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Le transport maritime est vital pour l’économie mondiale, avec plus de 100 000 navires circulant chaque jour et assurant la acheminement de près de 80 % du commerce international. Cependant, il reste vulnérable aux perturbations liées aux tensions géopolitiques et à la criminalité transnationale.

À New York, la sécurité des routes maritimes face aux défis actuels et émergents a été au cœur d’un débat tenu le lundi 11 août au Conseil de sécurité de l’ONU, sous la présidence du Panama pour le mois d’août.

Arsenio Dominguez, Secrétaire général de l’Organisation Maritime Internationale (OMI), a déclaré au Conseil que l’an dernier, seulement 1,9 million de marins ont déplacé plus de 12,3 milliards de tonnes de marchandises, assurant ainsi « le maintien du commerce mondial à flot ».

Sécurité et sûreté, fondements essentiels

Il a souligné que le secteur maritime a démontré une « résilience remarquable » face aux défis géopolitiques.

« Cette résilience ne doit pas engendrer de complaisance », a-t-il averti.

« La sécurité et la sûreté du domaine maritime sont fondamentales pour la stabilité économique, le développement maritime durable et les moyens de subsistance. »

Une menace multiple

Les menaces sont nombreuses. En 2024 seulement, près de 150 incidents de piraterie et de vol à main armée ont été recensés. Dans certaines régions, comme l’Asie du Sud-Est, ces actes sont en forte hausse, selon l’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL).

Au-delà de la piraterie, les navires internationaux transitant par la mer Rouge ont été la cible d’attaques dans le contexte du conflit à Gaza.

Parallèlement, le trafic illégal perdure — drogue, espèces sauvages en danger et bois protégé —, tandis que des groupes criminels organisés exploitent ces chaînes d’approvisionnement illicites pour transporter armes, agents et marchandises en vue de financer leurs activités.

Un « réseau » maritime attaqué

« Les routes maritimes représentent le premier véritable réseau global au monde », a rappelé Valdecy Urquiza, Secrétaire général d’INTERPOL.

« Aujourd’hui plus que jamais, ce réseau est exploité par des criminels qui menacent la navigation, le commerce et la communication — et avec eux, la stabilité globale indispensable au développement durable », a-t-il expliqué au Conseil.

Il a décrit la « polycriminalité en mer » comme un facteur qui « rend les criminels plus résistants et complique les opérations des forces de l’ordre », alors que de nouvelles menaces, moins visibles, apparaissent.

« Avec la digitalisation des ports — automatisation des navires, suivi des cargaisons, logistique — des vulnérabilités émergent plus vite qu’elles ne peuvent être sécurisées. Les ports font face à une vague d’intrusions cybernétiques ciblant leurs systèmes électriques, de communication et logistiques. »

De plus, « les cybercriminels peuvent utiliser l’intelligence artificielle comme arme pour mener des attaques plus rapides, étendues et précises. »

Coordination mondiale et action environnementale

Face à cette situation, l’OMI a élaboré des exigences contraignantes, notamment pour renforcer la sécurité internationale des navires et des ports ainsi que pour lutter contre les menaces cybernétiques.

L’agence onusienne soutient aussi des projets régionaux pour améliorer le partage d’informations, en collaboration avec le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), INTERPOL, des entités régionales et des États donateurs, afin de renforcer les capacités nationales et établir la confiance.

« Tout en œuvrant pour la sécurité maritime, nous ne devons pas perdre de vue notre responsabilité de protéger l’océan », a insisté M. Dominguez.

« La sécurité maritime et la protection de l’environnement vont de pair ». Le soutien aux pays pour développer et renforcer leurs capacités de réponse aux incidents de pollution maritime, notamment les marées noires, se poursuit activement.

Un point de vue depuis le Canal de Panama

Le Conseil a également entendu l’Agence en charge du Canal de Panama, l’un des corridors maritimes les plus stratégiques au monde.

Ricaurte Vásquez Morales, Directeur général de l’Autorité du Canal de Panama, a présenté ce canal comme « l’un des exemples les plus emblématiques de coopération humaine », en mettant en avant la force de la neutralité fondée sur des principes.

« Le Canal de Panama est régi par un traité international garantissant un accès égal à toutes les nations, en temps de paix comme en temps de guerre », a-t-il expliqué en espagnol.

« Cet engagement, inscrit dans notre Constitution, a permis à un petit pays de contribuer à la stabilité du commerce mondial, protégeant cette infrastructure des tensions géopolitiques qui freinent souvent le progrès. »

Il a rappelé que le Canal est administré par le Panama depuis 25 ans, période durant laquelle une troisième série d’écluses a été achevée en 2016. Grâce à cela, le volume de fret a augmenté de 50 %, tout en maintenant un transit annuel stable d’environ 13 500 passages.

Adaptation au changement climatique

À l’instar du chef de l’OMI, M. Vásquez Morales a souligné la nécessité d’agir face au changement climatique. Le Canal de Panama a connu une sécheresse ces deux dernières années, ce qui a constitué un « signal d’alarme global » déclenchant des efforts de conservation de l’eau, des ajustements logistiques et la construction d’un lac artificiel.

« Aujourd’hui, le canal dispose de technologies renforçant sa résilience climatique », a-t-il affirmé.

« Il crée des mécanismes financiers, assure la sécurité hydrique et environnementale, tout en déployant une gouvernance efficace pour tirer parti des progrès rapides de l’intelligence artificielle et collaborer à la cybersécurité de nos voies et systèmes logistiques. »

Engagement, paix et solidarité

En conclusion, M. Vásquez Morales a insisté sur le fait que « le Canal de Panama est la preuve vivante que les biens publics mondiaux peuvent être gérés avec équité, responsabilité et vision ».

« Grâce à une coopération soutenue, une adaptation constante et un engagement ferme envers les principes du droit international, le Canal restera une voie sûre et efficace, prête à servir non seulement cette génération mais aussi celles à venir », a-t-il déclaré.

« Nous sommes convaincus que, par un travail commun, nous pourrons maintenir ouverts non seulement les voies navigables, mais aussi les canaux de la compréhension, de la paix et de la solidarité. »