Une délégation américaine est attendue la semaine prochaine en Inde pour négocier la vente de six avions de patrouille maritime P-8I, dans un contexte de tentative de réchauffement des relations bilatérales tendues.
Ce déplacement vise à sceller un accord estimé à 4 milliards de dollars en faveur de la Marine indienne, renforçant ainsi leur flotte navale.
La délégation, composée de hauts responsables du département américain de la Défense et de représentants de Boeing – le fabricant du P-8 Poseidon déjà en service dans la marine indienne – intervient alors que l’administration Trump dénonce à plusieurs reprises les acquisitions d’équipements russes par l’Inde.
Bangalore. Une mission américaine doit se rendre en Inde entre le 16 et le 19 septembre pour mener des négociations portant sur la vente de six nouveaux avions de patrouille maritime P-8I à la marine indienne. Cette démarche s’inscrit dans la continuité des contacts bilatéraux visant à rétablir des relations jusque-là fragilisées par un différend commercial.
Le contexte diplomatique est particulièrement sensible. En effet, l’administration Trump a multiplié les critiques à l’encontre de l’Inde, notamment en raison de ses achats d’armements russes. Par ailleurs, la décision du président Trump de doubler les droits de douane américains sur certains produits indiens, tout en imposant une taxe punitive de 25 % liée aux approvisionnements russes en pétrole, a provoqué une tension inhabituelle entre les deux pays, jamais vue depuis près de vingt ans.
Malgré ce contexte, des signes de détente apparaissent. Le Premier ministre Narendra Modi et le président Donald Trump ont récemment échangé de manière positive sur les réseaux sociaux, évoquant la possibilité d’aboutir rapidement à un accord commercial.
La délégation américaine réunira des responsables expérimentés du Bureau de la politique du département de la Défense, du Navy International Programs Office (NIPO), du Maritime Patrol and Reconnaissance Aircraft Program Office (PMA 290), ainsi que de la Defense Security Cooperation Agency (DSCA).
NIPO supervise la coopération maritime internationale en promouvant l’exportation et le transfert de capacités stratégiques. PMA 290 est chargé de l’acquisition, du soutien et de la livraison des avions de patrouille maritime.
Le montant final du contrat sera précisé durant les discussions, mais il avoisinera les 4 milliards de dollars, selon plusieurs sources.
La Marine indienne exploite déjà une flotte de 12 appareils P-8I répartis en deux escadrons basés à Arakkonam et Goa. Ces avions ont été acquis en deux phases : huit appareils en 2009 via un contrat de 2,2 milliards de dollars, puis quatre supplémentaires en 2016. Ces avions renforcent la capacité navale indienne dans les domaines de la guerre anti-sous-marine et anti-surface.
Leur rôle en matière de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) a été déterminant notamment lors des affrontements menés en zone Doklam et dans la région du Ladakh face à la Chine. L’Inde et l’Australie, également opérateurs du P-8, ont développé l’interopérabilité entre leurs forces à travers des exercices conjoints et des patrouilles maritimes.
Le communiqué conjoint issu de la rencontre Modi-Trump à Washington le 13 février mentionnait la volonté de « finaliser l’acquisition de six avions P-8I supplémentaires afin d’étendre la portée de la surveillance maritime indienne ». Depuis, l’administration américaine presse l’Inde de s’équiper davantage en matériels militaires américains.
Un expert cité dans l’article souligne que certains équipements comme le F-35 ne correspondent pas aux besoins indiens, tandis que le P-8I reste parfaitement adapté compte tenu de son exploitation préalable par la marine indienne et de ses performances en ISR.
Les contacts entre les deux pays, même en pleine crise commerciale, se poursuivent notamment via le mécanisme du Defence Policy Group et les entretiens virtuels du « 2+2 » réunissant les ministères de la Défense et des Affaires étrangères. L’objectif principal est de redresser la dynamique bilatérale.
La récente visite du Premier ministre Modi en Chine, sa première en sept ans, pour le Sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), ainsi que ses rencontres avec le président chinois Xi Jinping et le président russe Vladimir Poutine, sont également perçues comme des facteurs influençant la position de l’administration Trump.
Le secrétaire adjoint américain à la Défense pour l’Asie du Sud, Andrew Byers, s’est rendu en Inde du 16 au 20 août, tandis qu’Alka Patel, conseillère principale pour la politique numérique et cyber de l’administration américaine, a mené des discussions à New Delhi début septembre dans le cadre de la « feuille de route » sur l’intelligence artificielle. John Tengalia, directeur principal en charge des contrats et tarifications de la Défense américaine, a également été présent en Inde en juillet afin d’évoquer un accord réciproque de passation de marchés de défense.
Malgré la prépondérance russe, qui fournit près de 60 % du parc militaire indien, les États-Unis sont devenus un fournisseur stratégique majeur au cours des vingt dernières années. Depuis 2008, New Delhi a signé des contrats militaires américains d’une valeur d’environ 24 milliards de dollars, portant notamment sur des appareils de transport C-130J Super Hercules, C-17 Globemaster III, des hélicoptères de combat Apache et CH-47F Chinook, de l’artillerie M777, des missiles anti-navires Harpoon, ainsi que des drones MQ-9B.
En 2016, les États-Unis ont accordé à l’Inde le statut de « partenaire majeur en matière de défense », permettant un accès sans licence à un ensemble de technologies militaires et duales. Plusieurs accords fondamentaux – LEMOA (logistique), COMCASA (communications sécurisées), et ISA (sécurité industrielle) – ont été signés pour renforcer la coopération militaire.
En dépit des tensions commerciales récentes, l’Inde met l’accent sur les aspects à long terme de son partenariat avec Washington, particulièrement en matière de défense et sécurité, domaines dans lesquels des liens étroits se sont continuellement développés depuis deux décennies.
Le ministère indien des Affaires étrangères réaffirme son engagement à avancer sur la base du respect mutuel et des intérêts partagés. Plusieurs initiatives de coopération et l’exercice conjoint Yudh Abhyas, tenu en août, témoignent de cette volonté.
Parallèlement, New Delhi justifie ses achats de pétrole et de matériels russes par ses impératifs de sécurité énergétique et nationale.
Depuis l’imposition des sanctions occidentales contre Moscou en raison de l’invasion de l’Ukraine en février 2022, l’Inde a considérablement augmenté ses importations de pétrole russe, qui est désormais son principal fournisseur, avec une part passant de 1,7 % en 2019-2020 à 35,1 % en 2024-2025.
Un accord à 4 milliards de dollars pour renforcer les relations américano-indiennes
La négociation de cette nouvelle commande de P-8I illustre la volonté commune de restaurer des liens stratégiques mis à mal par des tensions commerciales et des critiques américaines sur les contrats russes de l’Inde.
Composition de la délégation et enjeux des négociations
La forte représentation américaine illustre l’importance donnée à ce dossier. Outre les bureaux stratégiques et commerciaux, la DSCA supervise la coopération en matière de sécurité et d’équipement. L’objectif principal est de finaliser les modalités techniques et financières du contrat.
Le partenariat militaire entre l’Inde et les États-Unis : un cadre global en évolution
Depuis plus de vingt ans, et malgré des différends ponctuels, la coopération en matière de défense connaît une montée en puissance notable. Le P-8I, développé à partir du Boeing 737, est une pièce maîtresse pour la surveillance maritime indienne et renforce la posture stratégique de l’Inde dans la région Indo-Pacifique.
Cette collaboration s’inscrit dans un cadre plus vaste incluant des accords de partage logistique, de communication sécurisée et de protection industrielle, conditions essentielles pour une intégration accrue des forces armées des deux pays.
Modi : “Des partenaires naturels”
Dans la continuité de ces évolutions, le Premier ministre Narendra Modi a récemment qualifié l’Inde et les États-Unis de “partenaires naturels”, soulignant les efforts conjoints pour lever les barrières commerciales et conclure un accord bilatéral. Ces déclarations, en réponse aux propos de Donald Trump, témoignent d’une volonté partagée de consolider le partenariat stratégique malgré les challenges actuels.
Les échanges positifs entre les deux dirigeants sur les réseaux sociaux, les visites diplomatiques et les négociations en cours, notamment autour des P-8I, montrent que les liens militaires et économiques entre Washington et New Delhi restent solides et en voie de redynamisation.