État et l’audace de la stratégie de relance du JeM », a indiqué une source.
Dans son discours d’une trentaine de minutes, Ilyas Kashmiri a glorifié Oussama ben Laden, qualifié de Shohada-e-Islam et de « Prince des Arabes », reliant ouvertement la ligne idéologique du JeM à l’héritage d’Al-Qaïda.
Il a rappelé que suite au détournement de l’IC-814 à Kandahar en 1999, qui permit la libération de Masood Azhar depuis la prison indienne de Tihar et son retour au Pakistan, c’est à Balakot (KPK) que ce dernier avait installé son quartier général, présentant ainsi le KPK comme un sanctuaire éternel pour les moujahidines.
Il a également détaillé les conséquences de la frappe indienne du 7 mai contre le centre Marakaz Subhanallah du JeM, qui fit tomber plusieurs membres de la famille de Masood Azhar.
Ilyas Kashmiri a affirmé que les corps avaient été « réduits en charpie » par les bombes indiennes, et que cet incident avait poussé le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, à ordonner personnellement au quartier général (GHQ) d’exiger des commandants militaires qu’ils assistent aux funérailles des membres du JeM, la Force aérienne pakistanaise de fournir une protection aérienne, et les soldats de saluer les défunts terroristes du JeM.
Son récit vise à présenter l’armée et le gouvernement pakistanais comme « non seulement protecteurs mais aussi acteurs du djihad », un message dangereux résonnant particulièrement auprès de la jeunesse radicalisée déobandi.
L’analyse souligne que le véritable objectif de ce rassemblement était de recruter pour le centre d’entraînement du JeM à Mansehra, le Marakaz Shohada-e-Islam, en cours d’extension depuis l’opération Sindoor, selon les sources.
Les informations locales confirment une activité de construction accrue et une augmentation des approvisionnements logistiques sur le site. Ce centre est directement lié au discours d’Ilyas Kashmiri et à ses appels au recrutement, les participants étant incités à rejoindre JeM et à s’engager physiquement dans le djihad. Le choix du moment et du lieu, ainsi que le rôle de couverture joué par la JUI, témoignent d’une tentative calculée de banaliser le recrutement sous couvert de rassemblements politico-religieux.
Par ailleurs, des sources confirment que le JeM prévoit un autre grand événement le 25 septembre à Peshawar, au Marakaz Shaheed Maksudabad, à l’occasion d’une cérémonie commémorant Yusuf Azhar, frère de Masood Azhar, tué lors de l’opération Sindoor.
Des tracts diffusés dans le KPK annoncent que cette manifestation se déroulera sous le pseudonyme Al-Murabitun. Des cadres supérieurs du JeM sont attendus. Cette réunion devrait servir à la fois de mémoire et de campagne massive de recrutement.
Parallèlement, Hizbul Mujahideen (HM), dirigé par l’ex-commando pakistanais Khalid Khan, construit un nouveau centre d’entraînement appelé « HM 313 » dans la région de Bandaai à Lower Dir, KPK. Ce terrain a été discrètement acquis en août 2024, et la construction a repris après l’opération Sindoor.
Cette installation vise à remplacer les camps détruits dans le PoK et à servir de plateforme d’endoctrinement et de planification pour les opérations transfrontalières en direction du Cachemire.
Sur le plan stratégique, cette localisation révèle une volonté délibérée de JeM et HM de déplacer leur infrastructure vers le KPK, car l’armée indienne avait ciblé des sites au PoK et au Pendjab lors de l’opération Sindoor, tandis que les camps du JeM à Mansehra et du Lashkar-e-Taiba (LeT) à Garhi Habibullah ont été épargnés.
Les groupes terroristes estiment qu’en s’enfonçant plus profondément au KPK, ils réduisent leur vulnérabilité face aux futures frappes indiennes tout en se rapprochant des réseaux afghans.
Les renseignements suggèrent que le KPK est désormais repositionné en zone de commandement arrière pour le JeM, tandis que le PoK continue de jouer le rôle de base avancée pour les infiltrations.
Cependant, ce déplacement pourrait aussi viser à tromper les agences de renseignement.
Le fait que le Pakistan préside actuellement le Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), tandis que des rassemblements publics du JeM se déroulent sous protection officielle, met en lumière une contradiction flagrante dans la posture internationale de son État.