Dedrone by Axon, leader mondial de la sécurité de l’espace aérien, analyse dans son 10e rapport annuel l’évolution rapide des technologies liées aux drones et leur impact sur la sécurité publique, les opérations d’entreprise et la défense. Le ciel devient l’un des domaines les plus dynamiques et disputés de notre époque, nécessitant une vigilance et une coordination constantes.
Les années à venir redéfiniront qui protège notre espace aérien et comment, alors que les drones s’intègrent de plus en plus aux missions quotidiennes et aux opérations de sécurité. La frontière entre « usage des drones » et « défense contre les drones » tend à s’estomper.
Ce rapport présente les perspectives de Dedrone by Axon sur l’évolution de cet environnement aérien en mutation et sur l’adaptation des autorités, entreprises et États à un monde où la maîtrise du ciel conditionne la sûreté et la sécurité. L’espace aérien est désormais une ligne de front stratégique.
Ont été explorées tant les tendances en matière de lutte anti-drones (CUAS, pour counter uncrewed aircraft systems) que les usages positifs des drones dans les secteurs de la sécurité publique et de la défense.
Sécurité publique et CUAS d’entreprise
Prédiction 1 : Adoption exponentielle des systèmes CUAS par les agences de sécurité publique
De stades en foires publiques, la défense de l’espace aérien devient un élément incontournable des plans de sécurité.
Les systèmes anti-drones s’étendront bien au-delà des aéroports et stades pour couvrir tous les grands lieux publics : concerts en plein air, parades, arènes sportives et rassemblements citoyens. La Coupe du Monde 2026 et les Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028 entraîneront la généralisation de la lutte anti-drones dans les dispositifs de sécurité à grande échelle. Des audits de sécurité de l’espace aérien deviendront obligatoires pour tout événement dépassant un seuil de fréquentation défini, imposés par les autorités locales et étatiques.
Prédiction 2 : La sécurité de l’espace aérien devient une norme de conformité pour les entreprises
En 2026, la sécurité aérienne passera d’une technologie émergente à une exigence corporative. Les grandes infrastructures, notamment dans l’énergie, la logistique et les technologies, intégreront la détection et le suivi des drones dans leurs audits classiques de sécurité physique. Les assureurs et experts en risques exigeront désormais des preuves de surveillance de l’espace aérien, comme ils le font aujourd’hui pour la cybersécurité. L’intelligence aérienne deviendra une couche intégrée des infrastructures de sécurité d’entreprise. Les capteurs anti-drones s’intégreront aux systèmes de conscience situationnelle en temps réel qui centralisent les informations terriennes, aériennes et périmétriques dans un tableau de bord opérationnel unique. L’automatisation des bâtiments, le contrôle d’accès et l’analyse vidéo intégreront les données issues de la surveillance aérienne, offrant une visibilité continue du sol au ciel.
Évolutions en entreprise :
- Sécurité aérienne ajoutée aux check-lists de conformité pour les audits d’assurances et de risques.
- Intégration aux systèmes de veille connectant la surveillance terrestre, aérienne et périmétrique en temps réel.
- Émergence d’API et de standards d’interopérabilité entre la sécurité physique, l’automatisation des bâtiments et les plateformes d’analyse vidéo.
Prédiction 3 : La convergence des usages positifs et défensifs de l’espace aérien
Les agences de sécurité publique et les entreprises cesseront de dissocier l’usage des drones de leur défense. Flottes DFR (Drone as First Responder), opérateurs de livraison et systèmes CUAS évolueront dans un espace aérien commun où détection, autorisation et résolution automatique des conflits se réaliseront simultanément. La conscience aérienne deviendra un tableau de situation partagé, connectant utilisateurs publics, commerciaux et privés via des protocoles de données et de confiance. Cette évolution brouillera la frontière entre réponse opérationnelle et protection, permettant la réalisation de missions légitimes tout en isolant automatiquement les vols inconnus ou dangereux.
Prédiction 4 : Le ciel se dotera d’autoroutes aériennes basses
Gouvernements et industriels lanceront la création de corridors aériens structurés pour drones — des voies fixes dans l’espace aérien de basse altitude fonctionnant comme des autoroutes pour vols autonomes. Ces premiers couloirs apparaîtront près des grandes métropoles et des centres logistiques, sous coordination de la FAA, des autorités étatiques et d’opérateurs majeurs tels qu’Amazon, Wing et Zipline. Chaque corridor s’appuiera sur une intégration des technologies UTM (Unmanned Traffic Management) et CUAS afin de gérer le trafic et éviter les incursions.
À terme, ces autoroutes formeront un réseau national de transport basse altitude, avec règles de priorité, niveaux d’altitude et dispositifs d’application, posant les bases d’opérations de drones sûres et évolutives en espace aérien partagé.
Usage des drones : interventions, livraisons, inspections et au-delà
Prédiction 5 : Les drones deviennent un équipement standard des forces de l’ordre
Les drones évolueront d’équipements spécialisés à un matériel standard de patrouille. Chaque agent ou véhicule de patrouille disposera d’un drone compact, facilement déployable, adapté aux opérations en espaces confinés, pour obtenir une observation immédiate lors de fouilles de bâtiments ou autres interventions en lieux clos. Parallèlement, des drones de patrouille autonomes stationnés sur base assureront la majeure partie des appels et de la veille opérationnelle. Ces systèmes automatisés, capables de décoller, recharger et redéployer seuls, fourniront une surveillance continue et des réponses rapides sur le territoire couvert. Ensemble, ils offriront un appui aérien multicouches, réduisant les délais d’intervention sans besoin d’effectifs supplémentaires.
Prédiction 6 : Partage du soutien aérien entre agences
Les agences de sécurité publique mutualiseront leurs ressources DFR au sein de réseaux locaux d’espace aérien. La gestion des missions dans le cloud, la définition de zones de vol partagées et des tableaux de commande unifiés permettront à la police, aux pompiers et aux services d’urgence médicale d’accéder aux mêmes flottes de drones stationnés sur plusieurs juridictions. La gestion des vols assistée par IA donnera la possibilité à un opérateur de superviser plusieurs drones simultanément lors d’incidents actifs, étendant la couverture en temps réel à l’échelle urbaine sans augmenter les effectifs. Les premiers consortiums publics-privés DFR offriront ainsi un soutien mutuel pour urgences, poursuites et catastrophes naturelles.
Prédiction 7 : La réglementation américaine Part 108 ouvre le ciel et impose une gestion intégrée de l’espace aérien
En 2026, la FAA finalisera la réglementation Part 108, autorisant les opérations BVLOS (Beyond Visual Line of Sight) courantes, ce qui accélérera l’adoption massive des drones pour les livraisons, inspections et programmes DFR. Cette réglementation clarifiera les responsabilités de priorité et légitimera les vols autonomes à grande échelle. L’augmentation des drones autorisés exigera cependant une gestion renforcée de la déconfliction aérienne et des mesures CUAS. La Part 108 accentuera la nécessité d’une gestion intégrée combinant opérations de drones, gestion du trafic UTM et systèmes anti-drones au sein d’un écosystème connecté. Ces nouvelles normes américaines encourageront d’autres pays à harmoniser leurs régulations, notamment l’Union européenne, le Royaume-Uni et l’Australie, qui adopteront des standards similaires pour permettre des corridors commerciaux dédiés. Des acteurs mondiaux comme Amazon, UPS et Zipline réclameront des cadres CUAS harmonisés, ouvrant de nouvelles perspectives à la technologie exportable de sécurité de l’espace aérien.
CUAS en défense
Prédiction 8 : Évolution des types et usages des UAS
En 2026, le concept de « défense de l’espace aérien » s’étendra à une défense multi-domaines des systèmes sans pilote, transformant la manière dont les forces militaires et les agences de sécurité détectent et répondent aux menaces. L’usage opérationnel de véhicules sous-marins sans pilote (UUV), véhicules de surface (USV) et véhicules terrestres (UGV), tous capables de missions ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et de livraison de charges utiles, se développera dans leurs environnements respectifs. Des micro-drones, y compris des « cybugs » mimant des insectes ou des plateformes bio-hybrides, passeront du prototype aux essais sur le terrain, offrant des capacités quasi indétectables pour espionnage, sabotage ou infiltration de sites sensibles. Parallèlement, les États multiplieront les investissements dans des drones intercepteurs autonomes ou semi-autonomes, conçus pour neutraliser ou capturer en vol des drones hostiles, comblant le fossé entre les moyens de guerre électronique perturbant les signaux et les réponses cinétiques traditionnelles. Ces systèmes — réseaux, cinétiques, ou à énergie dirigée — seront spécialement conçus pour opérer en toute sécurité au-dessus de zones peuplées ou sensibles. Face à la généralisation des défenses à base de radiofréquences (RF), les adversaires se tourneront vers des drones silencieux RF et entièrement autonomes, rendant obsolètes les anciens systèmes RF pilotés.
Prédiction 9 : Les grands industriels de défense adoptent une approche plus agile
Les longs cycles de développement et les matériels/logiciels propriétaires deviendront de moins en moins acceptables pour les clients de la défense. La rapidité de mise en service deviendra un critère d’achat, poussant les grands groupes traditionnels à fonctionner davantage comme des startups, en privilégiant les architectures ouvertes et en orientant plus souvent leurs choix vers l’achat plutôt que la conception en interne.
Prédiction 10 : De la défense « muraille aérienne » à des systèmes CUAS entièrement intégrés et en réseau
Les défenses localisées aux frontières ne suffisent plus. Des incidents ont montré que des drones peuvent être introduits éteints dans un pays, puis décoller profondément sur son territoire pour effectuer des missions très efficaces. Ces situations pousseront les États à étendre leurs réseaux de détection internes et à constituer des collaborations CUAS multilatérales, débutant en Europe et s’étendant ensuite à l’OTAN et aux partenariats indo-pacifiques. Ces réseaux iront au-delà du simple muraillement frontalier pour établir des systèmes CUAS interconnectés couvrant tout le territoire. Ces coalitions exploiteront des protocoles partagés d’intelligence aérienne, permettant l’échange en temps réel de signatures de drones, télémetrie RF et données d’incidents.
Prédiction 11 : Décisions d’engagement médiées par l’IA
La prochaine étape des systèmes anti-drones associera des outils d’aide à la décision basés sur l’intelligence artificielle à la supervision humaine, sur le modèle des systèmes de défense antimissile. Les capteurs automatiques et algorithmes de ciblage analyseront vitesse, trajectoire et comportement de la menace pour fournir des recommandations d’ouverture de feu en temps réel, plaçant l’humain dans la boucle sans le déléguer complètement. Ce modèle garantira des réponses plus rapides et sûres dans un espace aérien complexe, tout en allégeant la charge cognitive des opérateurs confrontés à plusieurs menaces simultanées. Les débats éthiques et politiques s’intensifieront alors que les forces testeront l’équilibre entre automatisation et accountability lors d’engagements cinétiques.
Les prédictions de cette année soulignent la convergence rapide entre opérations par drones et sécurité de l’espace aérien. Les agences de sécurité publique intègrent désormais les drones dans leurs interventions quotidiennes, les entreprises développent leurs usages des données aériennes tandis que les gouvernements redéfinissent les politiques aériennes pour anticiper de nouvelles menaces.
Les drones sont désormais présents sur tous les fronts et repoussent les frontières. La prochaine phase de la sécurité aérienne consistera à gérer la coexistence et contrer les menaces dans les domaines de la défense, de la sécurité publique et de l’entreprise.