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La guerre hivernale représente un défi militaire de taille. Les soldats doivent lutter contre le risque de gelures, tandis que les véhicules peinent à se déplacer sur des terrains boueux ou gelés.

Il n’est donc pas surprenant que les conflits évoluent généralement plus lentement pendant les mois froids.

Pourtant, le froid peut aussi offrir des opportunités que chaque camp tente d’exploiter. Lors de l’invasion soviétique de la Finlande en novembre 1939, les températures avoisinant -40ºC ont donné un avantage décisif aux troupes finlandaises, beaucoup plus petites, infligeant des pertes sévères à l’Armée rouge et entamant durablement sa réputation militaire. Être agile, adapter ses tactiques et disposer du matériel adéquat pour affronter le froid sont des éléments cruciaux lorsque les températures chutent.

Pour cet hiver, la Russie est attendue sur une offensive visant les infrastructures énergétiques ukrainiennes, comme elle l’a déjà tenté en 2022, souligne Basil Germond, professeur de sécurité internationale à l’Université de Lancaster.

Cependant, la Russie pourrait se heurter cette fois à des difficultés accrues pour compromettre l’approvisionnement énergétique ukrainien, en partie grâce aux succès ukrainiens en mer Noire. Ces derniers ont contraint la flotte russe à se replier de sa base de Crimée vers Novorossiysk, plus éloignée des cibles ukrainiennes.

Dans la ville portuaire de Kherson, située sur le Dnipro et libérée de l’occupation russe en novembre dernier, la situation reste extrêmement difficile. Rod Thornton, professeur associé en études internationales au King’s College de Londres, détaille comment les habitants vivent sous le feu des troupes russes stationnées de l’autre côté du fleuve. La plupart des commerces et restaurants de cette cité autrefois dynamique ont fermé, tandis que les jeunes fuient vers des régions où les perspectives sont meilleures. Il est peu probable que l’Ukraine puisse reprendre la rive opposée cet hiver, laissant présager la continuation de cette vie sous la menace militaire, du moins pour l’instant.

Aucun tournant décisif

Les dirigeants occidentaux semblent progressivement accepter qu’aucune percée majeure ne se produira cet hiver du côté ukrainien. Alors que les alliés de Kiev espéraient un changement significatif lors de la contre-offensive estivale, les évaluations récentes indiquent un statu quo persistant, notamment sur le terrain.

Selon Stefan Wolff, professeur de sécurité internationale à l’Université de Birmingham, et Tetyana Malyarenko, professeure en relations internationales à l’Académie de droit d’Odessa, les deux camps sont quasiment englués dans une impasse.

Ce blocage signifie qu’aucune des deux parties ne perçoit de condition claire pour escalader le conflit et remporter une victoire décisive ou s’assurer un avantage stratégique durable. Un scénario que le président russe Vladimir Poutine n’avait sans doute pas anticipé lorsqu’il a lancé l’invasion en février 2022. Néanmoins, Wolff et Malyarenko expliquent comment ce point mort s’est installé, et suggèrent qu’il pourrait ouvrir la voie à d’éventuelles négociations de paix, bien que le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne soit pas encore disposé à envisager cette option.

Sur le terrain, les Tatars de Crimée subissent une pression intense dans leur région, des décennies après la persécution sévère qu’ils ont endurée sous le régime de Joseph Staline. Gerald Hughes, spécialiste en histoire militaire et renseignement à l’Université d’Aberystwyth, analyse les preuves d’un déchaînement de répression similaire sous Poutine, qui chercherait à chasser cette population de la Crimée occupée par la Russie. Les Tatars se voient privés du droit de commémorer leur exil historique, font face à des perquisitions aléatoires, et on compte des cas de disparitions ou d’assassinats, selon ses recherches.

Ce conflit – et la menace nucléaire qu’il ravive – font qu’au début de 2023, les aiguilles de l’horloge de l’Apocalypse ont été avancées à seulement 90 secondes de minuit, leur position la plus proche de la catastrophe jamais constatée, rappelle Rod Thornton.

L’horloge de l’Apocalypse est un indicateur symbolique créé par le Bulletin of Atomic Scientists, fondé en 1947 par des scientifiques liés au Projet Manhattan, visant à alerter sur le risque global de catastrophe mondiale.

Un facteur déterminant pour l’évolution de cette horloge dans les mois à venir est la décision récente de la Russie de se retirer d’un traité majeur datant de la Guerre froide. L’accord de 1990 sur les forces conventionnelles en Europe visait à réduire le risque de guerre en capitalisant sur l’amélioration des relations Est-Ouest. Ce retrait accroît les tensions avec l’OTAN, ne laissant guère d’espoir de voir reculer la menace nucléaire ou militaire dans un futur proche.