Des bombes nucléaires B61-12 auraient été transférées le 17 juillet à la base aérienne RAF Lakenheath, marquant un développement important dans la politique nucléaire de l’OTAN. Cette opération s’inscrit dans la réponse aux tensions croissantes avec la Russie, avec la présence d’avions F-35A dotés de capacités nucléaires renforçant la flexibilité tactique de l’alliance, tandis que des experts alertent sur le risque d’escalade russe.

Au cours des dernières 48 heures, des informations non confirmées ont laissé entendre que la Royal Air Force aurait reçu une livraison de bombes thermonucléaires gravitaires B61-12. Ce transfert supposé aurait eu lieu le 17 juillet via un vol prioritaire opéré par un C-17, en provenance du Air Force Nuclear Weapons Center (AFNWC) de la base aérienne de Kirtland, dans le Nouveau-Mexique, pour arriver à RAF Lakenheath, dans le Suffolk, en Angleterre.

Ni les États-Unis ni le Royaume-Uni n’ont officiellement confirmé cette livraison, mais cette spéculation intervient quelques semaines après l’annonce par Londres d’un tournant stratégique majeur : l’engagement d’acquérir des chasseurs F-35A, étant certifiés pour le port d’armes nucléaires, et l’intention de rejoindre la mission de partage nucléaire au sein de l’OTAN. Si cette information se vérifie, ce serait la première fois depuis 2005 que des armes nucléaires américaines sont déployées sur le sol britannique.

Une base au passé nucléaire marqué

La RAF Lakenheath est une base aérienne américaine en Angleterre, avec une longue histoire en tant que centre de stockage et de déploiement d’armes nucléaires pendant la Guerre froide. De 1954 à 2008, elle a abrité jusqu’à 110 bombes nucléaires gravitaires B61, réparties dans 33 coffres souterrains intégrés au système WS3 (Weapons Storage and Security System). Ces bombes, destinées aux avions F-15E Strike Eagle, constituaient un pilier essentiel de la dissuasion nucléaire de l’OTAN en Europe.

Située à environ 100 kilomètres au nord-est de Londres, la base jouait un rôle stratégique clé pour un déploiement rapide. En 2008, les États-Unis ont retiré toutes leurs armes nucléaires de Lakenheath, marquant la première fois depuis les années 1950 que le Royaume-Uni ne recevait plus d’armes nucléaires américaines, un geste lié à l’apaisement des tensions post-Guerre froide.

Cependant, les évolutions récentes laissent entrevoir un retournement de tendance. En juin 2025, le Royaume-Uni a annoncé son intention d’acheter 12 chasseurs F-35A et de réintégrer la mission de partage nucléaire de l’OTAN. Des travaux de modernisation des coffres WS3, capables d’accueillir jusqu’à 132 bombes B61, sont en cours depuis 2022, avec des budgets alloués notamment pour la construction d’un “dortoir de sureté” destiné à soutenir une mission nucléaire.

Cette modernisation, associée à la présence des F-35A, alimentent l’hypothèse d’un retour imminent de capacités nucléaires sur la base, en cohérence avec la posture de défense renouvelée de l’OTAN.

Quelles informations sur le vol du 17 juillet 2025 ?

Le 17 juillet 2025, un C-17A Globemaster III, immatriculé Reach 4574, a décollé de la base de Kirtland (Nouveau-Mexique) à destination de RAF Lakenheath. Ce vol, appuyé par un ravitaillement en vol assuré par un KC-46 Pegasus, était classé prioritaire — une désignation fréquemment associée aux opérations de transport de matériels nucléaires de la Prime Nuclear Airlift Force.

Des passionnés d’aviation ont suivi ce vol, observant notamment une interdiction temporaire de l’espace aérien au-dessus de Lakenheath les 17 et 18 juillet, ainsi que des restrictions sur les mouvements au sein de la base jusqu’au 26 juillet. Ces mesures ont conduit à des rumeurs selon lesquelles plusieurs bombes B61-12 auraient été livrées, même si certaines sources évoquent des dates proches, les 15 ou 16 juillet. Le vol du 17 juillet reste toutefois le plus documenté.

Des publications sur la plateforme X (ex-Twitter) ont amplifié ces spéculations dès le 19 juillet. Les gouvernements américain et britannique, quant à eux, respectent la politique de l’OTAN qui consiste à ni confirmer ni infirmer les déploiements nucléaires.

Cette discrétion officielle est cohérente avec la nature très confidentielle des opérations nucléaires. Cependant, l’origine du vol, son statut prioritaire et les améliorations de la base renforcent la plausibilité de la livraison. Des analyses en sources ouvertes, incluant les documents budgétaires et les exercices nucléaires antérieurs à Lakenheath, indiquent que des préparatifs à cette mission ont été faits depuis plusieurs années, bien que la preuve définitive fasse toujours défaut.

Zoom technique sur la bombe B61-12

La bombe thermonucléaire B61-12 représente un progrès majeur dans l’armement nucléaire tactique. Elle a été développée pour renforcer la dissuasion de l’OTAN tout en privilégiant la précision afin de réduire les dommages collatéraux. Découlant de la série B61 en service depuis 1968, cette version intègre un kit de guidage aérodynamique développé par Boeing équipé d’un système de navigation inertielle, améliorant nettement la précision des frappes.

Sa puissance explosive est ajustable, allant de 0,3 à 50 kilotonnes, soit jusqu’à trois fois la puissance de la bombe d’Hiroshima (15 kilotonnes). Cette modularité permet d’adapter la portée destructrice selon la cible, qu’il s’agisse de bunkers fortifiés ou d’équipements sur un champ de bataille. “La précision de la B61-12 change la donne, en permettant à l’OTAN de menacer des cibles de haute valeur à des puissances réduites, tout en limitant les dommages collatéraux,” explique Hans Kristensen, directeur du Nuclear Information Project à la Federation of American Scientists.

La bombe dispose d’une interface numérique avancée et de dispositifs de sécurité, notamment des explosifs peu sensibles et des systèmes électriques renforcés, garantissant sa compatibilité avec les plates-formes modernes comme le F-35A Lightning II, déployé au sein du 48e Fighter Wing de Lakenheath.

Contrairement aux variantes précédentes, la B61-12 bénéficie d’une capacité limitée de lancement à distance (standoff), permettant à l’appareil de larguer la bombe depuis une distance plus sûre. Robert C. Aldridge souligne dans National Interest que “La précision de cette bombe réduit la nécessité d’emplois à haute puissance, réalisant une létalité équivalente à des armes huit fois plus puissantes.”

Par rapport au missile russe balistique 9K720 Iskander muni d’une ogive de 50 kilotonnes, la B61-12 mise avant tout sur l’extrême précision tactique, même si elle ne possède pas l’autonomie de 500 kilomètres de l’Iskander. Néanmoins, le rayon d’action de combat du F-35A, d’environ 1 200 kilomètres, étend significativement la portée de l’OTAN dans les zones de tensions, conférant à cette bombe une polyvalence redoutable.

La capacité de pénétration terrestre de la B61-12 renforce également son efficacité. Une vidéo du Sandia National Laboratories datant de 2016 a démontré sa faculté à s’enfoncer dans le sol ennevadien, transmettant efficacement l’énergie explosive aux cibles souterraines. Hans Kristensen précise que “Une explosion à faible puissance (0,3 kilotonnes) sous quelques mètres de terre équivaut à un impact de surface de 4,5 à 7,5 kilotonnes.”

Idéale pour neutraliser des centres de commandement ou des abris fortifiés, la B61-12 est destinée à remplacer les anciennes variantes B61-3 et B61-4, avec une production planifiée d’environ 480 unités d’ici 2025. Les coffres WS3 de Lakenheath, conçus pour un stockage sécurisé, confirment son rôle clé dans cette mise à niveau nucléaire. Le Dr Marvin Adams, administrateur adjoint du NNSA pour les programmes de défense, souligne que “L’intégration de la B61-12 avec des plateformes furtives comme le F-35A assure une dissuasion précise et crédible pour l’OTAN.”

Enjeux géopolitiques : pourquoi maintenant ?

La menace que représentent les bombes B61-12 à RAF Lakenheath se situe dans le contexte de tensions exacerbées avec la Russie, en raison de son agression persistante en Ukraine et de son activisme nucléaire. Depuis l’invasion russe de 2022, l’OTAN a renforcé son flanc est, avec des pays comme l’Allemagne et la Pologne qui ont accru leurs capacités de défense. L’annonce en juin 2025 de la participation britannique au partage nucléaire de l’OTAN illustre ce pivot stratégique face à la présence de forces nucléaires russes en Biélorussie et aux menaces exprimées par Vladimir Poutine.

William Alberque, ancien officiel de l’OTAN, qualifie l’environnement actuel de “menace dangereuse” qui justifie le renforcement de la posture nucléaire américaine en Europe. La base de Lakenheath, hébergeant déjà les F-35A et F-15E, s’impose comme un site logique de déploiement avancé, facilitant une réponse rapide aux menaces régionales.

La proximité de la base avec les zones potentiellement conflictuelles d’Europe de l’Est renforce sa valeur stratégique, offrant à l’OTAN la capacité de projeter sa puissance sans recourir aux systèmes nucléaires stratégiques comme les sous-marins Trident britanniques. L’achat par la Grande-Bretagne des F-35A, certifiés pour la livraison de bombes B61-12, inscrit le pays dans l’architecture nucléaire tactique de l’OTAN, une intégration qu’on n’avait plus vue depuis les années 1990. Ce mouvement s’inscrit dans la dynamique d’actualisation des arsenaux nucléaires de l’alliance, pour garantir la crédibilité de la dissuasion dans un contexte géopolitique instable.

Les difficultés de confirmation : la zone grise du secret nucléaire

La vérification de la présence des bombes B61-12 à Lakenheath est compliquée par la nature secrète des opérations nucléaires. La politique de longue date de l’OTAN consiste à ne ni confirmer ni infirmer les déploiements nucléaires, par souci de sécurité et de diplomatie.

Le vol du 17 juillet 2025, observé par des passionnés d’open source, apporte de solides indices circonstanciels. Pourtant, sans déclaration officielle, la situation reste incertaine. Des précédents comme les accidents nucléaires survenus à Lakenheath en 1956 et 1961, dévoilés des années plus tard, illustrent la discrétion coutumière des autorités américaines et britanniques sur ce sujet.

Les documents budgétaires du Département de la Défense et les NOTAMs (avis aux navigateurs aériens) fournissent quelques pistes, notamment une enveloppe de 50 millions de dollars en 2023 pour renforcer les installations de sureté nucléaire à Lakenheath. Cependant, ce genre d’améliorations ne garantit pas forcément un déploiement immédiat, comme le montrent des cas similaires sur d’autres bases OTAN.

La Federation of American Scientists, qui suit ces évolutions depuis 2022, tempère en rappelant que Lakenheath pourrait être préparée pour des contingences futures plutôt que pour un stockage immédiat. Cette ambiguïté complique la confirmation des rumeurs et illustre la tension entre transparence et secret stratégique.

Implications stratégiques : l’avenir nucléaire de l’OTAN

Un retour des bombes thermonucléaires B61-12 à RAF Lakenheath constituerait un bouleversement dans la stratégie nucléaire de l’OTAN, marquant une réaffirmation du rôle de la dissuasion nucléaire tactique en Europe face aux tensions croissantes avec la Russie. Ce serait la première fois depuis 2008 que des armes nucléaires américaines seraient stationnées au Royaume-Uni, témoignant de la volonté de l’alliance d’enrayer la posture agressive de Moscou après son invasion de l’Ukraine et ses menaces nucléaires.

“La décision de réintroduire des armes nucléaires au Royaume-Uni répond directement aux actions russes, notamment le déploiement de forces nucléaires en Biélorussie et les provocations répétées,” a commenté William Alberque, désormais à l’International Institute for Strategic Studies.

Avec l’expansion prévue du 48e Fighter Wing à 54 F-35A d’ici 2028, Lakenheath gagne en souplesse opérationnelle permettant un redéploiement rapide d’armes nucléaires à partir d’autres bases comme Aviano en Italie ou Incirlik en Turquie, selon un rapport 2023 de la Federation of American Scientists.

Ce renforcement pourrait provoquer une réaction ferme de la Russie, qui a déjà averti d’une possible escalade face aux projets nucléaires américains au Royaume-Uni. “Toute mesure augmentant la menace nucléaire contre la Russie sera confrontée à des contre-mesures appropriées,” avait déclaré Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, en janvier 2024.

Les améliorations de Lakenheath, comprenant des abris balistiques et des coffres WS3 modernisés pouvant accueillir jusqu’à 132 bombes B61-12, témoignent d’un investissement sur le long terme. Matt Korda, chercheur senior à la Federation of American Scientists, note que “ces travaux suggèrent que la base est préparée non seulement pour un stockage permanent, mais aussi comme centre de redéploiement potentiel des armes depuis des bases plus exposées à l’est.”

L’intégration du Royaume-Uni au programme de partage nucléaire de l’OTAN, aux côtés de l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas, renforce la cohésion de la défense collective de l’alliance. Le Premier ministre Keir Starmer avait qualifié en juin 2025 l’achat de 12 F-35A de “renforcement le plus significatif de la posture nucléaire britannique depuis une génération,” illustrant le virage d’une dépendance exclusive à la dissuasion sous-marine Trident vers un volet aérien dans la dissuasion nucléaire.

Cependant, cette décision soulève des questions sur la maîtrise des risques d’escalade. Daryl Kimball, directeur exécutif de l’Arms Control Association, appelle à une plus grande transparence : “L’administration doit clarifier la nécessité militaire réelle de ramener ces armes nucléaires au Royaume-Uni,” avertissant des dangers de malentendus dans un contexte nucléaire tendu.

L’OTAN a rappelé lors du Sommet de La Haye en 2025 son objectif d’augmenter ses dépenses de défense à 5 % du PIB, dans le cadre d’une stratégie plus large de modernisation de ses capacités nucléaires tactiques, avec Lakenheath en première ligne. Le secrétaire général Mark Rutte a souligné la nécessité d’une “alliance plus forte, plus létale” pour préserver la paix.

Un nouveau chapitre nucléaire ?

Les informations concernant l’arrivée probable des bombes B61-12 à RAF Lakenheath en juillet 2025 indiquent une étape clé dans la réorientation stratégique de l’OTAN. L’association d’un vol prioritaire, d’infrastructures modernisées et du réinvestissement britannique dans la dissuasion nucléaire témoigne d’une volonté affirmée de renforcer la posture de dissuasion face à une Russie perçue comme toujours plus agressive.

Malgré l’absence de confirmation officielle, cette perspective illustre la capacité d’adaptation de l’alliance mais aussi les risques liés à une possible escalade dans un contexte international déjà instable.