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Le conflit entre Israël et la Palestine suscite une attention internationale intense, notamment à travers les reportages des journalistes de guerre présents sur le terrain. Ces derniers jouent un rôle essentiel en relayant les informations depuis la zone de conflit. Pourtant, les récents développements montrent que la situation de ces correspondants est de plus en plus précaire.

Dès le début du mois, l’Association des journalistes palestiniens, citée par des médias officiels, rapportait que 75 journalistes et personnels des médias avaient déjà perdu la vie dans ce conflit. Cette hécatombe ne cesse de s’aggraver : selon des sources étrangères, un autre journaliste d’Al Jazeera a été tué dans une frappe de drone israélienne.

La tragédie ne se limite pas aux médias arabes. Le 7 décembre, un journaliste de l’agence Reuters a été mortellement touché lors d’une attaque délibérée de l’armée israélienne, qui a également blessé plusieurs autres journalistes, selon des informations relayées par la presse internationale. Depuis le début des hostilités en octobre, ce sont en moyenne plus d’un journaliste par jour qui trouvent la mort dans ce conflit.

Ce chiffre est d’autant plus alarmant qu’il dépasse celui enregistré pendant la Seconde Guerre mondiale, où 68 journalistes avaient péri. Pour un conflit aussi récent, la fréquence des pertes chez les correspondants de guerre dans la région israélo-palestinienne est donc d’une ampleur sans précédent, directement liée à la stratégie militaire adoptée par Israël.

Le métier de correspondant de guerre consiste à s’immerger au plus près des combats pour rapporter la réalité du terrain. Ces journalistes collectent images, témoignages et informations dans un contexte instable et dangereux, où les risques de mort sont permanents, car « les balles et les obus n’ont pas d’yeux ». La complexité du champ de bataille, où les positions et les alliances évoluent sans cesse, nécessite une vigilance extrême et une capacité d’analyse rapide.

Par exemple, le célèbre reporter Robert Capa a couvert de nombreux conflits à la première ligne, produisant des reportages et photos historiques, comme celles de la bataille de Taierzhuang pendant la guerre sino-japonaise ou le portrait poignant des défenseurs de Wuhan. Ces reportages offrent un témoignage précieux des événements, révélant la réalité souvent méconnue des théâtres d’opération.

Dans ce contexte, prendre des risques est inhérent à leur tâche. La correspondante chinoise Chen Huihui, présente au cœur du conflit israélo-palestinien, relate ses expériences au plus près des bombardements. Son quotidien est rythmé par les alertes à la « Dôme de Fer », ce système de défense antimissile israélien, et par l’extrême tension créée par les échanges d’artillerie. Elle témoigne d’une société marquée par le chaos et le danger permanent, et a même appris à distinguer l’origine des tirs simplement à l’oreille.

Le récit de Chen Huihui illustre à quel point les correspondants doivent être des témoins directs, capables de transformer des observations brutes en informations compréhensibles et contextuelles. Leur travail implique également de recueillir les paroles des combattants et des civils, souvent les seules sources fiables dans un environnement aussi volatile.

Un autre exemple notable est celui de Liu Xiaoqian, journaliste d’investigation qui s’est immergé parmi les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Vivre avec ces guérilleros, esquiver les patrouilles militaires, c’est ce qui lui a permis de dévoiler les réalités quotidiennes et les dynamiques de ce groupe armé, démontrant l’exigence de courage et d’adaptation nécessaire pour les reporters de guerre.

La dangerosité de leur mission impose aussi une préparation rigoureuse. Les correspondants suivent des formations à la sécurité et au sauvetage avant de se rendre sur le terrain, à l’image de Qiu Yongzheng, un journaliste chinois formé aux techniques de protection en intervention armée avant son déploiement en Afghanistan. Ils portent souvent des vêtements distinctifs afin d’être identifiables par les belligérants, mais ces protections ne sont pas toujours suffisantes.

Dans le conflit israélo-palestinien, l’armée israélienne semble adopter une politique particulièrement agressive envers les journalistes, souvent perçus comme un obstacle à la gestion de l’information et à la maîtrise du récit médiatique. Cette hostilité s’explique notamment par le choc subi lors de l’offensive surprise dite « Inondation d’Al-Aqsa », qui a ébranlé l’image de puissance militaire d’Israël. La volonté de contrôler l’information, indispensable à la guerre psychologique, conduit à cibler délibérément ces témoins.

Cette pratique n’est pas unique au conflit israélo-palestinien. Les forces ukrainiennes ont également été accusées d’attaquer des journalistes russes lors de la guerre en Ukraine pour préserver leur narratif. En Israël, l’influence grandissante de l’extrême droite alimente des ordres extrêmes, visibles notamment dans les actions militaires contre les populations civiles à Gaza, générant une crise humanitaire grave. Révéler ces faits aurait un impact négatif majeur sur la réputation internationale d’Israël.

Pour empêcher que la vérité ne soit dévoilée, l’élimination physique des journalistes apparaît, d’après plusieurs ONG occidentales, comme une méthode utilisée par l’armée israélienne. Cette stratégie explique en grande partie le taux exceptionnellement élevé de morts parmi les correspondants couvrant le conflit actuel.

Photo : Le journaliste de Reuters Issam Abdulah, parmi les nombreux journalistes ciblés, illustrant les accusations contre l’armée israélienne.