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Dans une rare démarche interarmées favorisant une collaboration plus étroite, un haut responsable de l’Armée de l’air indienne (IAF) a exhorté la Marine indienne à s’associer au programme de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) pour développer une version spécifique embarquée. Selon lui, cette adaptation permettrait de rationaliser la logistique, de réduire les coûts et d’harmoniser les besoins navals avec les ambitions furtives de l’IAF, rappelant des synergies antérieures telles que l’acquisition commune du MiG-29K.

Toutefois, la Marine reste attachée à son programme de Chasseur Embarqué à Double Moteur (TEDBF), une conception « 5 minus gen » qui reprend les avancées avioniques de l’AMCA sans bénéficier de la furtivité complète. Avec un besoin estimé à 80 nouveaux avions pour renforcer sa flotte de trois porte-avions, cette proposition relance le débat sur l’opportunité d’une famille AMCA unifiée face à un TEDBF autonome.

Un projet AMCA naval pour une interdépendance accrue

L’AMCA, validé en mai 2025 avec des prototypes attendus pour 2029, représente le summum de la furtivité indienne grâce à des soutes internes pour armes, la supercroisière et un système de réseau piloté par intelligence artificielle pour la supériorité aérienne. L’officiel de l’IAF évoque une adaptation navale, appelée Naval-AMCA, qui tirerait parti d’une recherche et développement commune afin de livrer un appareil adapté aux opérations embarquées, avec ailes repliables, train d’atterrissage renforcé et dispositif d’arrêt. « Pourquoi multiplier les efforts quand la mutualisation accroît l’efficacité ? », a-t-il déclaré, soulignant qu’une co-conception pourrait réduire de moitié les délais de certification et favoriser une gestion commune des pièces de rechange, sur le modèle de la synergie MiG-29K entre Air et Marine.

Un précédent pragmatique : le MiG-29K

Ce n’est pas une simple théorie : le MiG-29K, intégré en 2010 sur l’INS Vikramaditya, fut choisi en partie grâce à sa maintenance partagée avec les MiG-29 de l’IAF, simplifiant la formation et puisant dans des stocks de pièces existants. Aujourd’hui, avec plus de 40 MiG-29K en service et une usure croissante, la Marine doit penser à des solutions évolutives. Le Naval-AMCA pourrait s’intégrer harmonieusement aux opérations des porte-avions INS Vikrant, Vikramaditya et du futur IAC-2 attendu pour 2030, tout en s’appuyant sur la commande de plus de 200 unités de l’IAF.

Le maintien du TEDBF

Pourtant, la Marine a renforcé son engagement envers le TEDBF depuis son lancement en 2021, un programme estimé à 89 000 crores de roupies, conduit par le centre ADA et HAL, visant la production entre 200 et 300 exemplaires d’ici à 2040. Ce chasseur dit « 4,5 à 5 minus gen » est équipé de deux moteurs GE F414, d’un radar AESA et d’avionique de type Uttam, mais il ne bénéficie pas des formes furtives ni des soutes internes caractéristiques de l’AMCA. Le TEDBF est conçu pour des opérations de 26 tonnes sur des porte-avions de 40 000 tonnes, avec des canards pour faciliter le pilotage à basse vitesse et une autonomie de combat de 1 500 km, adaptée aux points stratégiques de l’océan Indien tels que le détroit de Malacca.

Il dispose de points d’emport externes compatibles avec les missiles BrahMos-NG sans pénalité furtive, et d’une architecture modulable facilitant l’intégration d’armes à énergie dirigée développées par le DRDO. Les premiers plans présentés lors d’Aero India 2025 annoncent un premier vol en 2028 et des prototypes prêts en 2032, un calendrier plus rapide que celui d’une conversion d’un appareil terrestre.

Leçons tirées du Rafale M

Le responsable de l’IAF a pris l’exemple du Rafale M, développé initialement comme une version navale pour le porte-avions français Charles de Gaulle. Ce cas inversé voit Dassault concevoir d’abord les prototypes pour l’Armée de l’air à partir de la cellule navale robuste, mais la version embarquée finale conserve des compromis, notamment des ailes non repliables pour limiter les coûts. L’Inde, qui a commandé 26 Rafale M avec livraison prévue à partir de 2026, a privilégié la domination spectrale au détriment de la perfection, mais les limitations en termes de masse et de traînée illustrent les difficultés liées à la conversion d’un avion terrestre à un contexte embarqué.

Pour l’AMCA, l’officiel estime qu’une intégration navale anticipée éviterait ce genre de problèmes, contrairement au concept Naval-AMCA abandonné. Ce dernier avait été étudié en 2023 mais présentait des « limitations sévères » : la furtivité de cinquième génération impose des profils très fins incompatibles avec les renforts nécessaires au vol embarqué, tandis que les soutes internes gênent le mécanisme d’ailes repliables, ce qui pourrait augmenter la masse de 20 % et réduire la capacité à supercroiser. « La conversion d’un appareil terrestre au naval risque de faire un touche-à-tout sans exceller, mais un co-design précoce renverse cette équation », a-t-il conclu.

Une nécessité pressante

La flotte de MiG-29K de la Marine, avec des cellules ayant environ 1 000 heures de vol, sera obsolète dès 2035, créant un vide pour les rotations entre Vikrant, Vikramaditya et le futur IAC-2 attendu en 2028. Les projets prévoient 80 nouveaux chasseurs, dont 40 pour remplacer les MiG-29K et 40 pour renforcer les 36 Rafale M, en assurant des escadrilles de 36 appareils par porte-avions. Le TEDBF cible cette ambition, mais les retards possibles dans le transfert de technologie des moteurs GE pourraient compromettre les délais, laissant la porte ouverte à l’AMCA, co-développée avec Safran pour un moteur de poussée de 110 kN.