Les auteurs de cet article relancent le débat sur la création d’une Force Cyber américaine. Je partage leur avis, mais considère que la désignation du cyberespace comme cinquième domaine de guerre était déjà trop restrictive. Constituer une force « Cyber » ne répond qu’en partie aux enjeux actuels.

En réalité, le cyber est un prolongement du renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT) par d’autres moyens, et le SIGINT n’est qu’un élément parmi d’autres dans la guerre électromagnétique (GEM). Le spectre électromagnétique constitue en fait le véritable cinquième domaine de la guerre.

Pour combler nos lacunes, il faut s’inspirer du passé afin d’affronter l’avenir.

Premièrement, créer un Service de Sécurité des États-Unis en tant que sixième force armée, spécialisé dans le cyber offensif, la guerre électromagnétique et le renseignement électromagnétique. Cela nécessite une révision des limitations entre les Titres 10 et 50 du droit américain qui ont provoqué cette division des efforts.

Deuxièmement, reconstituer, au niveau des forces armées, des entités du Service de Sécurité qui avaient été dissoutes ou fusionnées avec d’autres organisations de renseignement dans les années 1970 et 1980. À l’instar du Service de Sécurité des États-Unis, ces entités fourniront des capacités offensives en cyber, guerre électromagnétique et renseignement électromagnétique, pour soutenir leurs branches respectives.

Troisièmement, fusionner à nouveau l’Agence de Sécurité Nationale (NSA) et le Cyber Command afin de constituer une structure unique dotée d’un contrôle technique étendu à la guerre électromagnétique, en ayant conscience que cette entité dirige aussi bien les actions offensives que la collecte. Là encore, la correction des frontières juridiques entre Titres 10 et 50 est essentielle.

Quatrièmement, confier la cybersécurité à chaque force armée, qui gèrera et protègera ses propres réseaux.

Ce nouveau Service de Sécurité assurera la Force nationale cyber ainsi que la coordination de la collecte au niveau national sur le spectre électromagnétique, et fixera la politique ainsi que la mise en œuvre de la guerre électromagnétique. Il fournira également des forces pour soutenir les opérations conjointes aux niveaux stratégique, opérationnel et tactique. Enfin, il inclura une composante forces spéciales pour appuyer pleinement le Commandement des opérations spéciales des États-Unis (USSOCOM).

Malheureusement, « cyber » est devenu un terme générique employé par les opérateurs pour désigner l’ensemble des activités liées à la guerre électromagnétique. Tandis que l’acronyme CEMA (Cyber Electromagnetic Activities) a été utilisé tant aux États-Unis qu’au Royaume-Uni, cette dénomination semble tomber en désuétude, malgré sa meilleure adéquation à la réalité opérationnelle. Avec l’intégration d’éléments de guerre électromagnétique dans les unités de l’Armée de terre dans le cadre de l’initiative Transformation In Contact, les soldats et chefs d’armes commenceront à utiliser le terme guerre électromagnétique (EW) pour désigner globalement ces capacités. Hélas, le concept de guerre électromagnétique de l’Armée américaine reste simplifié, se limitant à des fonctions élémentaires de localisation et de brouillage. Ce parti pris transforme la guerre électromagnétique en une sorte de marteau là où un scalpel serait plus approprié. Les signaux seront géolocalisés sans analyse approfondie puis soit brouillés, soit transmis aux unités de tir pour destruction. Cette approche risquera de faire disparaître des nœuds exploitables ou détruire des émetteurs trompeurs, tandis que les véritables cibles resteront actives et indétectées.

L’Armée amplifie en fait ce problème. Elle fusionne la 2e Task Force multi-domaine de l’U.S. Army Europe (USAREUR) avec le 56e Commandement d’artillerie, associant ainsi « cyber » et feux traditionnels, ainsi que feux défensifs et offensifs. L’Armée a correctement intégré les éléments CEMA dans la 2e MDTF, en regroupant cyber, guerre électromagnétique et renseignement électromagnétique dans une seule unité. Le risque réside dans le fait que toutes ces capacités soient placées sous le commandement d’un officier qui ne perçoit les objectifs que sous l’angle de la destruction de cibles.

– Eric Graves
Fondateur
SSD