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Lors d’une conférence de presse tenue lundi, plusieurs porte-paroles du gouvernement allemand, dont Stefan Kornelius, porte-parole du gouvernement, le colonel Mitko Müller du ministère de la Défense et Josef Hinterseher du ministère des Affaires étrangères, ont abordé la question du Groenland et des récentes tensions autour de cette région arctique stratégique. Berlin affirme qu’aucun État membre de l’OTAN ne remet actuellement en cause l’alliance, malgré les différends diplomatiques récents.

Une mission d’exploration militaire allemande au Groenland

Le colonel Mitko Müller a précisé qu’il ne pouvait pas divulguer les résultats exacts de la mission d’exploration effectuée par la Bundeswehr au Groenland, car ils concernent des informations d’ordre militaire sensibles. Cette mission, planifiée du 15 au 17 janvier, s’est déroulée comme prévu. En coordination avec les partenaires danois et d’autres alliés, l’équipe allemande a également organisé une réunion préalable au Danemark avant de se rendre au Groenland, ce qui a légèrement allongé le calendrier initial.

Un seul site n’a pas pu être exploré en raison des conditions météorologiques difficiles — un facteur courant dans cette région arctique, où neige, givre et brouillard givrant limitent fréquemment les opérations aériennes. Le retour des forces allemandes vers l’Allemagne est prévu pour ce jour, confirmant ainsi le déroulement planifié de la mission.

Objectifs et capacités dans l’Arctique

Selon le colonel Müller, l’objectif de cette mission est de mieux comprendre les conditions locales, notamment en matière d’infrastructures portuaires, de capacités logistiques, de réserves de carburant et de déneigement des aéronefs. Ces informations permettront d’établir un “conseil opérationnel” servant de base aux futures discussions militaires et politiques.

La Bundeswehr dispose d’unités spécialement formées pour opérer dans les environnements polaires et montagneux, comme les chasseurs alpins qui effectuent régulièrement des entraînements au froid en Norvège. Les moyens aéromaritimes, tels que l’avion de transport A400M, les patrouilles P8 et les frégates, sont adaptés pour évoluer dans la région. Cependant, les navires allemands ne sont pas des brise-glaces et leur capacité à naviguer dans la glace est limitée.

Contexte géopolitique et tensions transatlantiques

La mission s’inscrit dans un contexte de montée des enjeux sécuritaires dans l’Arctique, incluant le “geo-gap” entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni. L’Allemagne, aux côtés d’autres partenaires européens, souhaite renforcer la surveillance et la sécurité dans cette zone, en cohérence avec les préoccupations de l’OTAN et des États-Unis.

Interrogé sur les réactions américaines à cette mission, le colonel Müller a indiqué qu’il n’avait pas connaissance d’échanges ou d’objections directes du Pentagone. La Bundeswehr collabore étroitement avec ses homologues américains sur de multiples niveaux, mais cette mission, conduite sous autorité danoise, a principalement été coordonnée par les canaux habituels de l’OTAN.

Le porte-parole du gouvernement Stefan Kornelius a rappelé que l’engagement dans l’Arctique traduit un intérêt commun transatlantique pour la sécurité dans cette région cruciale. Il a démenti que l’initiative allemande ait été une décision soudaine : « Le gouvernement fédéral n’agit jamais par hasard. » Les opérations dans le Grand Nord se sont accrues ces derniers mois, avec la participation allemande à plusieurs exercices et déploiements, y compris dans le cadre de la coopération en matière de sécurité maritime.

Relations au sein de l’OTAN et tensions commerciales

Malgré la récente montée des tensions avec les États-Unis, notamment par des menaces de droits de douane supplémentaires visant l’Union européenne, le gouvernement allemand réaffirme la solidité de l’OTAN. Stefan Kornelius a clairement indiqué : « Je ne vois aucun pays membre qui remette en question l’OTAN. »

Il a insisté sur la nécessité de traiter ces différends de manière mesurée et constructive, en privilégiant le dialogue bilatéral et les canaux de l’alliance plutôt que des confrontations publiques.

Face aux menaces américaines de sanctions douanières, Berlin, en coordination avec ses partenaires européens, prépare des mesures de rétorsion efficaces, y compris d’éventuels droits de douane en réponse. Cependant, le gouvernement refuse d’entrer dans une escalade, soulignant que toute détérioration des relations commerciales nuirait à l’ensemble des économies impliquées.

Kornelius a également souligné que la solidarité avec le Danemark et la population groenlandaise demeure ferme, en insistant sur le respect des principes internationaux de souveraineté et d’intégrité territoriale.

Perspectives et enjeux européens

Un sommet extraordinaire du Conseil européen, dont la tenue est envisagée pour jeudi, abordera la situation du Groenland et les questions de sécurité dans l’Arctique. Le chancelier allemand y participera. Les discussions incluront notamment la forme d’une mission de l’OTAN ou de l’Union européenne visant à appuyer la protection de la région.

Au niveau bilatéral, le dialogue avec les États-Unis demeure régulier et soutenu, notamment entre le chancelier allemand et le président américain, bien que les échanges sur des points sensibles soient généralement tenus confidentiels.

Disponibilité des forces et exercices futurs

À la question d’un éventuel transfert de l’exercice majeur de l’OTAN Cold Response de la Norvège vers le Groenland, la réponse des représentants allemands reste prudente. L’exercice reste un élément-clé pour l’entraînement des forces dans des conditions de froid extrême, favorisant l’interopérabilité avec les alliés. D’autres discussions militaires et politiques détermineront l’évolution des opérations dans la région.

En résumé, le gouvernement allemand souligne la cohérence stratégique de son engagement dans l’Arctique, dans le cadre d’un effort concerté au sein de l’OTAN et avec les partenaires européens. Malgré les tensions récentes liées à la souveraineté et aux intérêts américains dans le Grand Nord, Berlin assure de la solidité de l’alliance atlantique et met en garde contre toute escalade commerciale ou diplomatique qui porterait atteinte à la stabilité collectivement souhaitée.