Dassault Aviation propose d’armer les Mirage-2000V de l’Indian Air Force (IAF) avec des missiles de croisière SCALP-EG et des bombes guidées AASM Hammer, visant à renforcer les capacités de frappe de ces appareils polyvalents.
Selon des sources proches de l’analyse stratégique indienne, des discussions sont en cours pour équiper la flotte de Mirage-2000V, composée d’environ 50 avions, avec ces armements de précision longue portée. Cette initiative répond à l’absence actuelle de missiles air-sol à longue portée modernes au sein de cette flotte, désormais vieillissante mais toujours centrale dans la stratégie aérienne indienne. La proposition s’appuie sur le succès opérationnel du missile SCALP-EG, notamment lors de l’Opération Sindoor en mai 2025, où des Rafale l’ont utilisé pour frapper avec précision une base de la Pakistan Air Force.
Le Mirage-2000V, modernisé dans le cadre d’un contrat de 2,1 milliards de dollars en 2011, est doté d’avionique, de radars et de systèmes de guerre électronique avancés, lui permettant des missions de supériorité aérienne et de frappes précises. Toutefois, il reste limité dans sa capacité de frappe à longue distance, utilisant principalement des bombes non guidées, des missiles à courte portée comme le Matra Magic-II et des bombes laser. Cette contrainte le rend vulnérable face aux systèmes de défense antiaérienne sophistiqués, particulièrement le long de la Line of Control (LoC) avec le Pakistan et la Line of Actual Control (LAC) avec la Chine.
Le SCALP-EG, connu aussi sous le nom de Storm Shadow au Royaume-Uni, est un missile de croisière air-sol furtif avec une portée pouvant aller jusqu’à 250 km, extensible à 560 km selon la configuration. Équipé d’une ogive BROACH de 450 kg, il cible avec précision des infrastructures fortement protégées comme des bunkers ou centres de commandement, grâce à une navigation inertielle combinée au GPS et à une navigation par référence au terrain.
La bombe guidée AASM Hammer complète cette capacité en offrant une portée maximale d’environ 70 km. Sa conception modulaire lui permet de s’adapter rapidement à diverses missions, en ciblant aussi bien des objectifs fixes que mobiles à l’aide de guidage laser, infrarouge ou GPS. L’intégration de ces deux armements offrirait au Mirage-2000V une capacité accrue pour des frappes en profondeur, protégeant les appareils en les maintenant hors de portée des défenses ennemies.
L’offre de Dassault s’appuie sur des précédents réussis d’intégration du SCALP-EG sur des variantes du Mirage-2000 dans d’autres forces aériennes. Par exemple, la France a transféré des Mirage-2000V équipés de SCALP-EG à l’Ukraine, validant la faisabilité technique de cette armement sur cette famille d’avions. Cette expérience permettrait une intégration rapide au sein de l’IAF, évitant de longs cycles de certification et de tests. La fiabilité du missile a été démontrée lors de l’Opération Sindoor, soulignant son efficacité dans des missions à enjeux élevés.
L’AASM Hammer, déjà en dotation sur la flotte Rafale indienne, offre une flexibilité étendue pour neutraliser une diversité d’objectifs, depuis des installations fortifiées jusqu’à des convois mobiles, grâce à son système modulaire.
Cependant, le coût élevé unitaire du missile SCALP-EG, estimé entre 1 et 2 millions de dollars, constitue un frein important dans un contexte budgétaire contraint pour l’IAF. Cette contrainte budgétaire, conjuguée à une flotte Mirage-2000V limitée en nombre, soulève des questions sur la viabilité à grande échelle de cette intégration.
En parallèle, l’Inde développe le missile domestique RudraM-II, un vecteur air-sol à longue portée (150 à 300 km selon configuration), conçu pour des frappes à distance sur des défenses aériennes, radars et autres cibles stratégiques. Destiné à équiper plusieurs plateformes indiennes comme le Su-30MKI et potentiellement le Mirage-2000V, le RudraM-II reste à 3-4 ans de la production, avec des phases de tests et certifications encore à venir. Sa disponibilité ultérieure contraste avec la solution clé en main proposée par Dassault.
L’intégration des systèmes SCALP-EG et AASM Hammer améliorerait significativement la capacité de l’IAF à conduire des frappes profondes, notamment contre les menaces issues du Pakistan et de la Chine. L’expérience éprouvée du Mirage-2000V, déjà active lors de conflits tels que la guerre de Kargil et les frappes de Balakot, en fait une plateforme pertinente pour ces améliorations. Grâce à la portée stand-off du SCALP-EG, l’IAF pourrait neutraliser des cibles sensibles, comme des infrastructures terroristes ou militaires, sans risquer d’exposer les avions aux systèmes de missiles sol-air sophistiqués tels que les HQ-9 pakistanais ou les HQ-16 chinois.
Malgré ces atouts, la priorité nationale indienne reste le développement de capacités indigènes afin de réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers et renforcer l’autonomie stratégique. C’est dans cette optique que s’inscrit le programme RudraM-II, ainsi que d’autres initiatives telles que le RudraM-III, qui vise une portée étendue jusqu’à 550 km. Les succès indiens récents avec les missiles Astra MkI et les essais en cours des variantes MkII et MkIII renforcent la confiance dans cette voie. Enfin, le coût inférieur et la possibilité de production locale font du RudraM-II une solution plus pérenne pour l’Inde.