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Le 4 décembre, l’administration Trump a publié une nouvelle Stratégie Nationale de Sécurité pour 2025. Cette stratégie adopte un ton nettement différent des précédentes, y compris de celle de 2017 publiée lors du premier mandat de Donald Trump, bien que les deux insistent sur le thème « America First ». Si l’utilité même de la publication d’un tel document fait débat, ces stratégies offrent un aperçu précieux de la manière dont une administration perçoit le monde et les intérêts américains. Quatre experts ont été sollicités pour souligner un point positif et un point négatif de cette nouvelle stratégie.

Kori Schake
Chercheuse principale et directrice des études en politique étrangère et défense à l’American Enterprise Institute

Le point positif réside dans l’engagement à disposer de la force militaire la plus puissante au monde. Cela nécessitera un investissement considérable, notamment face à la capacité de construction navale chinoise qui est 230 fois supérieure à celle des États-Unis, ce qui implique un maintien à un niveau de 6 % du PIB pendant au moins une décennie pour retrouver une supériorité confortable. Ce sera d’autant plus difficile si l’administration aliene ses alliés, privant ainsi les États-Unis de leur soutien et participation.

Le point négatif est le décalage frappant entre la description du monde par la stratégie et la réalité. L’Europe n’est pas la menace principale, contrairement à la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord. En fait, cette stratégie semble se préparer davantage à un affrontement culturel avec des pays qui sont pourtant parmi les alliés les plus proches des États-Unis.

Daniel DePetris
Chercheur à Defense Priorities

Aucune stratégie nationale de sécurité n’est infaillible, et le document récemment publié par l’administration Trump ne fait pas exception. Mais il ne s’agit pas non plus d’un échec total. Un aspect rafraîchissant de la stratégie 2025 est l’élimination — ou du moins la mise en sourdine — de l’expression « ordre international fondé sur des règles », qui désigne un ensemble de règles et principes que tous les États devraient suivre. En réalité, chaque État agit selon ses intérêts sécuritaires, y compris les États-Unis, qui prônent souvent le respect de ces règles tout en les contournant quand cela est opportun.

Le revers de la médaille est que la stratégie se révèle souvent contradictoire. Tout en affichant une « prédisposition au non-interventionnisme », elle critique les processus politiques européens et semble soutenir une politique visant à affaiblir les principaux partis politiques du continent. Le document ne précise pas comment cela aiderait l’administration à atteindre ses objectifs légitimes de partage des charges au sein de l’OTAN.

Rebecca Lissner
Chercheuse principale au Council on Foreign Relations

La nouvelle Stratégie Nationale de Sécurité commence sur une note positive. Elle appelle à un « plan concret et réaliste » pour défendre les intérêts fondamentaux des États-Unis, insistant sur le fait qu’« une stratégie doit évaluer, trier et prioriser ». En effet, une stratégie qui priorise tout, que ce soit « un pays, une région, une question ou une cause, aussi méritoire soit-elle », ne priorise en réalité rien. Les auteurs ont raison de souligner que les précédentes stratégies nationales de sécurité ressemblaient souvent à un sapin de Noël, surchargé d’ornements ajoutés par la bureaucratie de la sécurité nationale au détriment de la clarté.

Cependant, la stratégie de Trump a fait le choix dangereux de placer ses priorités sur de mauvais sujets. Elle abandonne le focus pertinent du premier mandat Trump sur la compétition entre grandes puissances, notamment la Chine et la Russie, au profit de la poursuite d’« une relation économique mutuellement avantageuse avec Pékin » et d’une « stabilité stratégique » avec la Russie. La compétition entre grandes puissances est ainsi remplacée par un discours plus idéologique, mettant l’accent sur la domination dans l’hémisphère occidental selon un « Corollaire Trump » à la doctrine Monroe, et la volonté de « corriger » l’orientation politique des alliés européens pour prévenir leur « effacement civilisationnel ». Malgré le langage appuyé sur les priorités, cette stratégie ressemble plus à une polémique qu’à un véritable programme politique.

Frank Hoffman
Ancien haut responsable du Pentagone et officier Marine à la retraite

La nouvelle Stratégie Nationale de Sécurité marque une rupture nette dans les intérêts et les pratiques américaines. Ce que j’apprécie le plus, c’est que ce document définit clairement les objectifs de la compétition stratégique, en particulier vis-à-vis de la Chine. Le texte est plus mesuré que celui du premier mandat Trump, mais il cadre correctement la compétition autour des dimensions économique et technologique, reconnaissant que l’économie est « le socle de notre position globale et la base nécessaire à notre puissance militaire » et que « maintenir la primauté américaine en matière économique et technologique est la meilleure façon de dissuader et d’éviter un conflit militaire à grande échelle ».

Ce que j’apprécie le moins, c’est l’absence de reconnaissance dans le document que de nombreuses politiques de l’administration sapent le succès compétitif des États-Unis. Les objectifs sont déconnectés des nombreux moyens nécessaires pour renforcer l’avantage stratégique américain. Cela inclut le financement fédéral de la recherche, le développement des talents via des règles d’immigration et de visa, les programmes d’éducation en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques, ainsi que le contrôle des exportations technologiques. La récente décision d’autoriser la vente de puces Nvidia à la Chine illustre bien ce décalage entre les actions politiques et les priorités stratégiques affichées.

Cette nouvelle stratégie n’est pas le « désordre total » que certains critiques prétendent, mais à moins que l’administration ne corrige ces aspects contre-productifs de sa politique, les États-Unis ne seront pas en position de l’emporter dans la compétition de l’innovation.