Article de 902 mots ⏱️ 5 min de lecture

Le coût total estimé pour le remplacement de chaque F-16 ou F-18 par un Lockheed Martin F-35A de cinquième génération s’élèverait à plus de 600 millions de dollars au Canada, selon une récente analyse budgétaire. Ce montant soulève de sérieuses inquiétudes sur l’impact financier à long terme du programme d’acquisition envisagé.

Le ministère canadien de la Défense prévoit d’investir 14,2 milliards de dollars pour l’achat de 88 F-35 et de leur équipement associé, soit un coût direct d’environ 161 millions de dollars par appareil. Cependant, en prenant en compte les dépenses opérationnelles élevées et prolongées, notamment liées au moteur solitaire du F-35, les coûts totaux sur la durée de vie des appareils pourraient engendrer une dépense supplémentaire de près de 39 milliards de dollars pour le Trésor public.

Au final, le coût réel par appareil dépasserait les 600 millions de dollars sur toute sa vie opérationnelle.

« L’échec du programme F-35 »

Le rapport du directeur parlementaire du budget souligne l’échec majeur du programme F-35, conçu initialement pour avoir des coûts opérationnels similaires à ceux des F-16 et F-18 qu’il devait remplacer. Or, les dépenses en opérations et maintenance se sont avérées beaucoup plus élevées que prévu. Ce constat a rendu prohibitif le remplacement massif des F-16 dans l’US Air Force, qui doit désormais envisager des alternatives.

Le coût annoncé de 53 milliards de dollars pour le Canada pourrait encore augmenter, principalement en raison de deux facteurs : les risques réels d’accidents liés à des défauts logiciels du F-35, responsables de plusieurs crashs, et des problèmes opérationnels récents qui ont nécessité des modifications coûteuses, augmentant encore les coûts d’exploitation.

Problèmes de refroidissement des moteurs

Un exemple significatif d’erreur de conception affectant les coûts est la capacité insuffisante de refroidissement du moteur F135, qui équipe le F-35. Un audit de juin réalisé par le Government Accountability Office (GAO) américain a révélé une hausse préoccupante de 38 milliards de dollars des dépenses d’exploitation maximales pour la flotte américaine, directement liée à ce problème.

Avec le déploiement prévu du standard Block 4 en 2024, les besoins accrus en refroidissement et en énergie devraient faire grimper encore les coûts de maintenance. Cette tendance à la hausse se poursuivra jusqu’au remplacement du moteur, tandis que de nouveaux coûts opérationnels imprévus sont susceptibles d’apparaître.

Réduction des heures de vol

Le Canada prévoit cependant des coûts globaux inférieurs à ceux des États-Unis, grâce à une politique visant à limiter les heures de vol annuelles et à utiliser davantage de simulateurs pour la formation des pilotes. Cette stratégie devrait alléger la facture opérationnelle sur la durée de vie des F-35 canadiens.

Le directeur parlementaire du budget met toutefois en garde contre une possible augmentation des coûts si les F-35 de l’Aviation royale canadienne sont employés au-delà des prévisions initiales. Les retards dans la livraison des appareils pourraient également alourdir fortement la note : un délai d’un an pourrait faire augmenter les coûts de 400 millions de dollars, tandis qu’un retard de deux ans pourrait en ajouter 700 millions.

Des livraisons sur plus de dix ans

Les déficits de production, les longues phases d’approbation pour la fabrication en série ainsi que la forte demande internationale, notamment des pays européens membres de l’OTAN remplaçant leurs F-16, devraient repousser la livraison complète des F-35 au Canada au-delà de 2032, soit plus de dix ans après la commande initiale. Selon les tendances récentes, ces retards pourraient même s’allonger davantage.

En mars 2022, le ministère de la Défense canadien a relancé le processus d’acquisition de F-35A, mettant fin à une longue phase de sélection. Ces appareils doivent remplacer les CF-18C/D Hornet, en service depuis les années 1980.

Le F-35A a déjà été choisi par trois des quatre forces aériennes occidentales utilisant actuellement des F-18C/D, à savoir l’Australie, la Suisse et la Finlande. L’Espagne, dernier pays de ce groupe, devrait également opter pour le F-35A dans un avenir proche.

Une position unique pour le F-35

Le F-35 occupe une place singulière comme seul avion de combat de quatrième génération compatible OTAN toujours en production, ce qui lui a permis de surpasser systématiquement ses concurrents occidentaux lors des appels d’offres. Son atout principal réside dans son avionique avancée et ses capacités furtives.

Le Canada, bien qu’il n’ait pas pris d’engagement ferme jusqu’à présent, a contribué pour 613 millions de dollars au programme F-35 en tant que partenaire industriel entre 1997 et 2021.

Sous le Premier ministre Justin Trudeau, Ottawa est resté prudent sur toute décision d’achat dans les années 2010, M. Trudeau ayant qualifié le F-35 de « système non fonctionnel et loin d’être opérationnel ». Les révélations récentes sur le coût réel du programme ont relancé le débat sur la pertinence de cet investissement majeur pour la défense canadienne.