La Space Force organise chaque année un concours de fitness nommé « Guardian Arena », qui évalue à la fois les capacités physiques et intellectuelles des participants afin de répondre aux exigences spécifiques de cette branche militaire si particulière. Cette compétition est comparable au « Best Squad » de l’armée de terre, mais adaptée aux forces armées les plus cérébrales.
La singularité de la Space Force réside notamment dans le fait que ses membres peuvent être amenés à trianguler la position d’un satellite en pleine zone de combat, que ce soit au Moyen-Orient ou dans le Pacifique, et cela dans des conditions particulièrement austères.
« Au fond, la condition physique au sein de la Space Force ne se résume pas à la seule force brute : elle offre des avantages cognitifs essentiels qui améliorent la prise de décision et l’efficacité opérationnelle », souligne la Major Alyson Gleason.
Le concours a débuté lundi à la base aérienne Patrick Space Force en Floride et doit se terminer mardi. Ce rendez-vous intervient alors que le Département de l’Armée de l’Air a récemment annoncé des modifications pour ses tests de condition physique destinés aux aviateurs comme aux gardiens, avec un accès aux salles de sport assuré 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Les épreuves cette année comprennent un défi physique appelé Guardian Strike, une compétition de huit heures mêlant défis physiques, tactiques et cognitifs, ainsi qu’une épreuve finale déterminant l’unité Space Force la plus performante, a expliqué Alyson Gleason.
Les préparateurs physiques et entraîneurs intégrés dans la Space Force se sont inspirés d’une autre compétition réputée, les CrossFit Games, qui mesurent la forme physique des athlètes à travers des épreuves combinant force et endurance, incluant haltérophilie et sprints légers, a précisé Gleason. Cette analogie permet d’intégrer des challenges physiques exigeants dans un cadre multidimensionnel.
Pour cette compétition, 35 équipes s’affrontent dans des épreuves physiques chronométrées telles qu’un levé de poids, mais aussi dans des défis tactiques couvrant des thèmes variés comme la connaissance du domaine spatial, les opérations de lancement spatial, ainsi que la navigation et le positionnement temporel, détaille Gleason.
« Si les épreuves physiques se sont incontestablement durcies, leur association avec des défis académiques avancés contraint les compétiteurs à mobiliser au maximum leurs capacités physiques tout en résolvant des problèmes complexes sous contrainte de temps », ajoute-t-elle. « Il n’existe aucune autre compétition exigeant de lever un sac de sable de 68 kilogrammes pendant que votre coéquipier calcule la trajectoire orbitale d’un satellite. C’est un véritable test d’intelligence et de force physique. »
Bien que de nombreuses fonctions au sein de la Space Force requièrent davantage de compétences techniques que de force physique, la condition physique demeure une base essentielle d’un militaire, souligne le colonel retraité Kyle Pumroy.
« Être en forme physiquement aide également à s’ancrer, à maintenir et à s’identifier mentalement au combat et au rôle de guerrier », assure Pumroy, qui est chercheur senior au Mitchell Institute’s Spacepower Advantage Center of Excellence. « Il y a un fondement plus profond que le simple fait de ne pas être essoufflé pendant votre service. »
Selon lui, le concours Guardian Arena met aussi en lumière l’importance du travail en équipe, composante majeure au sein de la Space Force. Les gardiens doivent collaborer pour protéger les satellites américains des menaces adverses.
Cela implique une culture de service différente de celle de l’Armée de l’Air, qui valorise davantage la performance individuelle au combat, telle celle des pilotes de chasse, poursuit-il.
« Aucune des opérations conduites dans la Space Force ne repose sur un seul individu face à une console recevant toutes les informations, prenant la décision et donnant les ordres. Les architectures sont trop complexes pour cela. Tout nécessite une coordination d’équipe. »
Par ailleurs, environ 10 à 15 % des gardiens sont affectés à des missions de guerre électronique pouvant les déployer en zone de combat, explique Pumroy, qui a mené des opérations spatiales en Afghanistan. Ils doivent donc être physiquement aptes au combat terrestre.
« À ce moment-là, toutes les hypothèses sont levées », précise-t-il. « Quand j’étais en Afghanistan, nous devions être en forme car nous étions régulièrement la cible d’attaques à la roquette. En cas de brèche de sécurité, nous étions armés en permanence. Il fallait être capable de courir avec son équipement, ses munitions et son matériel de combat, donc être en bonne condition physique était indispensable. »