La prochaine présidence de l’Inde au sein des BRICS en 2026, une position ferme contre le terrorisme, un nouvel appel à la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) et l’inquiétude face aux mesures restrictives commerciales ont dominé les échanges lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS, organisée en marge de la 80e Assemblée générale des Nations unies (AGNU80).
Présidée par l’Inde et conduite par le ministre des Affaires étrangères, S. Jaishankar, cette réunion a souligné le rôle croissant du groupe comme plateforme influente du Sud global, en vue de la prise de fonction indienne à la présidence des BRICS l’année prochaine.
La déclaration commune résultant de cette rencontre a confirmé le soutien unanime des partenaires à la tenue du sommet annuel des BRICS en Inde et à la conduite de l’agenda du groupe.
« Les ministres ont exprimé leur gratitude envers l’Inde pour l’organisation de la réunion des ministres des Affaires étrangères / Relations internationales des BRICS en marge de l’AGNU 80. Ils ont apporté leur soutien entier à l’Inde pour la présidence des BRICS en 2026 et à l’organisation du XVIIIe sommet des BRICS en Inde », indique le communiqué.
Le ministre Jaishankar a, via un message publié sur la plateforme X, mis en avant le rôle des BRICS comme une « voix de la raison », en insistant sur des priorités telles que la sécurité alimentaire et énergétique, la transformation numérique et les réformes des Nations unies pour le mandat indien en 2026. Les ministres ont également condamné avec la plus grande fermeté le terrorisme, en se focalisant particulièrement sur l’attaque du 22 avril à Pahalgam, au Jammu-et-Cachemire, qui a causé la mort de 26 personnes.
« Ils ont condamné avec la plus grande fermeté l’attaque terroriste survenue le 22 avril 2025 au Jammu-et-Cachemire, au cours de laquelle 26 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées. Ils ont réaffirmé leur engagement à lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations, incluant les mouvements transfrontaliers de terroristes, le financement du terrorisme et les refuges sûrs », précise la déclaration, appelant à une tolérance zéro et rejetant toute forme de double standard.
Cette référence explicite à l’attaque, attribuée à des groupes terroristes soutenus par le Pakistan, s’inscrit dans la lignée de la position indienne récente, qui a dénoncé les propos du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif qualifiés « d’absurdes mises en scène » et de glorification du terrorisme lors de son droit de réponse à l’AGNU.
Sur la question des réformes du Conseil de sécurité, les ministres ont réitéré leur soutien à la Déclaration de Johannesburg-II de 2023, en plaidant pour une réforme globale visant à rendre le Conseil « plus démocratique, représentatif, efficace et efficient ».
Ils ont explicitement soutenu « les aspirations du Brésil et de l’Inde à jouer un rôle accru au sein des Nations unies, notamment au Conseil de sécurité », renforçant ainsi la candidature historique de New Delhi à un siège permanent.
« En rappelant les Déclarations des dirigeants de Beijing 2022 et Johannesburg II 2023, la Chine et la Russie, en tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, ont ré affirmé leur soutien aux aspirations du Brésil et de l’Inde à renforcer leur rôle au sein des Nations unies, y compris au Conseil de sécurité », souligne la déclaration.
Le ministre Jaishankar a également souligné le souhait des BRICS d’amplifier la voix du Sud global, un thème qui devrait être au cœur de son intervention à l’Assemblée générale aujourd’hui.
Par ailleurs, la réunion a exprimé sa profonde inquiétude face à la multiplication des barrières commerciales, en particulier « la hausse indifférenciée des tarifs douaniers et mesures non tarifaires », ainsi que les politiques protectionnistes susceptibles « de réduire davantage le commerce mondial, perturber les chaînes d’approvisionnement internationales et introduire de l’incertitude dans les activités économiques et commerciales mondiales ».
Cette mise en garde vise notamment des mesures telles que les récents surtaxes américaines de 50 % sur les produits indiens liés aux importations de pétrole russe, que l’Inde a dénoncées comme des actions coercitives.
Les ministres ont ainsi réaffirmé leur attachement à un « système commercial multilatéral non discriminatoire, ouvert, équitable, transparent, inclusif et fondé sur des règles », avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au centre.
« Les ministres ont exprimé leur préoccupation face à la prolifération d’actions restrictives au commerce, qu’il s’agisse d’augmentations tarifaires indifférenciées ou de mesures non tarifaires, ou encore de protectionnisme, en particulier lorsque ces mesures sont utilisées à des fins de coercition, menaçant de réduire davantage le commerce mondial, de perturber les chaînes d’approvisionnement globales et d’introduire de l’incertitude dans les activités économiques et commerciales internationales, ce qui pourrait aggraver les disparités économiques existantes et compromettre les perspectives de développement économique mondial. Ils ont exprimé des préoccupations sérieuses face à la montée de mesures tarifaires et non tarifaires unilatérales, qui faussent le commerce et sont incompatibles avec les règles de l’OMC. Ils ont mis en garde contre de telles pratiques qui risquent de fragmenter le commerce mondial et de marginaliser le Sud global », ajoute le communiqué.
La réunion des BRICS, qui a rassemblé les ministres des Affaires étrangères du Brésil, de la Russie, de la Chine, de l’Afrique du Sud ainsi que des nouveaux membres – l’Iran, l’Indonésie, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et l’Égypte –, témoigne de l’influence croissante du groupe en tant que voix collective du Sud global sur les enjeux géopolitiques, économiques et sécuritaires internationaux.