Les attaques russes contre l’Ukraine, orchestrées à l’aide de missiles et de drones, sont devenues une constante depuis le début du conflit. Chaque jour, la Russie lance en moyenne une vingtaine de projectiles. Pour contrer ces menaces, l’OTAN a fourni à l’Ukraine d’importants stocks de missiles SAMP/T et Patriot, accompagnés d’équipements améliorant la détection, le contrôle de tir, la guerre électronique, ainsi que des chasseurs F-16 adaptés à l’interception des drones.
Face à ces dispositifs, les Russes ont constaté que leurs armes les plus efficaces étaient les missiles balistiques de courte portée, difficiles à intercepter en raison du court délai d’alerte, et du nombre insuffisant de systèmes de défense aérienne couvrant l’ensemble du territoire ukrainien. Heureusement, malgré leurs capacités, les frappes russes ne dépassent pas 740 missiles par mois, parmi lesquels seulement une douzaine sont des missiles balistiques réellement mortels.
Au début du conflit, la majorité des attaques russes étaient menées par des drones iraniens Shahed et des missiles guidés lancés depuis les airs. Ces drones, relativement bruyants, volaient à basse altitude et à faible vitesse, ce qui facilitait leur détection et leur destruction, y compris la nuit. Les défenses aériennes ukrainiennes, renforcées par des systèmes de l’OTAN, ont rapidement rendu impossible la circulation aérienne russe à l’intérieur du territoire ukrainien.
Les Russes ont alors adopté le lancement de bombes planantes depuis leur territoire, utilisant une guidage GPS bientôt rendu inefficace par la guerre électronique ukrainienne. Sept mois après l’invasion, les défenses aériennes ukrainiennes interceptaient plus de 80 % des missiles et drones d’attaque russes, grâce à une combinaison efficace de systèmes de défense et de contre-mesures électroniques.
Par la suite, les Russes ont concentré leurs attaques sur des cibles économiques dispersées sur toute l’Ukraine. Ce type d’objectifs étant nombreux et diffus, il était difficile à défendre entièrement. Toutefois, avec seulement un missile ou un drone lancé en moyenne par heure, ces attaques n’ont pas causé de dégâts majeurs. L’objectif russe semblait avant tout de briser le moral ukrainien, sans succès.
La diversité des équipements de défense aérienne fournis par l’OTAN est aujourd’hui complétée par des innovations ukrainiennes en détection, contrôle de tir et guerre électronique. Parmi ces équipements, le système NASAMS a suscité beaucoup d’attentes en raison de sa réputation. Développé en Norvège, il surpasse nettement le système russe Buk M1, similaire et utilisé tant par l’Ukraine que par la Russie, ainsi que tous ses concurrents de même catégorie. Le NASAMS a commencé à être livré en novembre 2022 et, fin 2024, huit batteries étaient déployées en Ukraine.
En 2025, neuf batteries supplémentaires devraient rejoindre les forces ukrainiennes, accompagnées de missiles AMRAAM ER à plus longue portée. Le NASAMS se révèle très efficace face aux frappes russes, interceptant souvent l’ensemble des missiles visant une zone protégée par une batterie de ce système.
Pour contrer cette efficacité, la Russie s’est mise à viser les batteries NASAMS ou leurs composants. Début 2024, une seule batterie avait subi un bombardement intense, avec quelques pertes matérielles. À ce jour, le NASAMS a intercepté plus de 500 missiles et drones russes.
La dernière version du NASAMS offre un rayon d’action missile d’environ 50 km et un radar de détection capable d’identifier des cibles jusqu’à 120 km. Le système Patriot, plus ancien et volumineux, dispose de missiles avec une portée de 120 km. Plus compacts et mobiles, les NASAMS complètent efficacement les Patriots dans la défense ukrainienne. Cela complique la tâche russe pour trouver des cibles valables non protégées par ces systèmes.
Un système norvégien aux performances reconnues
Le NASAMS, développé dans les années 1990 par la société norvégienne Kongsberg en partenariat avec l’américain Raytheon, est entré en service en 1998. Sa particularité réside dans l’utilisation des missiles air-air américains AMRAAM dans une configuration sol-air, combinée à un poste de commandement et un système de lancement spécialement développés. Cette adaptation ingénieuse d’un missile air-air en missile antiaérien terrestre est reconnue comme l’une des plus efficaces de sa catégorie.
Initialement, la Norvège disposait de six batteries NASAMS pour sa propre défense. Aujourd’hui, onze autres pays, notamment la Hongrie, l’Espagne, les Pays-Bas, le Chili, les États-Unis, la Finlande, la Lituanie et l’Ukraine, utilisent ce système, qui continue d’évoluer et d’être produit.
Une mise à jour majeure, le NASAMS 2, est entrée en service en 2007, élargissant son marché à d’autres pays.
Ce qui distingue particulièrement le NASAMS est son architecture ouverte, permettant son intégration avec de nombreux radars différents, contrairement à ses concurrents souvent limités. Initialement équipé du radar américain MPQ-64 Sentinel, le NASAMS est désormais compatible avec plus de 30 systèmes radar différents et quasiment tous les missiles air-air utilisés par les forces de l’OTAN. Cette flexibilité ne nécessite que des ajustements mineurs, notamment sur les lanceurs et le logiciel de contrôle de tir.
Sur le terrain, les batteries NASAMS peuvent utiliser les AIM-120 AMRAAM et leur variante à longue portée AMRAAM ER, ainsi que le missile IRIS-T européen et l’AIM-9X Sidewinder. L’intégration de l’IRIS-T est notamment remarquable : la Norvège possède un important stock de ces missiles pour ses F-16, mais, comme le F-35 norvégien ne peut pas utiliser l’IRIS-T, cette arme a été adaptée pour la défense sol-air dans le cadre du NASAMS, illustrant la polyvalence du système.
Une batterie NASAMS typique comprend 12 véhicules lanceurs, chacun équipé de six missiles, huit véhicules radar, un centre de commandement et un véhicule de contrôle tactique. Son rayon d’action limité à 30-50 km pour les missiles, et jusqu’à 160 km pour la détection radar, font du NASAMS un système adapté à la protection des zones urbaines et des infrastructures stratégiques. Il complète efficacement les systèmes ukrainiens S-300 ainsi que les batteries Patriot américaines déployées dans le pays.