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Dans un contexte où le coût d’un seul chasseur rivalise avec le PIB d’un petit pays, l’Armée de l’air indienne (IAF) fait face à un choix crucial : continuer à chercher des accords étrangers désormais inaccessibles, ou renforcer massivement sa flotte nationale en misant sur le Tejas MkII pour retrouver son autonomie stratégique. L’inflation mondiale, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et la hausse des matières premières ont définitivement mis fin à l’ère des importations « abordables », avec un F-35 dont les prix augmentent de 10% en 2025 et des Rafale dépassant les 120 millions de dollars l’unité. Alors que la taille des escadrons tombe à moins de 30 avions, sous la menace de deux fronts, l’IAF doit s’engager fermement pour l’achat de 200 Tejas MkII, boostant la production annuelle de Hindustan Aeronautics Limited (HAL) de 16 à 24-30 appareils. Il s’agit de limiter les acquisitions étrangères à 36 Rafale supplémentaires et de clore définitivement le dossier interminable du concours MRFA, privilégiant ainsi la doctrine Aatmanirbhar Bharat (autosuffisance indienne) plutôt que l’obsolescence importée.

Ce choix n’est pas une question d’austérité, mais de calcul économique. Avec un coût unitaire du Tejas MkII estimé entre 70 et 80 millions de dollars, l’Inde pourrait acquérir deux fois plus de chasseurs que le projet MRFA, dont le coût démesuré atteint 24 milliards de dollars, pour garantir 42 escadrons d’ici 2035 sans dépendre d’accords de compensation avec Paris ou Stockholm.

La commande de chasseurs s’est transformée en un gouffre financier. Le F-35 américain a vu son prix unitaire bondir de 7 à 10% en septembre 2025, en raison de l’inflation et de la pénurie de titane, dépassant désormais 110 millions de dollars – contre 80 millions il y a dix ans. L’Eurofighter Typhoon européen se situe entre 120 et 140 millions, tandis que le Su-57 russe atteint près de 100 millions malgré les sanctions. Même des options dites « économiques » comme le Gripen E suédois dépassent 85 millions, selon les rapports du marché 2025.

Pour l’Inde, la hausse est encore plus sensible : le contrat Rafale de 2016 affichait déjà 120 millions de dollars par avion, montant qui explose à 240 millions pour les variantes navales en 2025. La quête de 114 avions dans le cadre du MRFA, enlisée depuis onze ans, atteint désormais 15 milliards de dollars, somme suffisante pour commander l’équivalent de 300 Tejas. Après les pertes enregistrées lors de l’opération Sindoor, la dangerosité du retard se traduit non seulement en termes financiers, mais également par des escadrons cloués au sol.

Le Tejas MkII, moteur de cette réindustrialisation, est un chasseur de 4,5e génération à aile delta conçu par HAL : il est doté de canards pour une meilleure maniabilité, propulsé par un moteur GE F414 permettant le supercroisière, et équipé du radar à antenne active Uttam offrant une fusion avancée des capteurs. À un coût unitaire moitié moindre que le Rafale, il propose un rayon d’action de 1 500 km, 13 points d’emports pour des armes telles que le missile BrahMos, et un taux de contenu indigène de 70%. Le contrat du Mk1A, s’élevant à 7,2 milliards de dollars pour 97 appareils (signé en septembre 2025), illustre le rapport qualité-prix : quatre Tejas pour un Rafale, avec un degré d’industrialisation nationale nettement plus rapide.

La ligne de production de HAL à Nashik, opérationnelle depuis octobre 2025, rajoute 8 appareils par an à ceux produits à Bangalore (16 par an), mais cela reste insuffisant. L’objectif d’un engagement pour 200 MkII permettrait d’en produire 24 à 30 annuellement d’ici 2028, grâce à l’introduction d’équipes supplémentaires et à des partenariats privés. Ce plan assurerait la livraison de 120 appareils d’ici 2036, servant de transition vers l’avion de combat AMCA attendu en 2035, tout cela sans passer par des appels d’offres dilatoires.

Paramètre Tejas MkII (Indigène) Rafale (Importé)
Coût unitaire (USD) 70-80 millions Plus de 120 millions
Taux de production annuel 24-30 (avec commande de 200) Non applicable (ligne étrangère)
Contenu indigène Plus de 70% (en hausse vers 80%) Moins de 30% (compensations limitées)
Impact sur la flotte (114 avions) Environ 228 équivalents MkII 114 Rafale
Date d’entrée en service (IOC) 2029 (prototypes en 2026)

Relancé début 2025 sous la forme d’un AoN (Acceptation du besoin) pour 114 avions, le concours MRFA donne une impression de redites : 11 ans perdus depuis la présélection MMRCA de 2012, avec des coûts triplés jusqu’à 15 milliards de dollars. La tentative d’accord gouvernement à gouvernement pour un nouveau lot de Rafale en août vise à contourner ce processus, mais pourquoi se limiter à 114 ? En choisir 36 de plus (72 au total) suffirait à combler les besoins les plus critiques. Le reste des commandes serait mieux alloué au MkII, car les achats en gros réduisent le prix unitaire de 15 à 20%, stimulent un écosystème industriel générant 10 000 emplois, et ouvrent des perspectives d’exportation à la concurrence du Gripen sur les marchés internationaux.

Les détracteurs soulignent les retards du MkII – 60% des prototypes achevés en juin 2025 –, mais les validations du Tejas lors de l’opération Sindoor, avec des tirs Beyond Visual Range (BVR) parfaitement réussis, confirment son efficacité. Les avions étrangers contraignent l’Inde aux sanctions et à la dépendance pour les pièces détachées ; les avions indigènes renforcent la souveraineté nationale.

Un engagement de 200 Tejas MkII ne constitue pas un pari, mais une promesse d’avenir. Avec un budget aviation pour l’exercice fiscal 2026 de 1,2 lakh crore de roupies, c’est la capacité de produire 30 appareils par an d’ici 2028 qui sera financée, permettant d’atteindre 42 escadrons sans recourir à l’endettement. Face à l’explosion des coûts mondiaux, où 100 millions de dollars devient la norme, le Tejas indienne impose son avantage : abordable, évolutif et incontournable.