Le conflit qui oppose l’Ukraine à la Russie s’est désormais installé dans sa quatrième année, sans aucun signe d’une résolution pacifique à l’horizon. Lancée en février 2022, cette guerre a engendré des souffrances humaines considérables, une dévastation économique majeure et des tensions géopolitiques intenses.
En août 2025, le conflit reste actif, avec des forces des deux camps retranchées et déterminées à atteindre leurs objectifs. Voici un résumé de la situation actuelle :
Les forces ukrainiennes
- Les forces ukrainiennes, soutenues par le gouvernement ukrainien et ses alliés occidentaux, continuent de résister à l’agression russe.
- Elles parviennent à conserver des villes clés telles que Kyiv, Kharkiv et Odesa.
- Les armées ukrainiennes tentent de reconquérir les territoires perdus face aux séparatistes pro-russes dans la région du Donbass.
Les forces russes
- Les forces russes, appuyées par le gouvernement de Moscou, maintiennent leur emprise sur la Crimée, annexée en 2014.
- Ils continuent de soutenir les groupes séparatistes dans le Donbass, en leur fournissant équipements militaires et personnels.
- Les forces russes sont accusées de crimes de guerre et de violations des droits de l’homme sur le sol ukrainien.
Chaque nouvelle information sur la Russie et ses actions militaires donne l’impression de revoir un conflit interminable, avec des affrontements anciens qui ne cessent de perdurer. Il est facile de se sentir dépassé et de manquer la compréhension globale du phénomène. Pourtant, ce schéma de conflits continus s’inscrit dans une longue tradition historique profondément ancrée en Russie. Comprendre cette histoire est indispensable pour saisir les enjeux actuels.
Bien souvent, on cherche une explication simple aux conflits auxquels la Russie est liée. Pourtant, les causes sont souvent plus complexes qu’elles n’y paraissent. Cet article explique pourquoi la Russie semble enfermée dans un cycle quasi-perpétuel d’agressions et ce qui motive réellement sa machine militaire.
Une histoire marquée par les conflits
Pour comprendre la Russie actuelle, il faut se plonger dans son passé. Un mémorandum rédigé en 1900 par le général Kuropatkine, ministre de la guerre russe sous le tsar Nicolas II, offre un regard éclairant. Il y décrit un pays presque toujours en guerre.
Selon ce document, la Russie a consacré 128 années aux conflits au cours des XVIIIe et XIXe siècles, dont seulement cinq années de guerre défensive. Le reste correspond à des campagnes d’agression à l’extérieur des frontières, visant à étendre son influence de l’Europe à l’Asie.
Cette analyse historique révèle un schéma clair : l’expansion de l’Empire russe n’est pas un hasard mais le fruit d’une politique militaire délibérée façonnant l’identité nationale.
L’ère soviétique : ambitions impériales sous une nouvelle bannière
Avec la prise de pouvoir des bolcheviks en 1917, les méthodes changent, mais la mission reste la même. L’Union soviétique reprend et amplifie les objectifs expansionnistes du régime tsariste, de manière bien plus brutale et agressive.
Le régime communiste vise à reconstruire un empire russe sous l’étendard du marxisme-léninisme. Cette ambition déclenche de multiples conflits tout au long des 73 années d’existence de l’URSS. L’Armée rouge, quasiment en permanence engagée en opérations, étendait son influence jusqu’au Moyen-Orient et en Amérique latine.
Parmi les guerres et invasions soviétiques célèbres, on compte :
- Le Caucase
- Les États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie)
- La Finlande
- La Pologne
- L’Allemagne
- Le Japon
- L’Afghanistan
- La Hongrie
- La Tchécoslovaquie
Le plan de Staline était d’utiliser la Seconde Guerre mondiale pour conquérir l’Europe. Après une initiale collaboration avec Hitler, il se retourne contre l’Allemagne. Bien qu’il ait fini par dominer l’Europe de l’Est, il considérait cela comme une victoire partielle.
Quelques années plus tard, doté de l’arme nucléaire, il prépare le pays à une guerre mondiale 3 qu’il juge inévitable pour dominer le globe. Cette course aux armements aboutit notamment à un vaste programme de sous-marins nucléaires stratégiques.
La Russie post-soviétique et la perpétuation des conflits
On pourrait penser que la chute de l’URSS en 1991 mettrait fin à cette politique guerrière. Mais la mentalité prédatrice héritée des tsars et des soviétiques ne disparaît pas, elle s’adapte simplement au nouvel environnement politique.
Depuis 1991, la Russie continue de baigner dans un état quasi-permanent de guerre, avec des campagnes brutales en Tchétchénie, l’invasion de la Géorgie en 2008, l’intervention militaire en Syrie, et plus récemment, la guerre dévastatrice contre l’Ukraine.
Ce cycle amène à s’interroger à nouveau : pourquoi cette répétition ? Trouver une explication rationnelle conforme à la géopolitique contemporaine est délicat. Les décisions du président russe semblent parfois déconnectées des intérêts à long terme du pays.
La guerre moderne en Ukraine : un examen approfondi
L’invasion de l’Ukraine par la Russie révèle ce schéma historique sous une lumière crue. Ce conflit, qui s’est intensifié en 2022, dépasse le cadre régional pour incarner des siècles d’ambitions impériales. Les combats sont particulièrement violents à l’est, où des sièges prolongés se déroulent autour de points stratégiques.
Les forces russes ciblent méthodiquement les villes ukrainiennes avec des bombardements de missiles et d’artillerie. Ces attaques provoquent des pertes civiles massives et détruisent des infrastructures vitales, plongeant le pays dans une crise humanitaire sévère. La bataille de Chasiv Yar illustre parfaitement la violence et l’usure du conflit.
Face à cela, l’Ukraine fait preuve d’une résistance exceptionnelle et innove sur le champ de bataille. L’usage massif des drones ukrainiens permet des frappes précises sur les cibles russes. Cette adaptation technologique, avec parfois l’aide de l’intelligence artificielle pour le ciblage, se révèle déterminante, notamment avec des systèmes d’armes fournis par l’Occident comme les systèmes antimissiles Patriot.
La communauté internationale suit de près, notamment la situation de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia. L’occupation russe du site a suscité des craintes pour un accident majeur, voire un sinistre délibéré. Les autorités ukrainiennes multiplient les avertissements tandis que le monde espère encore prévenir une catastrophe.
La question déroutante : quel est le véritable objectif ?
En apparence, le but de la guerre semble évident : conquérir du territoire, contrôler des ressources et absorber la population, suivant un schéma classique des conflits d’expansion.
Mais si la Russie réussissait à s’emparer de l’Ukraine, que se passerait-il ensuite ? Chercherait-elle à exploiter les richesses naturelles ukrainiennes pour soutenir son économie, déjà largement dépendante du pétrole russe ?
Cela paraît peu probable, car la Russie possède déjà d’immenses richesses naturelles, parfois même en excès difficile à gérer, comme l’analyse Chatham House. Par ailleurs, la réduction des importations d’hydrocarbures russes figure parmi les axes majeurs de la réponse internationale.
Le Kremlin croit-il que les Ukrainiens accepteraient facilement leur nouvelle domination et transféreraient des bénéfices à Moscou ? Cela semble naïf. Les Ukrainiens affichent une identité nationale très forte et ont démontré leur détermination à résister. Un Ukraine conquise deviendrait un foyer d’insurrections et de sabotage, drainant constamment les ressources russes nécessaires pour contenir une guérilla permanente.
La guerre pour la guerre
Cela conduit à une hypothèse surprenante : et si la finalité de cette guerre n’était pas la victoire, mais la guerre elle-même ? Le conflit permanent serait-il le but recherché ?
Faire la guerre est, sous certains aspects, beaucoup plus simple que de bâtir un État prospère et libre. La guerre offre à un gouvernement un prétexte idéal pour renforcer le contrôle centralisé et réprimer toute opposition. Elle fournit un récit commode où tous les problèmes internes sont imputés à un ennemi extérieur, relancé en continu sur les réseaux sociaux et la télévision d’État.
L’Empire russe, l’URSS et la Russie contemporaine ont tous été bâtis sur un modèle militaire. Une armée sert avant tout à combattre. Un État construit comme une armée a besoin d’une guerre pour justifier son existence, un constat souvent souligné par des analyses comme celles du CSIS.
Le moteur économique du conflit
La guerre joue également un rôle économique crucial pour l’élite russe. Une économie de guerre permet des dépenses publiques massives et opaques, sans véritable contrôle. Cela engendre des cycles incessants de corruption incontrôlée, malgré l’existence formelle d’agences anticorruption en Russie.
Par exemple, un vaste système de corruption lié à l’achat de drones pourrait facilement fonctionner ainsi : les fonds alloués passent par des sociétés-écrans contrôlées par des responsables influents. En retour, l’armée reçoit du matériel de qualité inférieure à des prix gonflés, tandis que les dirigeants détournent la différence.
Ce type de mécanisme n’est pas une hypothèse lointaine, mais un élément structurel du système. Les organismes anticorruption manquent d’indépendance et ne défient jamais la classe dirigeante. Cela garantit qu’une partie puissante de l’élite a un intérêt financier direct à poursuivre le conflit, indépendamment du coût humain pour les soldats russes et les civils ukrainiens.
| Facteur | Bénéfice pour le régime |
|---|---|
| Contrôle politique | Justifie la répression des manifestations, la censure des médias et l’emprisonnement des opposants. |
| Unité nationale | Crée un récit « nous contre eux », mobilisant la population autour du drapeau et contre un ennemi commun. |
| Opportunité économique | Permet des contrats militaires sans appel d’offres et des détournements pour l’élite. |
| Distraction | Détourne l’attention publique des problèmes internes comme la santé défaillante, la stagnation économique et le manque de libertés politiques. |
La paix impossible
C’est pourquoi les appels répétés des États-Unis et de l’Europe pour une négociation souvent n’aboutissent pas. Les dirigeants occidentaux ne saisissent peut-être pas que la Russie n’a pas besoin d’une victoire classique. Elle a besoin que la guerre perdure.
En l’absence de conflit, la Russie ferait face à de graves menaces internes. Les tensions, jusqu’ici masquées par les conflits extérieurs, reviendraient au premier plan. Des mouvements séparatistes pourraient s’amplifier, mettant potentiellement en danger l’unité même de la Fédération de Russie.
Mettre fin à la guerre impliquerait aussi une transition majeure vers une économie civile. Les États-Unis l’ont réalisée après la Seconde Guerre mondiale, grâce à un système démocratique capable de protéger l’entreprise privée et l’économie de marché. La Russie, en revanche, ne dispose pas des structures juridiques et politiques nécessaires, comme un pouvoir judiciaire indépendant.
Pour la classe dirigeante actuelle, la paix représente une menace directe. Passer à une économie de paix risquerait l’effondrement de leur pouvoir centralisé et la perte de leurs fortunes. Ni les hauts dirigeants ni l’élite ne souhaitent la paix, car elle déstabiliserait le système dont ils tirent profit.
Le contexte international complique encore la situation diplomatique, avec des déclarations de personnalités mondiales pouvant modifier les calculs stratégiques. Pourtant, le problème principal reste interne à la Russie, où la direction semble enfermée dans un cycle où seule la guerre assure la pérennité de son pouvoir, au prix de l’isolement et des sanctions économiques.
La guerre devrait donc continuer. Chaque communiqué du Kremlin fournira des justifications, et toute vérification des faits sera rejetée comme propagande étrangère. Même en cas de pause forcée, la Russie l’utilisera vraisemblablement pour se réarmer et rechercher une nouvelle cible. Ce cycle paraît voué à se répéter jusqu’à l’effondrement éventuel du régime.
Conclusion
En étudiant l’histoire russe, un fil rouge inquiétant apparaît : ce pays semble exister dans un état quasi-permanent de conflit. Des tsars aux soviétiques, jusqu’à la Russie contemporaine, la guerre a été un outil non seulement d’expansion, mais aussi de contrôle interne et de survie étatique.
Comprendre la relation complexe entre la Russie et ses conflits n’est pas qu’un exercice intellectuel. C’est essentiel pour décrypter la guerre actuelle en Ukraine et anticiper les développements futurs. La réalité est que les appels à la paix, bien que sincères, demandent aux dirigeants russes un sacrifice qu’ils ne peuvent se permettre.
Cette histoire suggère qu’une paix durable ne sera possible que lorsque la nature même de l’État russe changera profondément. Ce n’est qu’alors que le monde pourra espérer voir enfin la fin de ce cycle brutal et récurrent de conflits russes.