Article de 776 mots ⏱️ 4 min de lecture

Les États-Unis doivent faire face à un défi majeur pour maintenir des stocks suffisants d’intercepteurs de missiles, alors que la demande augmente et que la capacité de production reste limitée. Cette tension concerne plusieurs systèmes, notamment les inquiétudes autour des inventaires décroissants d’intercepteurs Patriot et le taux d’utilisation élevé des intercepteurs pour le système Terminal High Altitude Area Defense (THAAD). Le conflit en Ukraine a également accentué les inquiétudes quant à l’insuffisance des stocks américains. Trois experts proposent des pistes pour résoudre cette pénurie.

Ankit Panda
Chercheur senior au programme de politique nucléaire du Carnegie Endowment for International Peace

Pour remédier au manque d’intercepteurs disponibles dans la défense antimissile régionale, il faudra agir sur plusieurs fronts. Les solutions les plus efficaces nécessiteront des efforts à long terme pour accroître la production, améliorer la chaîne d’approvisionnement et augmenter les financements. Cependant, certaines mesures à court terme peuvent limiter l’usage des stocks existants, qui pourraient être nécessaires dans les 24 à 36 prochains mois. Par exemple, le Congrès pourrait exiger une justification du secrétaire à la Défense pour tout déploiement ou réaffectation de plus de 5 % des intercepteurs d’un système donné. En juin dernier, les États-Unis ont utilisé environ 25 % de leur stock mondial d’intercepteurs THAAD pour défendre Israël face aux attaques iraniennes. Ces intercepteurs ne sont donc plus disponibles pour des missions stratégiques potentiellement prioritaires, notamment en Indo-Pacifique ou en Europe. La stratégie impose une gestion rigoureuse des ressources : tant que les moyens de défense antimissile seront perçus comme des outils d’urgence sans lien avec des objectifs stratégiques clairs, le pays continuera à subir des pénuries.

Mackenzie Eaglen
Chercheuse senior à l’American Enterprise Institute

La solution à la pénurie d’intercepteurs consiste à étendre la production tout en explorant des capacités disruptives et complémentaires, ainsi que de nouveaux partenariats industriels. Le Congrès a alloué des fonds importants qui doivent désormais aboutir à des contrats. La production actuelle de systèmes traditionnels tels que THAAD, Patriot et SM-3 est insuffisante. Par exemple, la production annuelle à plein régime des intercepteurs THAAD est de 96 unités, mais seulement 12 ont été financées dans le budget 2025. Produire des intercepteurs ne se fait pas du jour au lendemain. L’effort doit aussi inclure des investissements dans des systèmes d’un nouveau genre, moins coûteux et réutilisables, ainsi que dans des solutions innovantes comme des drones-munitions ou des systèmes spatiaux pour intercepter les missiles de façon originale.

Un investissement double, dans les technologies éprouvées et les innovations, est essentiel pour équilibrer la qualité des systèmes haut de gamme avec la quantité et la diversité des solutions plus accessibles. Cette combinaison permettra de reconstituer les stocks et d’adapter la défense antimissile à différents types de menaces.

Tom Karako
Directeur du projet Défense antimissile au Center for Strategic and International Studies

Face à la montée en puissance de la production d’intercepteurs, le Pentagone doit choisir entre une expansion classique des acquisitions et une approche plus radicale, celle de produire ces munitions presque comme des commodités. Il ne suffit pas de multiplier les appels au financement pluriannuels, de stabiliser la demande ou d’ajouter de nouvelles sources de moteurs à propergol solide ; les objectifs de stock Patriot ont quadruplé sur le papier ce printemps, passant de 3 376 à 13 773 unités. Passer de 550 à 2 000 missiles Patriot produits par an exigera des efforts industriels considérables.

Pour mettre en œuvre une vraie politique d’achats pluriannuels, il faudra modifier les pratiques commerciales et contractuelles. Le Département de la Défense cherche à faire supporter par l’industrie les coûts liés aux nouvelles usines, en espérant amortir ces coûts sur plusieurs années, mais celle-ci réclame des garanties solides. Des clauses strictes en cas d’annulation de contrats seront nécessaires. Des exigences simplifiées, comme une durée de vie plus courte des munitions, peuvent aussi réduire les coûts.

La diversification des fournisseurs de moteurs à propergol solide est prometteuse, mais l’augmentation de la production, notamment pour les plus gros calibres, prend du temps. Pour renforcer la capacité, le Département de la Défense devra non seulement ajuster les volumes mais aussi augmenter fortement les commandes auprès des fournisseurs actuels.

Tout cela dépendra du soutien du Congrès. Un processus budgétaire normalisé et un budget complémentaire dédié aux munitions sont indispensables pour restaurer la confiance des industriels et assurer un approvisionnement stable.