Le ministère britannique de la Défense avait annoncé l’an dernier que les deux derniers bâtiments d’assaut amphibie de la Royal Navy, le HMS Albion et le HMS Bulwark, seraient retirés du service avant d’être remplacés par six navires prévus dans le cadre du programme « Buque de Apoyo Multifuncional » (MRSS) d’ici 2033-2034. Cette décision était justifiée par le fait que ces navires n’étaient plus en état de naviguer et nécessitaient une refonte complète. Depuis, l’un d’eux a été vendu au Brésil à un prix avantageux, et il est attendu que le second suive le même sort.
Pour pallier temporairement ce manque de capacités, le ministère de la Défense envisageait initialement d’adapter l’un des trois navires de débarquement de la Royal Fleet Auxiliary (classe Bay) afin de soutenir les opérations amphibies des Royal Marines. Cependant, cette position a évolué et il a été décidé que le RFA Argus deviendrait l’unité principale de son Groupe de Réponse Littoral jusqu’en 2030, alors que son retrait du service était initialement prévu pour 2024.
« La modernisation du RFA Argus et son opération conjointe avec les navires de la classe Bay dans leur configuration actuelle constituent la solution optimale pour appuyer un groupe de réponse littoral », avait expliqué le ministère de la Défense en 2022.
Toutefois, alors qu’il devait reprendre son cycle opérationnel en juin dernier après cinq mois d’immobilisation à Falmouth pour une « maintenance planifiée », le RFA Argus s’est vu interdit de sortie en mer. L’Agence Maritime et de la Garde-Côtière (MCA) ainsi que le Lloyd’s Register ont estimé que le navire présentait désormais un danger pour la navigation.
Selon des sources rapportées récemment, l’arbre d’hélice du bâtiment nécessitait « une réparation d’urgence afin d’éviter la défaillance du joint d’étanchéité arrière ».
« Le RFA Argus est dans un état avancé de dégradation. Il est regrettable que l’on ait laissé ce navire se détériorer à un point tel qu’il ne soit plus apte à naviguer », a déploré l’amiral Lord West, ancien chef d’état-major de la Royal Navy.
Quoi qu’il en soit, le RFA Argus ne reprendra pas la mer. Le 20 février, la Royal Navy a confirmé qu’il quitterait Portsmouth pour Falmouth en vue de son démantèlement.

Construit en Italie, le RFA Argus était à l’origine un porte-conteneurs réquisitionné durant la guerre des Malouines en 1982. Il fut ensuite acquis par le ministère de la Défense britannique pour servir de plateforme d’entraînement aux futurs pilotes d’hélicoptères de la Fleet Air Arm. En 1991, il a été modifié pour accueillir un hôpital et remplir des missions humanitaires.
En théorie, la Royal Navy pourrait recourir aux trois Lanchas de Desembarco Auxiliares (LCA) allemandes pour conduire des opérations amphibies, étant donné qu’elles peuvent transporter 500 soldats avec leurs véhicules blindés. Cependant, aucune n’est actuellement opérationnelle.
En effet, le RFA Lyme Bay est actuellement amarré à Gibraltar après avoir participé à un exercice de la Royal Navy il y a quelques mois. Selon des informations récentes, il devrait y rester jusqu’en avril prochain en raison de contraintes budgétaires. Le RFA Mounts Bay est aujourd’hui sans équipage, tandis que le RFA Cardigan Bay est en cours de remise en état, mais les travaux sont retardés.
Par ailleurs, concernant les navires de premier rang, la situation est également délicate pour la Royal Navy, qui devrait ne disposer que de six frégates de type 23 après le retrait du HMS Richmond, prévu cette année.
Laurent Lagneau