Les secteurs de la défense et de l’aérospatial en Inde connaissent une dynamique remarquable, attirant les meilleurs diplômés des prestigieux Indian Institutes of Technology (IIT) vers des postes autrefois dominés par les grandes entreprises technologiques et les sociétés de trading à haute fréquence (HFT). À l’approche de la saison des recrutements universitaires de décembre 2025 pour les IIT les plus anciens tels que Bombay, Delhi, Madras, Kharagpur et Kanpur, les entreprises privées spécialisées en défense et technologies spatiales déploient des campagnes structurées, proposant des projets innovants en fabrication avancée, développement de fusées et technologies stratégiques, intégralement réalisés en Inde.

Les acteurs majeurs de cette mutation sont à la fois des groupes établis et des startups innovantes, tirant parti des initiatives gouvernementales favorisant l’indigénisation et l’ouverture à la production privée dans le secteur de la défense. La division Precision Engineering & Systems de Larsen & Toubro, qui couvre les activités défense et aérospatiales du conglomérat, prévoit de recruter environ 175 ingénieurs spécialisés sur les campus, ciblant des domaines clés liés à ses nombreux projets en cours. Cette stratégie s’inscrit dans la volonté de L&T d’obtenir d’importants contrats dans le cadre du Defence Procurement Manual 2025, aux côtés d’autres entreprises comme Mazagon Dock Shipbuilders et Tata Advanced Systems.

Sur le front des technologies spatiales, le pionnier Skyroot Aerospace, soutenu par Temasek et fondé par des anciens élèves des IIT, a mené sa première campagne structurée de recrutement auprès de 20 établissements d’excellence, dont plusieurs IIT. Sur plus de 3 500 candidatures, la société a proposé des contrats à environ 65 ingénieurs, soulignant une sélection rigoureuse pour des talents dédiés aux futurs lancements commerciaux de fusées. D’autres acteurs émergents comme Nabhdrishti Aerospace et LAT Aerospace, soutenus par Deepinder Goyal, fondateur de Zomato, participent également activement aux campagnes universitaires, rivalisant directement avec les géants mondiaux de la tech et les sociétés HFT offrant des rémunérations très attractives.

Cette tendance traduit une évolution majeure : le recrutement dans la défense s’élargit au-delà des rôles traditionnels dans les entreprises publiques telles que Hindustan Aeronautics Limited ou Bharat Electronics Limited, vers des opportunités grandissantes dans le secteur privé. La privatisation progressive de l’espace et de la défense, conjuguée à des marchés de plusieurs milliards de dollars dans la fabrication de satellites, les drones et les systèmes de renseignement, offre désormais des carrières solides et innovantes pour des ingénieurs de haut niveau en Inde. Les startups basées à Hyderabad, Bengaluru et ailleurs développent des écosystèmes permettant aux jeunes diplômés de participer à des projets de pointe sans devoir s’expatrier.

La concurrence est féroce, avec les entreprises de défense et d’aérospatial affrontant les sociétés HFT qui proposent parmi les salaires les plus élevés, ainsi que les multinationales technologiques offrant des postes à l’international. Néanmoins, l’attrait de contribuer à des priorités nationales telles que l’autonomie technologique, couplé à la possibilité de travailler directement sur la propulsion, l’avionique ou les matériaux avancés, suscite un intérêt fort. Les équipes de recrutement des IIT constatent une participation accrue des secteurs défense et aérospatial, reflétant une croissance soutenue par les réformes et les collaborations internationales.