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Dans le contexte impitoyable des conflits modernes, où un drone commercial à 10 000 $ peut neutraliser un char ou un radar valant plusieurs millions, l’avantage semble désormais appartenir aux essaims d’UAV face aux systèmes de défense traditionnels. Les forces armées indiennes, encore marquées par les affrontements de l’Opération Sindoor en mai 2025, font face à cette asymétrie. Lors de ces combats, l’armée de l’air pakistanaise a perdu plus d’une douzaine d’équipements stratégiques, notamment sous les attaques des munitions brouillard israéliennes Harop et des vagues incessantes de drones bon marché, qui ont submergé les défenses conventionnelles. Face à l’augmentation rapide des capacités en drones de pays adverses comme la Chine et le Pakistan, New Delhi doit réagir vite en accélérant le développement et la production de missiles anti-drones économiques, conçus pour coûter moins cher que les cibles qu’ils détruisent, afin de rétablir l’équilibre économique dans le combat aérien.

Cette menace des drones en masse n’est pas une simple hypothèse, mais une réalité stratégique. En Ukraine, les drones russes Lancet-3, coûtant moins de 35 000 $ l’unité, ont neutralisé des chars Leopard dix fois plus onéreux, obligeant l’OTAN à repenser ses systèmes de défense aérienne coûteux. Plus proche de l’Inde, l’Armée populaire de Libération chinoise déploie ses drones Wing Loong II le long de la Ligne de contrôle réel (LAC), tandis que les UAV Burraq pakistanais surveillent les frontières du Rajasthan, souvent par dizaines en essaims coordonnés. Ces menaces issues de systèmes commerciaux, facilement modifiables avec des ogives RPG pour un coût dérisoire, exploitent une faiblesse majeure : les systèmes indiens haut de gamme comme les missiles sol-air Akash (environ 500 000 $ l’intercepteur) ou les S-400 (plus d’un million de dollars le missile) sont surdimensionnés face à des cibles jetables. Un seul assaut massif pourrait épuiser les stocks en quelques heures, faisant basculer la courbe économique dans le chaos, avec 50 millions de dollars dépensés en missiles pour abattre 1 million de dollars en drones. « Les chiffres ne mentent pas, » avertit un expert du DRDO. « Nous ne pouvons pas gaspiller des trésors sur des menaces bon marché ; il faut des outils précis, pas des marteaux-pilons. »

Il devient donc indispensable de s’orienter vers des missiles anti-drones peu coûteux : des munitions compactes guidées de précision, estimées entre 5 000 et 20 000 $ l’unité, utilisables en salves depuis des lanceurs portables, des véhicules ou même des chasseurs Tejas. Ces véritables « brise-essaims » emploieraient des moteurs à propergol solide ou de micro-turbojets pour des engagements compris entre 2 et 10 km. Ils intégreraient des détecteurs EO/IR couplés à des systèmes d’intelligence artificielle capables de discriminer les cibles en plein vol. Contrairement aux pods brouilleurs, inefficaces face aux groupes autonomes, ces missiles cinétiques assurent la neutralisation directe, détruisant les drones par éclats ou impact frontal, sans effets secondaires indésirables. L’objectif est clair : un missile moins cher que la cible, permettant un ratio d’attrition favorable de 10 pour 1, maîtrisant ainsi l’économie du combat.

En Inde, la recherche et développement s’active, mais la production de masse tarde à suivre. Le système micro-missile Bhargavastra, développé par Solar Defence & Aerospace et présenté en mai 2025, illustre cette innovation : un projectile guidé de 5 kg avec navigation laser/GPS, capable d’atteindre Mach 2 sur 3 à 5 km, à un prix inférieur à 10 000 $ en production de série. Testé à Pokhran, il a atteint un taux d’abattage de 90 % contre une simulation d’essaim de drones, tout en minimisant sa signature radar. Le projet Nimbrix, joint-venture indo-suédoise mis en production accélérée à Hyderabad, propose une munition « hard-kill » de 2 à 5 km, coûtant 15 000 $, équipée de détecteurs infrarouges et d’un vecteur de poussée pour des manœuvres serrées, optimisée pour l’interception de drones FPV (First Person View).

Cependant, les prototypes ne suffisent pas ; la production à grande échelle est cruciale. Dans le cadre d’Atmanirbhar Bharat (Inde auto-suffisante), le ministère de la Défense doit mobiliser 5 000 crores de roupies pour un « Écosystème de Missiles Anti-Drones », orienté vers les grands industriels privés comme Tata Advanced Systems et Larsen & Toubro. L’ambition est de créer des chaînes d’assemblage dans le corridor de défense de Lucknow, capable de produire 10 000 unités par an d’ici 2030, avec des designs modulaires permettant de changer la charge utile pour des ogives anti-personnel ou à impulsion électromagnétique (EMP).

Des startups soutenues par le programme iDEX pourraient révolutionner la fabrication des détecteurs grâce à l’optique imprimée en 3D, réduisant les coûts jusqu’à 40 % grâce aux économies d’échelle. Le récent feu vert de 200 crores à Axiscades pour 12 kits anti-drones marque des progrès, mais passer à plus de 1 000 systèmes nécessite une impulsion politique forte : allégements fiscaux sur les contrats de volume, transfert de technologies obligatoire pour les partenariats étrangers, et coopérations renforcées avec les alliés du QUAD pour des exportations coordonnées.