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Le projet de loi sur le service militaire adopté fin août par le gouvernement fédéral allemand continue de susciter des tensions au sein de la coalition noire-rouge. La première lecture du texte prévue la semaine prochaine au Bundestag a été retirée de l’ordre du jour, principalement en raison des exigences persistantes de la CDU/CSU d’inclure des objectifs contraignants pour le recrutement de volontaires. Faute d’atteinte de ces quotas, la réactivation de la conscription serait alors envisagée.

Le ministre fédéral de la Défense, Boris Pistorius (SPD), vise à recruter 20 000 nouveaux soldats dès l’année prochaine, puis 23 000, 28 000, 33 000 et 38 000 dans les années suivantes. Toutefois, ces objectifs chiffrés ne sont pas encore inscrits dans le projet de loi. Le chancelier fédéral Friedrich Merz a indiqué que le gouvernement évaluera le succès dans « un, deux ou trois ans ». Si nécessaire, il pourra alors, par décret, instaurer un service militaire obligatoire d’une durée comprise entre six et douze mois, mesure qui devra cependant être approuvée par le Bundestag.

Des visions divergentes sur le service militaire

Avant même l’examen du projet en cabinet, le ministère des Affaires étrangères, dirigé par Johannes Wadephul (CDU), avait émis une réserve qualifiée de « droit de regard » sur le texte, qu’il a ensuite retirée. Lors de la coordination entre ministères, un passage du projet de loi prévoyant une réactivation automatique de la conscription si le Bundestag ne se prononçait pas dans les trois semaines suivant la constation d’un besoin avait été supprimé.

Côté SPD, un vote de congrès a clairement indiqué le refus d’inscrire une clause permettant de relancer facilement la conscription. Les jeunes socialistes, principaux acteurs défendant cette position, considèrent même que le texte actuel va à l’encontre de cette décision. Au sein du parti social-démocrate dans son ensemble, on soupçonne derrière la réserve initiale du ministère des Affaires étrangères une tentative des députés CDU/CSU d’intervenir dans la rédaction de la loi avant même son débat parlementaire.

Pistorius met en garde contre un retard dans l’application

Face au report de la première lecture, avant l’envoi du projet aux commissions parlementaires, le SPD a exprimé son étonnement. Le ministre Pistorius a dénoncé ce retard qui menace la mise en œuvre prévue de la loi, avec la réintroduction du recensement militaire dès l’année prochaine et des visites médicales obligatoires à partir de 2027. Ce dispositif avait déjà été adopté en 2024 sous le précédent gouvernement, mais avait été suspendu suite à la rupture de la coalition tricolore.

Le texte actuel prévoit l’envoi d’un questionnaire sur l’aptitude et la disposition au service militaire à tous les jeunes de 18 ans : obligatoire pour les hommes, facultatif pour les femmes. Le projet mise toujours majoritairement sur le volontariat, associé à une amélioration de l’attractivité du service. Ainsi, les futurs recrues seraient rémunérées selon la grille salariale des soldats engagés et contractuels, et non plus selon celle des appelés. Selon la durée du service, elles pourraient aussi bénéficier de formations linguistiques et de subventions pour l’obtention du permis de conduire.

Stefan Axel Boes