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Lors du salon DSEI à Londres cette année, BAE Systems a présenté deux concepts innovants de navires de guerre susceptibles de transformer la manière dont la Royal Navy mène ses opérations navales. Ces projets, un Future Air Warfare Command Ship et une famille de Deployed Sensor Effector Platforms (SEPs), visent à répondre aux défis actuels liés aux pénuries de personnel, aux contraintes budgétaires et à la nécessité d’engager un plus grand nombre de missiles plus rapidement.

Il est important de préciser que BAE ne propose pas ces navires comme un « Type 83 ». Il s’agit plutôt de démonstrateurs conceptuels pour la guerre aérienne distribuée de demain. Ce qui est remarquable, c’est que l’échelle et le profil de mission de ces concepts correspondent étroitement à ce que la Royal Navy pourrait rechercher pour son futur destroyer de guerre aérienne de nouvelle génération.

À leur stand, devant les maquettes des navires, nous avons échangé avec Steve Hart et Gavin Rudgley de BAE Systems afin de mieux comprendre la problématique que ces concepts veulent résoudre.

Une offre innovante

Le navire de commandement serait doté du radar principal, assurerait la fonction de commandement et serait capable de coordonner plusieurs navires plus petits et distribués. Gavin Rudgley précise : « Le navire de commandement en guerre aérienne porte la capacité sensorielle principale, notamment le radar, et assure la fonction de commandement capable d’identifier les cibles et d’actionner les effecteurs tels que les missiles. »

Ce bâtiment embarquerait également une puissance de feu conséquente, pouvant accueillir jusqu’à 128 missiles dans ses cellules de lancement vertical (VLS), avec des marges de puissance et d’espace pour des armes à énergie dirigée, des leurres, des canons automatiques et des drones déployables. Bien que ces chiffres dépendent des besoins spécifiques du client, cette capacité est envisagée dans le concept.

Un changement majeur réside dans l’équipage : BAE annonce un effectif inférieur à 100 marins, rendu possible grâce à l’automatisation et à une refonte des systèmes internes.

Un enseignement clé tiré du Type 26 porte sur le coût et la complexité engendrés par ses exigences élevées en guerre anti-sous-marine. Pour la version plus grande dédiée à la guerre aérienne, de nombreuses exigences seraient réduites. BAE explique : « Une grande partie de la complexité vient des exigences sur le bruit sous-marin rayonné. Ce n’est pas nécessaire pour un navire orienté guerre aérienne. Cela permet de se concentrer davantage sur la survivabilité, de diminuer les exigences de résistance aux chocs aux seules zones habitables et de réduire les espaces d’hébergement aux seuls équipages nécessaires. Cela conduit à une amélioration globale des coûts. »

En résumé, ce navire s’appuie sur la famille Type 26, mais en éliminant les dispositifs acoustiques, le sonar et le renforcement contre les chocs superflus pour la défense aérienne, afin d’obtenir un bâtiment plus abordable et spécialisé.

La plateforme déployée de Capteurs et Effecteurs (SEP)

Si le navire de commandement représente le cerveau, la Deployed Sensor Effector Platform incarne la force musculaire. Il s’agit d’un trimaran d’environ 100 mètres de long. Le choix du trimaran s’explique par « sa bonne tenue en mer, sa faible résistance permettant d’atteindre de bonnes vitesses avec une faible puissance, ainsi que par la surface de pont et l’agencement adapté », selon BAE.

Chaque SEP embarquerait 32 cellules VLS, son propre radar et des armes, avec la possibilité d’installer en container une ligne remorquée sonar pour la lutte anti-sous-marine. BAE ajoute : « Vous disposez d’espace pour les silos, quelques canons, une passerelle abaissée, un pont d’envol, ainsi qu’un pont arrière. Cela ouvre la possibilité d’utiliser cette plateforme pour la guerre anti-sous-marine en plus de la guerre aérienne. »

Un autre point important est la modularité élevée de la plateforme. BAE souligne : « Une ligne remorquée peut être installée en container à l’arrière sans interférer avec la configuration des silos. » En pratique, cette modularité pourrait également s’adapter à des systèmes sans équipage aériens, de surface ou sous-marins, offrant à la plateforme une flexibilité d’emploi entre défense aérienne, lutte ASM ou soutien de force, sans modification de la coque.

L’équipage serait minimaliste : « ultra-réduit, de six à douze personnes, voire totalement autonome. » Les espaces d’hébergement, s’ils existent, seraient conformes aux standards commerciaux et amovibles en temps de guerre.

Délais de construction et capacité industrielle

La rapidité de production est essentielle pour la SEP, dont la construction est estimée à environ deux ans. BAE mentionne comme base un design simple, avec deux générateurs diesel, un moteur électrique unique et une propulsion intégralement électrique, non complexe.

Le temps nécessaire serait inférieur à un an pour la conception et deux ans pour la construction. La forme de coque proche de celle d’un navire commercial permettrait une production dans divers chantiers britanniques, pas uniquement à Govan ou Scotstoun, ces derniers se concentrant sur l’intégration des systèmes.

En revanche, le navire de commandement s’appuierait fortement sur les investissements réalisés à Glasgow, notamment dans les infrastructures et les améliorations digitales qui soutiennent la production du Type 26. Les enseignements du second lot du Type 26 devraient aussi réduire les délais pour ce navire.

BAE anticipe une capacité industrielle combinant installations dédiées et partenaires industriels, faisant appel à des chantiers comme Cammell Laird, Ferguson Marine ou Harland & Wolff afin de réaliser les blocs ou coques, libérant les lignes BAE pour l’assemblage final.

Fonctionnement en système intégré

L’élément clé réside dans l’intégration. Le navire de commandement piloterait quatre à six SEPs, orchestrant capteurs et missiles grâce à une architecture commune de combat et de communication. Un opérateur pourrait ainsi contrôler depuis la passerelle de commandement tous les systèmes, capteurs et armements des plateformes déployées.

Cette répartition vise à résoudre un problème tactique : maintenir un haut débit de tir face à des raids saturants. Selon BAE, « Ce n’est pas le nombre de missiles, mais la vitesse à laquelle ils sont tirés simultanément qui importe. Concentrer tous les missiles dans un unique silo limite ce débit, tandis que les répartir sur plusieurs plateformes augmente considérablement la cadence de tir, ce qui est crucial pour la capacité de guerre aérienne. »

Cette distribution réduit également la vulnérabilité en évitant la concentration des effecteurs sur une seule coque.

Développement en spirale

BAE insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un remplacement unique et massif du Type 45, mais d’une évolution progressive. « Un développement incrémental en spirale, une transition progressive vers une capacité future de guerre aérienne… il s’agit d’augmenter la masse disponible. »

Il pourrait s’agir dans un premier temps de déployer des SEPs aux côtés de destroyers existants : « Cette plateforme pourrait accompagner un Type 45 avant de devenir la plateforme comparable du futur navire de commandement de guerre aérienne, augmentant ainsi de manière contrôlée et graduelle la capacité aérienne de la Marine. »

Répondre au défi quantitatif

Au cœur du problème : les chiffres. La Royal Navy a besoin de plus de missiles et de capteurs en mer, mais la solution traditionnelle – de nouvelles classes de destroyers volumineux et complexes – prend trop de temps, coûte trop cher et requiert trop de marins. BAE résume : « Cela permet de mettre plus rapidement des missiles en mer, de les disperser à distance de la plateforme de commandement principale afin d’être moins dépendant d’une unité unique, tout en augmentant le rayon d’action effectif pour mieux protéger la force. »

Le point capital n’est pas la profondeur des munitions, mais le débit de tir. Les raids modernes, comme observés en Ukraine ou au Moyen-Orient, comportent de multiples menaces simultanées. Selon BAE, la dispersion des silos sur plusieurs coques est la seule manière d’accroître la taille des salves dans un laps de temps réduit.

Ce concept marque selon eux un tournant majeur dans la manière de concevoir les destroyers, non plus comme des points de défense uniques mais comme des éléments d’un réseau distribué.

Ils répondent aussi directement au problème de la main-d’œuvre navale. Alors que les objectifs de recrutement sont souvent manqués, les conceptions à équipages réduits sont essentielles. En visant moins de 100 marins pour le navire de commandement et aussi peu que six pour les SEP, BAE propose une voie pour renforcer la puissance de feu sans nécessiter une augmentation proportionnelle des effectifs.

Enfin, ces projets sont réalistes. Ils s’appuient sur l’architecture éprouvée du Type 26, éliminent les complexités inutiles pour la guerre aérienne, et tirent parti des investissements déjà lancés dans les chantiers britanniques. Les SEPs, dérivés du trimaran Triton, sont des coques simples et modulaires pouvant être construites en deux ans dans des chantiers commerciaux. Le navire de commandement s’inscrit naturellement dans la chaîne de production modernisée de Govan. Dans un contexte de restrictions budgétaires et de pénurie de personnel, ce duo navire de commandement/SEP apparaît comme la solution la plus crédible proposée à ce jour pour les besoins futurs de guerre aérienne de la Royal Navy.

Future Air Warfare Command Ship

  • Longueur : ~150–160 m (selon variante)
  • Missiles : jusqu’à 128 cellules VLS
  • Autres armes : lasers, leurres, canons automatiques, drones
  • Équipage : potentiellement moins de 100 personnes
  • Rôle : porte le radar principal, commande et contrôle les SEPs
  • Construction : tirant parti des enseignements du Type 26 pour réduire les délais

Deployed Sensor Effector Platform (SEP)

  • Longueur : ~100 m, largeur ~20 m
  • Coque : trimaran
  • Missiles : 32 cellules VLS
  • Équipements supplémentaires : canons, radar, sonar remorqué containerisé, systèmes sans équipage
  • Équipage : 6–12 personnes, potentiellement autonome
  • Délais de construction : environ deux ans
  • Rôle : plateforme distribuée porte-missiles et capteurs, contrôlée par le navire de commandement

Remarque : Les chiffres concernant la capacité missile, la taille des équipages et les délais de construction sont indicatifs, issus des présentations conceptuelles de BAE Systems lors du DSEI 2025. Les spécifications finales dépendront des exigences des clients et des choix programmatiques.