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Au lendemain du crash du Tejas lors du salon aérien de Dubaï, un message de compassion et de dénonciation s’est élevé au-delà des rivalités habituelles. Salman Akram, dont le frère, le Wing Commander Noman Akram, a perdu la vie dans un tragique accident d’un F-16 il y a cinq ans, a adressé ses sincères condoléances à la famille du pilote indien tué vendredi, tout en critiquant sévèrement la célébration de ce drame par certains médias pakistanais et internautes.

Le crash, survenu devant des milliers de spectateurs à l’aéroport international Al Maktoum, a coûté la vie au Wing Commander Namansh Syal, pilote d’essai de la Force aérienne indienne (IAF) qui effectuait une démonstration sur le chasseur léger indigène Tejas (Light Combat Aircraft, LCA). Des vidéos d’observateurs ont montré le Tejas Mk1 en train d’effectuer une manœuvre à forte poussée G avant de plonger brutalement vers le sol, s’écrasant dans une boule de feu et un nuage de fumée. L’IAF a confirmé la tragédie, précisant que le pilote avait subi des blessures fatales et n’a pas pu s’éjecter. Une enquête a été ordonnée, les premières pistes évoquant une possible défaillance moteur ou un problème de contrôle lors de la démonstration.

Pour Salman Akram, ces images rappellent un cauchemar personnel : son frère, le Wing Commander Noman Akram, reconnu comme l’un des meilleurs pilotes de la Force aérienne pakistanaise (PAF), est décédé le 11 mars 2020 après que son F-16A Block 15 s’est écrasé dans les bois de Shakarparian à Islamabad lors des préparatifs de la Journée nationale. Noman, tireur d’élite décoré et vétéran de la 9e escadrille, avait récemment transporté le chef d’état-major de l’armée de terre, le Général Qamar Javed Bajwa. Dans un ultime acte héroïque, il a dirigé son appareil défaillant loin d’un secteur densément peuplé, sacrifiant sa vie pour épargner des civils. Incapable de s’éjecter, il est mort sur le coup, recevant à titre posthume plusieurs hommages officiels, dont la dénomination d’un carrefour à son nom.

Cette blessure encore vive a poussé Salman à briser son silence tard vendredi soir sur la plateforme X (ancien Twitter). Réagissant à un message de condoléances du Pakistan Strategic Forum – un groupe de réflexion qui insistait sur le fait que « notre rivalité appartient uniquement au ciel » et rappelait des préceptes coraniques contre la joie face au malheur d’autrui – Salman a écrit : « En tant que frère du Wg Cdr Noman Akram Shaheed, décédé dans un crash, je soutiens ce message. La dernière chose à faire est de célébrer la mort d’un soldat professionnel dans une accident tragique. Mes condoléances à la famille du pilote, je sais que ce sera difficile pour eux. »

Ses propos, largement partagés sur les réseaux sociaux avec plus de 1 300 « j’aime » et des centaines de partages, pointent sans le nommer la toxicité qui a rapidement envahi le débat. Quelques heures après la diffusion des images, Twitter au Pakistan s’est embrasé de réactions mêlant schadenfreude et théories complotistes. Des hashtags comme #TejasFails ont brièvement émergé, soutenus par des commentateurs de chaînes comme Geo News ou ARY, qui se moquaient de « l’ingénierie indienne » en ralentissant les séquences du crash. Certains comptes, y compris certifiés, ont diffusé des mèmes associant l’explosion du Tejas à des revendications de victoire datant de Balakot, l’un d’eux titrant : « Karma pour Abhinandan — Tejas down, pilote out. » Depuis plusieurs années, Salman partage sur son compte les exploits de son frère avec dignité, de résolutions au Sénat pakistanais à des mises au point contre les fausses informations sur l’accident, et son message a tranché dans le vacarme.

Le crash du Tejas est seulement le deuxième écrasement majeur d’un avion de chasse indigène indien depuis son premier vol en 2001. Le précédent remonte à 2024 dans le Rajasthan, avec un pilote qui a pu s’éjecter en sécurité. Pour l’IAF, ce drame intervient au moment où le Tejas fait une percée à l’export, notamment avec la commande de 180 appareils en version Mk1A et des négociations avancées en Arménie, au Nigeria et ailleurs. Le salon de Dubaï devait être une vitrine, non un accident. Le geste de Salman rappelle cependant une vérité profonde : le danger dans l’aviation dépasse les frontières nationales. Le crash de Noman Akram, survenu également lors d’une démonstration, avait aussi laissé la PAF endeuillée, peu après des opérations militaires tendues durant l’« Operation Swift Retort ».