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La Force aérienne indienne (IAF) fait face à une pénurie persistante de escadrons, tombée à un niveau précaire de 30 contre 42 homologués, ce qui représente une vulnérabilité majeure malgré l’augmentation des livraisons des chasseurs indigènes Tejas Mk1A et l’attente d’une validation du ministère de la Défense pour une commande supplémentaire de 114 Rafale. Le retrait progressif des avions Mirage 2000 et MiG-29 accentuera ce déficit, les experts estimant qu’il faudra entre 5 et 7 ans pour atteindre des niveaux opérationnels stables, en s’appuyant notamment sur un approvisionnement ininterrompu des moteurs GE F414 en provenance des États-Unis pour la gamme Tejas. Toutefois, au-delà de ce déficit en chasseurs, un manque plus discret mais tout aussi critique se fait sentir : l’absence d’un avion de guerre électronique dédié au brouillage à distance afin de neutraliser les radars et communications ennemis dans un espace aérien contesté.

Le système intégré de défense aérienne de l’Inde (IADS) présente un dispositif multicouche robuste, avec les systèmes S-400 Triumf pour les interceptions longue portée, les Akash-NG indigènes pour des menaces à moyenne distance, et les systèmes QRSAM pour la défense de points stratégiques. Pourtant, la capacité de brouillage électronique demeure le talon d’Achille. Les brouilleurs autonomes comme la suite Dhruti développée par le DRDO, intégrée aux Su-30MKI et Rafale, assurent une protection individuelle face aux missiles entrantes, mais l’IAF ne dispose pas d’une plateforme souveraine de guerre électronique semblable aux EA-18G Growler américains ou aux J-16D chinois. Cette lacune a été révélée lors de simulations basées sur les tensions le long de la Ligne de contrôle réelle (LAC), où les capacités chinoises Y-8 EW ou pakistanaises Falcon DA-20 exposent les réseaux et peuvent compromettre les chaînes de commandement dans un conflit de haute intensité.

Dans ce contexte, la famille Netra de systèmes aéroportés d’alerte avancée et de contrôle (AEW&C) développée par le DRDO apparaît comme une solution prometteuse pour combler ce vide par le biais de capacités accrues de guerre électronique. Récemment, des autorisations ont été accordées pour une intégration renforcée sur les versions Netra Mk1A et Mk2 à venir, transformant ces plateformes de surveillance en vecteurs multi-rôles capables d’appuyer les opérations EW sans nécessiter de développements de nouveaux appareils spécifiques.

Les chiffres de l’IAF sont impitoyables. Avec 83 Tejas Mk1A commandés pour une livraison d’ici 2029 – un objectif rendu possible grâce au moteur GE F414 exempt de restrictions d’exportation américaines – ce chasseur léger comble des lacunes tactiques majeures. Si la commande de Rafale supplémentaires est validée, ces appareils de génération 4,5 compenseront la disparition progressive des Mirage et MiG-29, amenée à réduire de trois escadrons la flotte d’ici 2028. L’Air Chief Marshal A.P. Singh a récemment qualifié la phase de redressement de « réaliste mais exigeante », en accord avec les prévisions des think tanks qui tablent sur 5 à 7 ans pour atteindre 35 à 37 escadrons, sous réserve d’un premier vol des prototypes AMCA avant 2028. Un dirigeant de HAL a souligné que « l’absence de frein géopolitique de Washington sur les moteurs est une bénédiction », le F414 avec sa poussée de 98 kN poussant le Tejas vers une capacité multirôle crédible.

Cependant, le seul nombre d’appareils ne suffira pas. Les guerres aériennes modernes exigent une suprématie en matière de guerre électronique pour affaiblir les systèmes IADS adverses, comme l’a démontré l’Opération Sindoor où les Netra Mk1 ont coordonné des frappes sans pouvoir complètement neutraliser les radars pakistanais. C’est dans ce domaine que la carence est la plus préoccupante.

L’IADS indien est une prouesse technologique : le parapluie de 400 km des S-400 protège la région de Delhi, épaulé par des couches intermédiaires à 50 km avec les systèmes Akash, et les systèmes courts SpyDer forment une toile de défense intégrée via le système IACCS. Les brouilleurs autonomes aérodynamiques (ASPJ) fournis par le DRDO, embarqués sur plus de 100 Su-30 via le pod D-29, fournissent une défense contre les missiles à radar à tête active (ARH), avec un taux d’échec du brouillage de 80 % contre des modèles comparables au PL-15. Toutefois, ces dispositifs restent des protections tactiques et non des moyens stratégiques. Un brouilleur à distance (Stand-Off Jammer, SOJ) pourrait opérer à 100-200 km, saturant en bruit les bandes X, S et L, escortant des formations de frappe ou neutralisant préventivement des systèmes SAM.

Les trois AWACS Phalcon basés sur IL-76 embarquent des capacités élémentaires de détection électronique mais ne disposent ni de moyens de brouillage offensif ni de capacité d’appui électronique complets, tandis que les trois Netra Mk1 sur Embraer se concentrent sur une surveillance AESA à 240°. La modernisation prévoit une évolution pragmatique des capacités électroniques.

Prévus en induction pour six exemplaires supplémentaires d’ici 2027, via un appel d’offres sur des Embraer EMB-145 d’occasion, les Netra Mk1A ne se limitent pas à une simple évolution, mais deviennent de véritables plates-formes de guerre électronique. Ce projet, approuvé en mars 2025 avec un budget de 11 000 crores INR, intègre un radar AESA en nitrure de gallium (GaN) couvrant 240° et capable de détection jusqu’à 450 km, mais surtout une suite améliorée de guerre électronique comprenant des mesures de soutien électronique (ESM) à 360° pour la localisation précise des menaces, des mesures de soutien aux communications (CSM) pour l’interception des liaisons ennemies, et des pods de brouillage actif pour des perturbations à distance.

Lors de l’Opération Sindoor, le prototype Mk1A a démontré des contre-mesures électroniques avancées capables d’interférer avec des simulateurs d’illumination du missile chinois HQ-9, transmettant en temps réel des informations aux Rafale pour faciliter des pénétrations furtives. Le Centre pour les Systèmes Aéroportés (CABS) du DRDO confirme que l’avion dispose d’un ravitaillement en vol permettant une endurance de 9 heures, d’une liaison satellite pour les commandes hors ligne de vue et d’améliorations du système Identification Ami/Ennemi (IFF), rendant possible une intégration dans un concept de guerre en réseau (NCW) où les données électroniques alimentent directement la gestion du combat. Selon un communiqué de CABS, « la capacité EW du Mk1A n’est pas un ajout, c’est une fonction native qui transforme un appareil de surveillance en un vecteur de suppression », grâce à des radios définies par logiciel permettant un saut dynamique de fréquences face à des menaces adaptatives.

Plutôt qu’une rupture, l’IAF a accéléré ce développement sous pouvoirs d’urgence, visant à remplacer deux Netra obsolètes dès 2026. Si certains critiques soulignent l’absence persistante d’un SOJ autonome sur des forums spécialisés, les experts internes rétorquent : « Pourquoi dupliquer une capacité quand la modularité de Netra offre 70 % des performances à moitié prix ? »

Le joyau de la couronne viendra avec les six Netra Mk2, validés en septembre 2025 pour une enveloppe de 20 000 crores INR sur des appareils Airbus A321. Ces avions promettent un arc radar à 300°, la détection furtive jusqu’à 500 km et une montée en puissance des capacités de guerre électronique. Bâtis sur la base du Mk1A, ils embarqueront une suite complète de guerre électronique comprenant ESM pour le renseignement électromagnétique, ECM pour le brouillage, et ECCM pour l’auto-protection, en phase avec la stratégie multirôle de l’IAF. La livraison est attendue pour 2028, avec des réseaux GaN permettant de suivre drones et missiles dans un environnement brouillé.

Les ambitions sont importantes. Le Mk2 intégrera l’architecture unifiée de guerre électronique du DRDO, fusionnant la conscience situationnelle du Netra avec des charges offensives telles que le pod de brouillage haute puissance (HPJ), déjà testé sur Su-30. Il n’y a aucune opposition chez les officiers supérieurs, et l’Air Chief Marshal Singh a récemment approuvé ce travail d’équipe hybride AEW-EW, selon des comptes rendus de SPS Aviation. Cette évolution permet de contrer les flottes Y-9G de la Force aérienne populaire de libération chinoise (PLAAF), assurant que l’IADS évoluera d’une posture passive à une négation proactive.