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En 2025, les tensions géopolitiques entre grandes puissances se renforcent, marquées par des avancées militaires, des rivalités économiques et des positionnements stratégiques. Cette analyse revient sur les développements récents impliquant la Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord et les groupes jihadistes.

Russie

Ces deux dernières semaines, la Russie a consolidé sa présence en Ukraine en capturant environ 270 km², dont l’entrée à Pokrovsk et la prise majeure de Chasiv Yar dans la région de Donetsk. La chute de Chasiv Yar rapprocherait Moscou de l’encerclement de Kostiantynivka, bastion ukrainien stratégique.

Le président américain Donald Trump a durci son ton à l’égard de la Russie, imposant un ultimatum au 8 août pour un cessez-le-feu, tout en signant le 6 août un décret visant à instaurer des droits de douane sur les importations indiennes de pétrole russe dès le 27 août. Il a par ailleurs menacé d’étendre ces mesures protectionnistes à d’autres pays importateurs. Malgré ces tensions, Trump a exprimé un certain optimisme suite à la visite à Moscou de l’envoyé spécial Steve Witkoff et les discussions avec Vladimir Poutine. Le 1er août, en réaction à des propos provocateurs de l’ancien président russe Dmitri Medvedev, Trump a ordonné le déploiement de deux sous-marins nucléaires américains « dans les zones appropriées », une mesure rapidement relativisée par le Kremlin.

Le Kremlin, quant à lui, minimise l’impact des sanctions et se montre confiant dans une victoire militaire. Le chef d’état-major russe a estimé que les lignes de front ukrainiennes pourraient s’effondrer en deux à trois mois. Moscou envisage également une possible suspension des frappes de missiles et de drones afin d’atténuer la pression internationale tout en poursuivant les opérations terrestres, notamment pour interrompre les attaques ukrainiennes sur ses raffineries.

Station de chemin de fer de Lozova après un bombardement russe

Conséquences d’une frappe de drones russes sur la gare ferroviaire de Lozova dans la région de Kharkiv, Ukraine.

Chine

Le 24 juillet, le dirigeant chinois Xi Jinping a rencontré à Pékin la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa lors du 25e sommet UE-Chine. Les responsables européens ont exprimé leurs préoccupations concernant les pratiques commerciales chinoises, notamment les contrôles à l’exportation sur les minerais de terres rares et la surcapacité industrielle. Cependant, les discussions ont peu avancé, les autorités chinoises imputant à l’Europe ses propres difficultés économiques. Pékin a affiché une volonté limitée d’aborder la question de la surcapacité et de promouvoir une consommation intérieure accrue, sans convaincre la majorité des observateurs.

Le Politburo a annoncé le 30 juillet la tenue en octobre à Beijing de la 4e session plénière du 20e Congrès du Parti, qui aura pour priorité l’adoption du 15e plan quinquennal de développement économique et social de la Chine.

Le 1er août, les forces navales chinoises et russes ont initié des exercices conjoints en mer du Japon. Ces manœuvres régulières prennent un relief particulier dans le cadre d’une coopération militaire renforcée entre Pékin et Moscou, source d’inquiétudes notamment pour le Japon.

Rencontre des dirigeants européens avec le Premier ministre chinois

Rencontre entre dirigeants de l’Union européenne et de la Chine à Pékin.

Iran

Après une année difficile pour ses stratèges en sécurité nationale, l’Iran a pris deux mesures visant à stabiliser sa position. La création d’un Conseil de Défense réunissant les hauts cadres politiques et sécuritaires, ainsi qu’un remaniement du Conseil suprême de sécurité nationale, avec la nomination d’Ali Larijani comme secrétaire, marquent une tentative de coordination renforcée. Ce renforcement institutionnel reflète les difficultés régionales d’Iran, affaibli par la chute du régime Assad en Syrie, l’affaiblissement du Hezbollah au Liban et les frappes israélo-américaines de juin dernier qui l’ont surpris par leur efficacité militaire et renseignement.

Le Conseil de Défense vise à mieux préparer une éventuelle fin précaire du cessez-le-feu avec Israël, jugée probable à Téhéran. Ali Larijani, homme politique expérimenté dont la carrière a connu des hauts et des bas, notamment interdit de candidature présidentielle lors des deux derniers scrutins par les organes de surveillance du régime, conserve une influence notable comme conseiller du guide suprême. Sa présence pourrait modérer partiellement les choix stratégiques iraniens.

Ali Larijani en 2016

Ali Larijani, nouveau secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien.

Corée du Nord

Fin juillet, la Corée du Nord a publié deux déclarations concernant la possibilité de reprendre la diplomatie avec la Corée du Sud et les États-Unis. Le 28 juillet, Kim Yo Jong, sœur du dirigeant Kim Jong Un, a répondu aux gestes de détente du président sud-coréen Lee Jae-myung. Elle a qualifié de « réversible » la suspension des diffusions par haut-parleur, l’arrêt des campagnes de tracts, la potentielle autorisation du tourisme sud-coréen et la suspension des émissions radio anti-régime, estimant que ces mesures ne modifieraient en rien la perception hostile actuelle entre les deux États. Elle a utilisé l’expression « relations DPRK-ROK » pour souligner l’absence de notion d’unification, affirmant que Pyongyang n’a « aucun intérêt » à reprendre les négociations.

Le jour suivant, Kim Yo Jong a émis une déclaration similaire sur les relations avec Washington. En réponse aux propositions américaines de relancer les pourparlers sur la dénucléarisation, elle a rappelé que « 2025 n’est ni 2018 ni 2019 », soulignant la position irréversible de la Corée du Nord comme État nucléaire. Cependant, elle a reconnu que la « relation personnelle » entre Kim Jong Un et le président américain actuel n’était « pas mauvaise », suggérant qu’éviter une confrontation pourrait être bénéfique.

Délégation sud-coréenne avec dirigeants nord-coréens

Une délégation sud-coréenne en visite auprès de Kim Jong Un et Kim Yo Jong à Pyongyang en 2018.

Groupes jihadistes

Le Conseil de sécurité des Nations unies a publié son 36e rapport semestriel sur l’État islamique, Al-Qaïda et leurs affiliés. Selon ce document, la direction d’Al-Qaïda reste « faible » mais continue de donner des « orientations stratégiques » à ses branches. Le groupe exploite la colère suscitée par la situation à Gaza pour financer ses activités et inciter des attaques isolées. Ses branches africaines, notamment Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin au Sahel et Al-Shabaab en Afrique de l’Est, renforcent leur contrôle territorial, augmentant leurs capacités de financement et de recrutement.

En Irak et en Syrie, la pression anti-terroriste a affaibli l’État islamique, bien que l’instabilité syrienne puisse offrir de nouvelles opportunités. En Afrique, l’organisation poursuit son expansion. Par ailleurs, l’inquiétude grandit face à la circulation de combattants étrangers vers l’Asie centrale et l’Afghanistan pour soutenir la province du Khorassan dans ses opérations déstabilisatrices régionales et sa campagne globale d’actions extérieures.

Combattants Al-Shabaab en Somalie

Combattants d’Al-Shabaab en Somalie en 2025.