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Un ancien pilote de Jaguar de l’Indian Air Force (IAF), ayant accumulé plus de 1 800 heures de vol sur cet avion de frappe à longue portée, livre une analyse sans concession sur l’avenir de la flotte. Selon lui, la recherche désespérée de cellules, moteurs et pièces détachées à travers le monde témoigne que maintenir en service les six escadrons restants au-delà du début des années 2030 relèvera d’un véritable exploit logistique.

« Dès que le quartier général de l’armée de l’air commence à sonder discrètement l’acquisition de cellules retirées du service au Royaume-Uni, à Oman, au Nigeria ou même en Équateur, vous comprenez que le déclin est imminent », déclare ce vétéran, qui préfère rester anonyme. « Ce n’est pas une demande classique de pièces de rechange. C’est une planification de cannibalisation à l’échelle nationale. »

L’énigme Jaguar en Inde
Le SEPECAT Jaguar, bimoteur anglo-français surnommé « Shamsher » dans l’IAF, a été intégré aux couleurs indiennes en 1981, constituant pendant longtemps la pointe avancée de la force de frappe. Aujourd’hui, environ 120 appareils restent en service, répartis en six escadrons répartis entre les versions DARIN-I d’origine, les DARIN-II partiellement modernisés, et une quarantaine de DARIN-III dotés de radars AESA EL/M-2052 et d’avions-cockpits modernes.

Le problème majeur est que la montée en gamme DARIN-III, bien que prometteuse, n’a jamais été généralisée à toute la flotte, laissant les versions antérieures à l’état de véritables musées volants en fin de vie.

Une solution radicale mais pragmatique
Pour cet expert, la seule issue possible est claire : mettre immédiatement à la retraite les appareils DARIN-I et DARIN-II — soit environ 60 à 65 jets — et les dépouiller pour créer un vaste stock de pièces détachées capable d’assurer la survie des DARIN-III jusqu’à leur date officielle de retrait, prévue entre 2035 et 2037.

« Tenter de maintenir les trois standards en même temps mènera à épuiser les stocks d’ici 2032 », avertit-il. « En sacrifiant maintenant les anciennes versions, les DARIN-III, plus récents, pourront tenir jusqu’en 2035, voire 2038. »

Un moteur vieillissant et fragile
La santé des moteurs Adour Mk811, produits sous licence par Hindustan Aeronautics Limited, représente une autre menace majeure. Si leur fiabilité a été remarquable, la fatigue des composants et l’attrition finissent par se faire sentir. Rolls-Royce a assuré de manière informelle à l’IAF que le soutien à ces moteurs serait maintenu « aussi longtemps que l’Inde les utilisera », notamment car le même moteur équipe toujours le BAE Hawk 132, appareil d’entraînement avancé en production.

Cependant, l’ex-pilote reste dubitatif : « Après 2030, les chaînes d’approvisionnement vont rapidement se tarir. Rolls-Royce respectera ses contrats, mais les délais s’allongeront, les coûts grimperont en flèche, et une simple pale de turbine coûtera une fortune. »

Une sécurité en recul
Au fil des ans, le Jaguar a vu son bilan sécurité se dégrader. Ces cinq dernières années, la flotte a connu au moins cinq accidents mortels, souvent liés à des impacts d’oiseaux lors de vols à basse altitude ou à des pertes de puissance moteur difficiles à rattraper, notamment en configuration mono-moteur et à pleine charge. Avec une poussée de seulement 9 000 livres en mode sec et 14 500 livres avec postcombustion, l’avion est historiquement à la limite de ses capacités dans les environnements chauds et en altitude comme ceux du Rajasthan ou de Leh.

« Cet appareil, conçu à l’origine comme un avion d’entraînement transformé en bombardier dans les années 1960, a été poussé à bout en assurant des missions nucléaires nucléaires, des frappes maritimes et du soutien aérien rapproché pendant 45 ans. Il est épuisé », conclut-il d’un ton amer.

La transition vers le Tejas Mk1A
Face à cette usure, son conseil est simple : accélérer la mise en service des Tejas Mk1A et commencer à retirer progressivement les Jaguars dès l’arrivée des nouveaux chasseurs légers dans les escadrons.

Le Tejas Mk1A, avec une charge externe de 4 tonnes – quasi identique à celle du Jaguar – des systèmes avioniques modernes, un entretien plus réduit et un moteur GE F404 capable de fournir plus de poussée que deux Adour réunis, représente la relève naturelle pour la mission d’attaque tactique.

« Chaque Tejas Mk1A intégré à Sulur ou Nal devrait entraîner la retraite d’au moins deux Jaguars », propose-t-il. « Pas en un pour un, mais en deux pour un. C’est ainsi que la flotte Jaguar pourra être démantelée en douceur, tout en libérant des effectifs, des espaces de hangar et du budget. »

L’IAF affirme publiquement que le Jaguar restera en service jusqu’au milieu des années 2030, aux côtés du Rafale et du futur chasseur AMCA. Mais en coulisses, la quête effrénée de pièces de rechange et le sombre pronostic de ce pilote laissent entrevoir une réalité bien différente : sans réduction drastique et un brin de chance, le célèbre cri de guerre du « Shamsher » pourrait s’éteindre bien avant son jubilé d’or.