Une audition d’experts s’est tenue lundi dernier au Bundestag dans le cadre de l’examen législatif relatif au projet de nouvelle loi sur le service militaire. Chaque parti représenté au Parlement y a désigné un porte-parole. Ainsi, sur proposition de la CDU et de la CSU, ont pris la parole le colonel André Wüstner, président de l’Association allemande des forces armées, et l’historien militaire Sönke Neitzel.
La SPD était représentée par le général de corps d’armée Robert Sieger, président de l’Office fédéral de gestion des ressources humaines de la Bundeswehr, tandis que l’AfD a fait intervenir l’ancien général de l’armée de l’air Joachim Wundrak, également député au Bundestag. Les Verts avaient convié Quentin Gärtner, secrétaire général de la Conférence fédérale des élèves, et la gauche radicale, Daniela Broda, présidente du Conseil fédéral allemand de la jeunesse.
Une audition marquée par de nombreuses critiques
Comme attendu, toutes les interventions ont fait part de critiques, à l’exception du général Sieger qui, en tant que président de l’Office chargé du personnel des armées, s’est montré peu disposé à démanteler le projet présenté par son ministre de tutelle, Boris Pistorius. Ce texte prévoit une durée de service minimale de six mois pour les soldats contractuels, ce qui permettrait dès cet engagement court d’obtenir une mission « contributive à la protection du territoire national ». Le projet prévoit également une augmentation de solde et une aide à l’obtention du permis de conduire, afin de renforcer l’attractivité du service. Il s’agit ainsi « en aucun cas d’une remise en cause du volontariat ».
Cette affirmation est toutefois contestée par les représentants de la CDU/CSU, Neitzel et Wüstner, qui plaident pour une sélection par tirage au sort dans le cadre d’un service militaire obligatoire. Selon Neitzel, le texte constitue un pas dans la bonne direction pour accroître la capacité opérationnelle de la Bundeswehr, mais reste « un autre document témoignant d’une hésitation coupable ». Par ailleurs, les besoins en effectifs déduits des engagements auprès de l’OTAN dépasseraient très largement les 260 000 soldats actifs et 200 000 réservistes que le projet vise à atteindre.
Débat sur la suspension ou le maintien du service militaire obligatoire
Le colonel Wüstner a également recommandé d’introduire « un mécanisme de bascule » pour réactiver la conscription si le nombre de volontaires venait à faire défaut. Ce dispositif jouerait aussi un rôle dissuasif vis-à-vis de la Russie. Pour sa part, le général Wundrak, dont la position est discutable au sein même de l’AfD, s’est prononcé pour une remise en vigueur immédiate de la conscription pour les hommes nés à partir de 2008. Il propose un service militaire de base d’une durée de trois mois, complété par un service civil alternatif de neuf mois.
Les représentants des associations de jeunesse ont dénoncé la faible prise en compte des attentes de la génération jeune concernée. Celle-ci se sentirait insuffisamment informée par le projet de loi, ce qui provoque un certain désarroi. Quentin Gärtner s’est abstenu de se prononcer en faveur ou contre la conscription, tandis que Daniela Broda a rejeté la mesure contraignant les hommes à remplir un questionnaire pour le fichier militaire. Elle réclame une information exhaustive sur toutes les formes d’engagement au service de l’État et de la société.
Vers un compromis attendu cette semaine
Un désaccord persistant entre les partenaires de la coalition CDU/CSU et SPD porte sur le degré d’obligation à intégrer dans le texte législatif. Des négociations avaient conduit à un accord prévoyant en cas de besoin un tirage au sort tant pour la convocation à la visite médicale qu’à la sélection au service militaire, si le recours aux volontaires s’avérait insuffisant. Cette proposition avait été rejetée par Boris Pistorius, qui souhaite que tous les jeunes hommes soient examinés dès 2027.
Un compromis commence désormais à se dégager, prenant en compte cette dernière demande, tout en maintenant un tirage au sort pour le processus de recrutement au service militaire si nécessaire. Thomas Röwekamp, président de la commission de la Défense et membre de la CDU, estime qu’une décision sera prise d’ici jeudi. À défaut, le comité de la coalition tranchera. Un projet de recommandation pour adoption est prévu le 3 décembre, avec un vote final sur la loi envisagé deux jours plus tard.
Stefan Axel Boes