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À la fin de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle tradition est apparue au sein des forces armées américaines : échanger les pilotes et aviateurs sauvés contre des rations d’glace. Les équipes de secours venaient sauver un camarade, mais pour pouvoir retourner à leur base, il leur en coûtait un certain prix.

En effet, à cette époque il était clair que les troupes aimaient la glace. Cette gourmandise représentait un formidable coup de pouce au moral, avait moins d’impact sur les opérations que l’alcool et restait relativement bon marché à produire. En 1943 seulement, le Quartermaster Corps de l’Armée américaine expédia au moins 61 millions de kilogrammes d’ingrédients pour fabriquer de la glace vers les bases. À la fin du conflit, la Marine disposait même d’une usine flottante de glace — un navire de l’Armée réaffecté, équipé de réfrigérateurs capables de produire des grandes quantités de ce dessert rafraîchissant. Ce « rançon » commença comme un moyen pour les équipages de porte-avions de la Marine d’encourager ou de récompenser les petits navires ayant secouru des aviateurs abattus. En 1945, une règle officieuse s’était imposée : un membre du service sauvé valait plusieurs gallons de glace. Parfois même un congélateur entier. Parfois aussi une bouteille d’alcool venait compléter l’échange. Mais aucun aviateur ne retournait à son unité sans que ses sauveteurs n’aient bénéficié d’une bonne dose de dessert.

Cette tradition perdura lors de la guerre de Corée quelques années plus tard, menant à un épisode singulier impliquant le capitaine des Marines Russell Patterson Jr. et une Air Force qui jugea que la glace ne suffisait plus.

Patterson pilotait un F4U Corsair, effectuant des missions de combat au-dessus de la Corée en 1951. Au début de cette année, lors d’un engagement, il fut abattu derrière les lignes ennemies. Il survécut et fut secouru par les équipes de sauvetage en hélicoptère de l’US Air Force, alors en pleine phase de développement. À l’époque, cette méthode, encore peu éprouvée, se développait rapidement, les hélicoptères furent déployés pour pénétrer les zones de combat et extraire à la fois les fantassins blessés et les pilotes abattus, comme Patterson.

L’Air Force l’amena rapidement en territoire ami, mais ne le ramena pas immédiatement à sa base. Selon un Naval Aviation News de novembre 1951, ils ne réclamaient pas de glace cette fois. Caché dans cette publication, un article révélait leurs exigences : ils demandaient 45 kilogrammes de steak.

« Le seul reproche de Patterson était qu’il ne valait pas son poids en steak », soulignait l’article.

En réalité, le prix de la libération de Patterson fut bien plus élevé. En 2004, le programme d’Histoire et Musées de l’Air Force publia un ouvrage intitulé That Others May Live: USAF Air Rescue in Korea. L’auteur Forrest Marion y relata principalement les risques et opérations audacieuses des équipes de sauvetage aérien, et l’évolution de leurs tactiques. Mais il nota également que « toutes les missions de sauvetage n’étaient pas des exercices de terreur, et à certaines occasions, les sauveteurs se révélèrent être de négociateurs avisés ». L’ouvrage fit un détour pour revenir sur l’histoire de Patterson, qui apporta plus de détails.

Patterson « rappela que, après un « accueil cordial », mes hôtes de l’Air Force m’informèrent que j’étais retenu en otage tant que la Navy n’acceptait pas leurs conditions. » Le lendemain, un pilote Corsair collègue lui remit la rançon : dix gallons de glace, vingt-trois kilogrammes de steak désossé et une bouteille de whisky écossais.

Ni le magazine ni l’ouvrage ne détaillent le déroulement précis de l’échange, mais puisque Patterson put rentrer chez lui et raconter le prix de sa sécurité, il semble évident que les sauveteurs de l’Air Force obtinrent bien leur steak, agrémenté d’un dessert glacé.