Le porte-avions Fujian de la marine chinoise vient de débuter une nouvelle phase cruciale d’essais en mer, cette fois-ci avec des essais d’appareils embarqués dans la mer Jaune. Alors que l’attention est largement portée sur l’exercice interarmées « Joint Sword-2024A » conduit par le Commandement du théâtre oriental autour du détroit de Taïwan, cette deuxième sortie du Fujian, seulement quinze jours après sa première sortie en mer, marque une étape décisive dans la mise en service de ce géant naval.
Contrairement à la première sortie qui visait principalement à évaluer les capacités de navigation du bâtiment, la destination de cette seconde sortie est la mer Jaune septentrionale, située à plus de 800 kilomètres du chantier naval de Jiangnan où il a été construit. La proximité de la base d’entraînement pour les avions embarqués à Xingcheng dans la province du Liaoning laisse fortement penser que le Fujian se prépare à accueillir ses premiers avions pour des essais de décollage et d’appontage.
Le premier essai en mer du Fujian a commencé le 1er mai et le porte-avions est revenu au chantier naval le 8 mai au soir. Selon un avis de l’administration maritime de Shanghai, une zone de contrôle de navigation avait été mise en place autour de l’île de Changxing le 23 mai entre 9h10 et 15h40. Ce délai très court de quinze jours à quai, pour un navire de 316 mètres de long, 78 mètres de large et plus de 80 000 tonnes, confirme la réussite des premiers essais, où seuls des ajustements mineurs ont été nécessaires.
Ce sont les indications de l’administration maritime de Dalian qui lèvent le voile sur la nature des essais en cours : du 24 mai au 11 juin, une zone du nord de la mer Jaune est interdite à la navigation pour des opérations militaires, signalant une campagne d’essais d’envergure. Les observations visuelles ont également montré un tirant d’eau du porte-avions plus important, signe que le Fujian a embarqué davantage de carburant, d’eau et de matériel, se préparant à une mission prolongée plus lointaine.
Les essais d’appareils embarqués déboulent donc dans un contexte stratégique exigeant, notamment pour maîtriser le système de catapultes électromagnétiques et de brins d’arrêt. Ce système, une première en Asie sur porte-avions, remplace les anciennes plates-formes à tremplin utilisées sur le Liaoning et le Shandong. Ces derniers, avec leurs rampes d’envol à ski-jump, demandaient moins d’expertise aux pilotes pour les phases de décollage. La nouvelle technologie impose au contraire un pilotage plus rigoureux et expose les pilotes à des forces g beaucoup plus intenses lors des lancements et des appontages.
Du fait de ces exigences, les premiers pilotes à participer à ces tests devront être des aviateurs chevronnés et physiquement aguerris, capables de gérer les contraintes liées au catapultage électromagnétique. Cette innovation technique, si elle offre un gain de vitesse initiale et réduit la distance d’arrêt, accroît considérablement la complexité des opérations aéronavales.
Quant aux aéronefs concernés, le Fujian devrait embarquer une flotte diversifiée comprenant les chasseurs J-15B, J-15D, J-35, les avions de formation JL-10H, ainsi que les hélicoptères KJ-600 et Z-20F. Parmi eux, le J-15B, considéré comme le plus abouti, devrait ouvrir le bal des essais de décollage et d’appontage. Parallèlement, les hélicoptères, essentiels pour les missions de sauvetage, de lutte anti-sous-marine et pour les transports aériens sur le navire, devraient commencer à être testés tôt dans la campagne d’essais.
Comparé au Shandong qui n’a commencé ses essais d’avions que lors de sa sixième campagne en mer, le rythme accéléré du Fujian souligne l’urgence stratégique sous-jacente. Le contexte international en effet est particulièrement tendu : l’émergence d’un nouveau front de conflit au Proche-Orient, l’implication accrue de l’OTAN en Ukraine, les frictions persistantes dans le détroit de Taïwan liées aux élections et aux ambitions indépendantistes, ainsi que les tensions en mer de Chine méridionale et dans l’Himalaya, poussent Pékin à accélérer la montée en puissance de sa marine de combat.
Dans ce contexte, le Fujian représente l’outil central de la nouvelle génération de guerre intégrée maritime de l’Armée populaire de libération. Chaque minute consacrée à la formation et aux essais est précieuse pour renforcer la capacité opérationnelle de ce porte-avions, qui symbolise le virage stratégique majeur de la Chine dans la projection de puissance navale et aérienne.