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Conflits et coalitions : enjeux géopolitiques majeurs en Russie, Chine, Corée du Nord, Iran et jihadistes

Les tensions géopolitiques liées aux principaux acteurs mondiaux sont toujours aussi vives. De la Russie à la Chine, en passant par la Corée du Nord, l’Iran et les groupes jihadistes, chaque acteur renforce ses positions dans des contextes complexes, marqués par des conflits, des rivalités et des jeux d’alliances stratégiques.

Russie

Les négociations de paix russo-ukrainiennes restent dans l’impasse, avec des avancées ponctuelles qui ne modifient finalement rien à la situation sur le terrain. Il y a deux semaines, un plan de paix en 28 points, élaboré entre l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et des interlocuteurs russes, a pris Kiev et l’Europe de court. Sous la présidence Trump, les États-Unis ont sommé l’Ukraine d’accepter le plan sous peine de sanctions, sans que Vladimir Poutine n’ait officiellement donné son accord.

La réponse ukrainienne, accompagnée de celle des dirigeants européens, a suscité un vif étonnement, conduisant le secrétaire d’État américain Marco Rubio à organiser des réunions à Genève et Miami avec des représentants ukrainiens et européens pour élaborer un compromis plus acceptable. Malgré cela, lors d’une rencontre à Moscou entre Witkoff, Jared Kushner (gendre de Donald Trump) et Vladimir Poutine, la Russie a de nouveau rejeté la proposition.

La Russie n’a en réalité aucun intérêt à mettre fin au conflit qu’elle estime gagner. Poutine cherche davantage à blâmer Kiev pour l’échec des négociations afin de justifier l’arrêt du partage de renseignements et la cessation des livraisons d’armes américaines. Parallèlement, Moscou souhaite maintenir un lien bilatéral avec Washington tout en poursuivant la guerre. Conscients de cette stratégie, les Ukrainiens redoublent d’efforts pour prouver qu’ils ne bloquent pas la paix. Ce schéma s’était déjà manifesté au printemps, lors du sommet présidentiel à Washington, suivi par des négociations en Arabie Saoudite, où Kiev avait accepté un cessez-le-feu que la Russie refusait.

Cette dynamique montre que, malgré les négociations en cours, le conflit semble destiné à perdurer.

Chine

Face aux déclarations récentes du Premier ministre japonais Sanae Takaichi évoquant une possible intervention militaire au cas où un incident surviendrait à Taïwan, la Chine a renforcé sa pression militaire. En novembre, Pékin a organisé trois séries d’exercices dans les mers de Bohai et Jaune, accompagnés d’une confrontation directe entre garde-côtes chinois et japonais près des îles contestées de Senkaku/Diaoyu.

Malgré les tentatives de Tokyo de calmer le jeu en affirmant la politique inchangée du Japon envers Taïwan, la tension politique reste haute et devrait se maintenir en début d’année prochaine.

Par ailleurs, le 27 novembre, la Chine a publié son premier livre blanc sur le contrôle des armements, le désarmement et la non-prolifération depuis 2005. Ce document détaille les positions officielles chinoises sur le contrôle nucléaire, l’intelligence artificielle et les activités spatiales, visant à apaiser les inquiétudes internationales grandissantes quant à l’expansion et modernisation de son arsenal nucléaire, sans toutefois les dissiper complètement.

Alors que Pékin suit prudemment l’évolution du plan de paix américain pour le conflit russo-ukrainien, il a accueilli récemment le président français Emmanuel Macron, avec à l’agenda la colère chinoise à l’égard du Japon et du rôle européen dans cette proposition de paix.

Corée du Nord

Le 28 novembre, la Corée du Nord a marqué le 80e anniversaire de la fondation de sa force aérienne, cérémonie présidée par Kim Jong Un. L’armée nord-coréenne a présenté un nouveau missile sol-air à longue portée, comparable au missile allemand KEPD 350 Taurus et au russe Kh-69, déjà utilisé en Ukraine.

Selon le renseignement ukrainien, la Corée du Nord a lancé la production de masse de drones de différentes tailles : des petits drones à vue à la première personne, ainsi que des drones d’attaque de moyenne portée destinés au champ de bataille. La Russie devrait engager environ 12 000 travailleurs nord-coréens pour fabriquer des drones de type Shahed dans la zone économique spéciale d’Alabuga d’ici la fin de l’année.

Un rapport publié le 19 novembre indique une coopération cybernétique croissante entre la Russie et la Corée du Nord. Les groupes de hackers alignés respectivement sur ces deux pays, Gamaredon et Lazarus, semblent partager des infrastructures, suggérant une coordination opérationnelle entre ces acteurs étatiques.

Iran

Dans un discours récent, le Guide suprême Ali Khamenei a insisté sur la nécessité d’unité nationale face aux défis internes et externes. « Les différences existent, et c’est normal, mais face à l’ennemi, il faut être unis, comme lors de la guerre de 12 jours contre Israël et les États-Unis en juin », a-t-il déclaré.

Cette exhortation souligne les graves difficultés économiques qu’affronte l’Iran : la monnaie nationale, le rial, a perdu la moitié de sa valeur depuis l’arrivée au pouvoir du président Masoud Pezeshkian l’année dernière, tandis que l’inflation dépasse 40 %. Les coupures d’électricité pendant l’été ont révélé les faiblesses des infrastructures, aggravées par de sévères pénuries d’eau et une pollution persistante.

Le Guide a appelé à éviter toute forme de gaspillage, que ce soit en eau, nourriture, carburant ou autres biens de première nécessité. Malgré les risques de conflit renouvelé avec Israël, les autorités iraniennes doivent aussi faire face à ces tensions structurelles sans solution claire à l’horizon.

Jihadistes

Depuis l’adhésion officielle de la Syrie à la Coalition internationale contre l’État islamique, ce dernier a intensifié ses attaques pour déstabiliser le nouveau gouvernement. La majorité des actions jihadistes ciblent les Forces démocratiques syriennes, dirigées par les Kurdes et situées dans le nord-est du pays, hors du contrôle de Damas.

Quelques attaques ont néanmoins visé des zones sous contrôle gouvernemental, comme en juin contre l’église Mar Elias à Damas, la plus importante depuis la chute du régime Assad il y a un an. Certains actes de vigilantisme à l’encontre des minorités et des anciens responsables du régime pourraient aussi impliquer l’État islamique.

Avec la formalisation de la coopération sécuritaire entre Damas et Washington, l’État islamique a revendiqué plusieurs attaques récentes contre d’anciens dignitaires et nouvelles forces de sécurité syriennes dans les provinces de Hama, Homs et Idlib. Ce regain de violences pourrait être un message destiné à prouver sa vitalité malgré la multiplication des opérations conjointes des forces syriennes et américaines contre ses cellules. Il reste cependant prématuré de déterminer si ces actions vont stimuler le recrutement ou traduire une volonté désespérée de rester pertinent dans ce nouvel environnement syrien.