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Le chiffre d’affaires annuel des 100 plus grandes entreprises mondiales de l’armement a atteint un nouveau sommet en 2023, avec une hausse de 5,9 % pour s’établir à 679 milliards de dollars. Sur la décennie 2015-2024, la vente de matériel militaire et de services associés a progressé de plus d’un quart, selon les calculs de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). Parmi les quatre entreprises allemandes figurant dans ce classement, le chiffre d’affaires cumulé a bondi de 36 % en un an, avec une progression particulièrement marquée de 53 % chez Diehl, fournisseur notamment de systèmes de défense aérienne.

Le récent rapport du SIPRI, publié ce lundi, met en lumière une augmentation globale des dépenses militaires dans le monde, portée principalement par les performances des groupes américains et européens. Toutefois, toutes les régions du globe n’ont pas suivi cette tendance : en Asie-Pacifique, le recul significatif des ventes des sociétés chinoises a contribué à une baisse globale de leur chiffre d’affaires armement.

Comme les années précédentes, les firmes américaines dominent toujours le marché mondial de l’armement, représentant près de la moitié du chiffre global. Les 39 entreprises américaines présentes dans le top 100 ont progressé de 3,8 % à 334 milliards de dollars. SIPRI souligne cependant que certains programmes ont connu des retards : par exemple, l’augmentation du chiffre d’affaires chez Lockheed Martin, principal fabricant mondial d’armes, est en partie liée à des livraisons différées du chasseur F-35. D’autres programmes majeurs, tels que ceux portant sur la construction de sous-marins, sont également fragilisés par des retards et des dépassements budgétaires, ce qui pourrait affecter les futures plans de financement.

En Europe, la demande accrue en systèmes d’armes a permis aux 26 entreprises – hors Russie – du top 100 de réaliser une croissance de 13 % de leur chiffre d’affaires, à 151 milliards de dollars. Cette dynamique est largement portée par des groupes transnationaux comme Airbus et MBDA, ainsi que par le fabricant franco-allemand de blindés KNDS (fusion de Krauss-Maffei Wegmann et Nexter), qui a vu son chiffre d’affaires augmenter de 14 % en un an.

Sur le plan national, les industriels allemands affichent une progression de 36 %, à 14,9 milliards de dollars, se classant quatrième en Europe derrière le Royaume-Uni (52,2 milliards), la France (26,1 milliards) et l’Italie (16,8 milliards). Le groupe familial Diehl, qui a grimpé du 80e au 67e rang mondial, enregistre la plus forte croissance annuelle avec 53 %, portant son chiffre d’affaires à 2,1 milliards de dollars. Ce succès est notamment imputable à ses livraisons de systèmes de défense aérienne et de munitions d’artillerie, en particulier à destination de l’Ukraine.

Le plus grand groupe allemand, Rheinmetall, a vu son chiffre d’affaires bondir de 47 %, à 8,2 milliards de dollars, passant de la 26e à la 20e position mondiale. Cette croissance est essentiellement liée à la hausse des commandes de véhicules blindés et de munitions en lien avec la guerre en Ukraine. Les ventes réalisées directement en Ukraine ont doublé, atteignant 1,4 milliard de dollars l’an dernier. Les autres sociétés allemandes figurant dans le top 100 sont ThyssenKrupp, encore intégrant son activité chantiers navals avant scission, à la 61e place avec près de 2,3 milliards, et Hensoldt en 62e position avec 2,24 milliards de dollars.

Dans la région Moyen-Orient, incluant la Turquie selon la définition de SIPRI, neuf entreprises figurent dans le top 100 – un record pour cette zone. Leur chiffre d’affaires total atteint 31 milliards de dollars, avec une nette domination des firmes israéliennes (trois sociétés pour 16,2 milliards) et une contribution importante des cinq entreprises turques (10,1 milliards).

Alors que la demande en systèmes d’armes continue d’augmenter à l’échelle mondiale, le chiffre d’affaires des entreprises chinoises recule en revanche. Selon SIPRI, les huit sociétés chinoises du top 100 ont vu leur revenu diminuer de 10 % en 2023, à 88,3 milliards de dollars. Cette contraction est liée à plusieurs enquêtes et accusations de corruption pesant sur des responsables de l’industrie militaire chinoise, provoquant des retards dans les achats et un réexamen des contrats en cours.