Un rapport de Reuters publié le 2 août 2025, intitulé « Comment le Pakistan a abattu le chasseur dernier cri de l’Inde grâce à un équipement chinois », affirme qu’un avion de chasse Chengdu J-10CE de la Force aérienne pakistanaise (PAF), équipé d’un missile PL-15 d’origine chinoise, aurait abattu un Dassault Rafale de l’Armée de l’air indienne (IAF) à une distance de 200 kilomètres lors d’un affrontement aérien le 7 mai 2025.
Ce reportage, qui s’appuie sur des sources anonymes américaines et pakistanaises, présente cet événement comme un jalon important pour la technologie militaire chinoise, posant en même temps des interrogations sur l’efficacité des matériels occidentaux, tels que le Rafale, face à leurs homologues chinois. Pourtant, les données techniques disponibles concernant le missile PL-15 et sa version export PL-15E, ainsi que les éléments matériels retrouvés en Inde, à cela s’ajoutent les incohérences dans le récit de Reuters, remettent sévèrement en question cette affirmation.
Une analyse technique rigoureuse montre les limites du missile PL-15E et l’absence de preuves tangibles validant les allégations pakistanaises.
Le missile PL-15, développé par la Chine, dispose d’un radar à ouverture synthétique et d’un système de guidage actif prometteurs, mais sa portée effective dans sa version export, le PL-15E, est largement revue à la baisse par rapport à la version chinoise destinée à l’Armée populaire de libération (APL). Cette réduction est connue dans les milieux spécialisés et découle de limitations imposées à l’exportation pour éviter la prolifération d’armements trop avancés.
De plus, le prétendu tir à 200 kilomètres pose un sérieux problème de faisabilité technique. Un engagement à cette distance suppose non seulement la détection et le suivi du Rafale par le J-10CE sur une portée extrême mais aussi la capacité du missile à maintenir le guidage durant un temps de vol important. Or, les systèmes de détection et de commandement embarqués sur le J-10CE ne sont pas officiellement reconnus comme capables de soutenir une telle performance contre un chasseur furtif et très mobile comme le Rafale.
Les éléments récupérés après l’incident ne comportaient pas de débris de missile PL-15 correspondant à la description, et aucune preuve indépendante ne corrobore la version d’un tir réussi à cette distance. En outre, d’importantes contradictions apparaissent lorsqu’on confronte les témoignages anonymes du rapport aux caractéristiques connues du matériel militaire impliqué.
En définitive, la thèse d’un abattage du Rafale à 200 kilomètres par un J-10CE armé d’un PL-15 est infondée tant sur le plan technique que factuel. Cette mise au point s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu où la désinformation et la surenchère médiatique peuvent influer sur la perception des capacités militaires des protagonistes concernés.
Ces éléments invitent à la prudence quant à la diffusion de telles affirmations, qui risquent d’alimenter des débats stratégiques erronés sur la supériorité des armements occidentaux face aux nouvelles générations de matériels chinois.