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Alors que les nouvelles concernant l’attaque sanglante menée par le groupe militant palestinien Hamas contre Israël et les menaces de représailles israéliennes se diffusent sur les réseaux sociaux et les chaînes d’information, une vague de désinformation et de vidéos manipulées accompagne ces événements.

Dans une société dominée par la technologie, il devient de plus en plus difficile de distinguer les informations authentiques des fausses déclarations ou des contenus vidéo délibérément trompeurs.

De nombreux clips, publications et images circulant sur les réseaux sociaux, présentés comme liés au conflit Israël-Hamas, sont en réalité intentionnellement trompeurs.

Ce phénomène souligne l’importance cruciale du travail de vérification réalisé par les journalistes couvrant les zones de conflit. Comprendre leur méthode est essentiel pour garantir que le public puisse avoir confiance dans les informations diffusées par les médias.

Le Digital News Report 2023 de l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme de l’Université d’Oxford, dont je suis la directrice par intérim, a sondé les habitudes de consommation d’informations de personnes issues de 46 pays. Il en ressort que 56 % des répondants se disent préoccupés par leur capacité à distinguer le vrai du faux sur Internet en matière d’information, contre 54 % en 2022.

Cette inquiétude est particulièrement marquée dans les régions proches des conflits armés. Par exemple, en Slovaquie, pays voisin de l’Ukraine, près de la moitié des sondés affirment avoir aperçu des informations mensongères sur le conflit ukrainien au cours de la semaine écoulée, soit deux fois plus qu’au Royaume-Uni, aux États-Unis ou au Japon.

Plusieurs reportages ont fait état d’une résurgence importante de publications falsifiées autour du conflit Israël-Hamas sur Twitter (rebaptisé X), qui a récemment modifié son fonctionnement. Des données fournies par la société israélienne Cyabra, spécialisée dans la surveillance de la désinformation électorale et le suivi des comptes automatisés sur Twitter, illustrent le volume élevé de faux messages.

Cyabra a identifié que de nombreux contenus provenaient de comptes factices, animés par des bots automatisés très actifs sur Twitter, TikTok et d’autres plateformes. Sur plus de deux millions de photos, posts et vidéos analysés, 25 % des 162 000 profils recensés étaient faux.

Le rôle de la vérification

Ces dernières années, plusieurs médias traditionnels ont développé des services robustes de vérification des faits, destinés à identifier rapidement les fausses informations et vidéos. Ainsi, le programme BBC Verify, lancé en 2023, vise à instaurer la confiance auprès du public en démontrant comment ses journalistes valident la fiabilité de leurs reportages. Cette équipe utilise des outils et techniques éditoriales avancées pour enquêter, sourcer et valider les informations, images et vidéos.

Dans le cadre du conflit Israël-Gaza, BBC Verify a dénoncé plusieurs vidéos et publications trompeuses. Concernant l’attaque menée par Hamas lors du festival Supernova, dans une zone reculée du sud d’Israël, différentes cellules de fact-checking, dont celle de la BBC, ont reconstitué les événements grâce à l’analyse croisée de vidéos, publications sur les réseaux sociaux, enregistrements de dashcam et technologies de reconnaissance faciale comme le logiciel Amazon Rekognition.

Il convient de souligner que, bien que de nombreux outils automatisés soient utiles dans ce travail, l’intervention humaine reste essentielle pour valider les résultats fournis par ces applications de vérification.

Des agences telles qu’AP Fact Check et Reuters participent également à la lutte contre la désinformation en ligne. Par exemple, Reuters a récemment décrypté un clip circulant avec la fausse affirmation selon laquelle il montrerait une mise en scène des pertes humaines par Israël ou les Palestiniens dans ce conflit. L’agence avait déjà identifié la vraie nature de cette vidéo lorsqu’elle avait circulé en 2022.

Selon Reuters, « les affirmations selon lesquelles ce clip montre des Israéliens ou des Palestiniens simulant des morts sont fausses. Ce que montre réellement la vidéo est le tournage du court-métrage Empty Place, sorti en 2022 sur YouTube. »

Les défis persistants liés aux réseaux sociaux, combinés à la forte dépendance des populations à ces plateformes pour s’informer, affectent la confiance des publics dans les contenus qu’ils consultent. Dans ce contexte, jamais la nécessité d’un journalisme vérifiable, clair et fondé sur des faits n’a été aussi pressante. Les conflits armés exigent une couverture responsable, sensible et rapide de la part des professionnels des médias du monde entier.

Pour reprendre les mots du journaliste américain pionnier Edward R. Murrow : « La rapidité des communications est merveilleuse à observer. Il est tout aussi vrai que cette rapidité peut multiplier la diffusion d’informations que nous savons être fausses. »