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Saab a confirmé lundi la signature d’un nouveau contrat avec l’Administration suédoise des matériels de défense (FMV) pour la livraison de quatre avions de chasse Gripen E/F au Royaume de Thaïlande.

Cette commande, estimée à environ 5,3 milliards de couronnes suédoises (environ 583 millions de dollars), prévoit des livraisons entre 2025 et 2030. Le lot comprend trois Gripen E monoplaces et un Gripen F biplace, accompagnés d’équipements, de soutien et de formations. Saab a également conclu un accord de compensation à long terme avec la Royal Thai Air Force, incluant transfert de technologie, coopération industrielle et investissements dans divers secteurs de l’économie thaïlandaise.

Ce contrat associe l’acquisition de plateformes aériennes de pointe à des retombées économiques et industrielles, s’inscrivant dans le cadre plus large du programme de modernisation de la défense thaïlandaise.

La Royal Thai Air Force exploite déjà un escadron de Gripen C/D, acquis lors de deux commandes en 2008 et 2010, avec des livraisons s’étalant de 2011 à 2013. Les nouveaux Gripen E/F viendront compléter cette flotte, prolongeant la durée de vie et l’efficacité opérationnelle de la famille Gripen au sein des forces aériennes thaïlandaises. Le président-directeur général de Saab, Micael Johansson, a souligné que la Thaïlande, en tant qu’utilisateur confirmé du Gripen, a choisi la version la plus avancée pour développer ce qu’il décrit comme des capacités stratégiques indépendantes.

L’introduction des versions E/F créera une flotte mixte, combinant les variantes C/D plus anciennes aux dernières avancées technologiques de la série E, renforçant ainsi la continuité opérationnelle et intégrant de nouveaux systèmes.

Une expérience opérationnelle concrète au Cambodge

Le Gripen a déjà été utilisé en combat par la Thaïlande, marquant une étape importante dans son histoire opérationnelle. Le 26 juillet 2025, les Gripen de la Royal Thai Air Force ont été déployés pour la première fois en opérations lors du conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge. Ils ont mené des attaques contre des positions cambodgiennes, constituant ainsi le premier recours confirmé à ces chasseurs dans un conflit armé par la Thaïlande. Ce déploiement a permis aux pilotes et au personnel au sol d’acquérir une précieuse expérience pratique, démontrant la capacité du Gripen à s’intégrer efficacement dans des opérations réelles et sa contribution à la réponse des forces thaïlandaises face aux défis sécuritaires régionaux.

Caractéristiques techniques des Gripen E/F

La série Gripen E a été conçue comme un système de nouvelle génération destiné à contrer des menaces avancées tout en offrant une grande adaptabilité à long terme aux forces aériennes. Les Gripen E et F ont une masse maximale au décollage de 16 500 kg, une envergure de 8,6 mètres et mesurent respectivement 15,2 mètres (E) et 15,9 mètres (F). Ils sont propulsés par un turboréacteur General Electric F414G développant une poussée de 98 kN, et disposent de dix points d’emport pour armes et équipements externes.

Ils disposent de la capacité de ravitaillement en vol et peuvent répondre rapidement, avec des temps de réaction compris entre 10 et 20 minutes selon le type de mission. La version E conserve un canon Mauser BK27 de 27 mm, tandis que la version F, biplace, ne l’intègre pas afin de permettre la présence d’un second membre d’équipage. Ces avions bénéficient d’une grande disponibilité grâce à des opérations de réarmement et de ravitaillement rapides.

Le Gripen E intègre des systèmes avioniques et capteurs avancés, notamment un radar AESA, un système infrarouge de recherche et de poursuite (IRST), ainsi qu’une suite de guerre électronique offrant une couverture à 360 degrés. Ces équipements sont reliés par fusion de capteurs en réseau, avec prise en charge des standards OTAN Link 16 et de liaisons de données nationales, ce qui assure un partage d’information en temps réel. L’interface homme-machine comprend un large écran de visualisation, un affichage tête haute monté sur casque, ainsi qu’une intelligence artificielle intégrée pour assister le pilote dans ses prises de décision.

Le Gripen E a été pensé pour des missions air-air et air-sol. Il peut emporter jusqu’à sept missiles air-air Meteor à longue portée et deux IRIS-T pour l’interception à courte distance, ainsi que des bombes guidées de précision et des pods de reconnaissance pour des opérations terrestres. La compatibilité avec un large éventail d’armements internationaux garantit une grande flexibilité pour les clients exportateurs. Le système de guerre électronique permet d’effectuer des missions offensives et défensives, avec des fonctions d’analyse de signaux en temps réel, de gestion des contre-mesures et de collecte de renseignement électronique.

Le concept opérationnel privilégie également les déploiements depuis des bases dispersées, car le Gripen peut opérer depuis des terrains d’aviation courts ou rudimentaires, nécessitant un effectif réduit et un équipement au sol minimal.

Interopérabilité et retombées industrielles

L’interopérabilité est un élément clé du programme Gripen. Les versions E/F sont pleinement compatibles avec les opérations conjointes alliées, intégrant systèmes de communication, réseaux de liaison de données et une facilité d’adaptation aux armements, favorisant ainsi la coordination avec les forces aériennes, terrestres et navales alliées. Pour la Thaïlande, cela garantit la participation efficace de ses Gripen dans les exercices et opérations multinationales dans la région Asie-Pacifique.

L’accord de compensation signé avec Saab renforce cette acquisition en la reliant au développement industriel et économique du pays, offrant transfert de technologie et opportunités de coopération au-delà du secteur de la défense.

Un succès au sein des utilisateurs du Gripen

La Suède et le Brésil sont les principaux exploitants du Gripen E/F, tandis que le Gripen C/D reste en service en Hongrie, République tchèque, Afrique du Sud et Thaïlande. Le Royaume-Uni utilise un Gripen D à l’École impériale d’essais en vol pour la formation des pilotes, et la Colombie a récemment choisi le Gripen E/F pour remplacer sa flotte de Kfir.

Le Portugal a évalué le Gripen dans le cadre de sa future modernisation de la force aérienne, appréciant son interopérabilité avec l’OTAN, et le comparant notamment au F-35. Le Canada a également étudié le Gripen E pour renouveler ses chasseurs avant d’opter finalement pour le F-35, valorisant le Gripen pour ses coûts d’exploitation moindres, ses possibilités de coopération industrielle locale et son adéquation aux déploiements en Arctique. D’autres pays, comme l’Inde avec la version Sea Gripen, ou l’Argentine, ont porté un intérêt variable à l’appareil en fonction de contraintes spécifiques.

Les raisons principales pour choisir le Gripen, exemplifiées notamment par le Pérou, sont souvent liées à des coûts d’exploitation plus faibles que ses concurrents tels que le F-16, à des contrats de coopération industrielle assortis de transferts technologiques, ainsi qu’à la capacité de l’appareil à opérer depuis des bases dispersées avec une forte disponibilité. Ces atouts rendent le Gripen attrayant pour des pays cherchant à moderniser leurs forces aériennes avec des avions performants, durables et économiquement accessibles, tout en bénéficiant des retombées industrielles associées.