Alors que le programme ambitieux du Tejas MkII en Inde se dirige vers son premier vol prévu en 2026, des sources proches du dossier révèlent que les appellations « Tejas MkII » et « LCA AF Mk2 » ne sont que des noms provisoires. Ce chasseur multirôle de 17,5 tonnes, bien plus lourd que le Tejas Mk1A de 13 tonnes, abandonnera ces désignations temporaires après son vol inaugural pour adopter un nouveau nom, symbolisant son évolution vers une plateforme de poids moyen. Le ministère de la Défense indien (MoD) devrait soumettre plusieurs propositions au Bureau du Premier ministre (PMO) dans les années à venir, afin de distinguer clairement cet appareil de la lignée originale des Light Combat Aircraft (LCA).
Cette volonté de renommage témoigne d’un réel désir de rupture avec l’image héritée des versions antérieures, reflétant les importantes améliorations du programme : charge utile accrue, autonomie étendue et avionique modernisée, brouillant ainsi l’étiquette « léger » initiale. Bien que des codes projets tels que AMCA soient toujours utilisés, la montée en gamme du Tejas MkII justifie une identité distincte, pouvant faire renaître l’ancienne désignation « HF » de Hindustan Aeronautics Limited (HAL), comme celle employée pour le HF-24 Marut dans les années 1960. Des tentatives précédentes d’appliquer cette appellation aux variantes Mk1 avaient toutefois échoué.
Conçu comme un pont technologique de génération 4,5 vers le programme furtif de 5e génération AMCA, le Tejas MkII, ou LCA AF Mk2 dans le langage officiel, s’est considérablement développé. Le Tejas Mk1/Mk1A initial, un bijou aérodynamique à aile delta pesant environ 13,5 tonnes, avait mérité l’étiquette « léger » du fait de son agilité et de sa rentabilité, intégrant la flotte de l’Armée de l’air indienne (IAF) pour compenser l’usure des MiG vieillissants. En revanche, le MkII, propulsé par un moteur General Electric F414-INS6 générant une poussée de 98 kN, atteint 17,5 tonnes, supporte une charge d’armement de 6,5 tonnes, dispose d’une autonomie de 3 500 km et est équipé du radar AESA Uttam GaN, assurant la supériorité en combat au-delà de la portée visuelle.
« Il ne s’agit pas d’un simple ajustement, c’est une machine totalement différente », souligne une source proche du dossier, précisant que la similitude de 59 % avec la cellule du Mk1A masque la véritable nature « poids moyen » du MkII. Le préfixe « LCA », hérité des années 1980, ne correspond plus à ce nouveau profil, à l’instar du sigle AMCA qui désigne l’avenir furtif sans faire référence aux dispositifs antérieurs. HAL avait envisagé d’utiliser la désignation « Hindustan Fighter » (HF) pour affirmer son identité, en hommage au HF-24 des années 60, mais cette idée avait été abandonnée afin de préserver la continuité de la marque Tejas. Désormais, avec le déploiement imminent du prototype du MkII, il est devenu crucial de différencier clairement les programmes pour clarifier la communication et faciliter les processus d’acquisition.
Le comité nomenclature du MoD, s’inspirant du vocabulaire aéronautique sanskrit (Tejas signifiant « éclat » ou « radiance »), proposera prochainement des noms reflétant à la fois la fierté indigène et la fonction opérationnelle de l’appareil – parmi les suggestions possibles, « Vajra » évoquant le foudroyant coup de tonnerre ou « Garuda », symbole de suprématie aérienne mythologique. Ce processus devrait démarrer après le premier vol de 2026, en parallèle des essais de prototypes et des évaluations pour l’entrée en service dans l’IAF. « Le changement interviendra avant le lancement de la production en série attendu vers 2028-2029 », ajoute la source, soulignant toutefois que le calendrier dépendra de l’accord final du PMO.
Cette démarche s’inscrit dans une logique comparable à des exemples internationaux : le chasseur suédois Gripen est passé du JAS 39 à une identité autonome reconnue, tandis que le Rafale français s’est affranchi de l’ombre des Mirage. Pour l’Inde, une dénomination propre renforcerait aussi son attractivité à l’export, positionnant ce nouvel avion comme un compétiteur à part entière sur le marché mondial des chasseurs de génération 4,5, aux côtés des Rafale ou Eurofighter.
Enfin, ce changement de nom évitera certains écueils administratifs : en étant officiellement classé hors catégorie « léger », le Tejas MkII pourra prétendre à un financement accru dans le cadre de la procédure d’acquisition de défense (DAP) 2020, ce qui pourrait accélérer la mise en œuvre du programme estimé à 65 000 crores de roupies pour la production de 170 à 200 exemplaires.