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Des rumeurs récentes prétendent que la flotte de Rafale du Qatar aurait offert au Pakistan un modèle tactique pour abattre les avions indiens, ou que les livraisons prochaines aux Émirats arabes unis transmettraient la technologie française directement à Pékin. Ces assertions, très relayées dans certains cercles de défense, reposent pourtant sur des exagérations et des affirmations non vérifiées, souvent amplifiées par des campagnes de désinformation adverses. L’apparition au combat du Rafale lors des accrochages entre l’Inde et le Pakistan en mai a plutôt démontré sa robustesse, tandis que les protections françaises garantissent la confidentialité des données sensibles. Ce récit de « fuites de secrets » risque d’affaiblir la confiance envers l’un des facteurs-clés de la supériorité aérienne indienne, sans preuves tangibles.

L’affirmation selon laquelle les Rafale qataris auraient formé les pilotes pakistanais via des vols en double commande ou des simulations de combat aérien, influençant les affrontements de mai, repose sur une combinaison de rumeurs anciennes et d’interprétations partielles d’exercices multinationaux. Certes, du personnel de la Force aérienne pakistanaise (PAF) a participé à des exercices conjoints avec la flotte qatarie — comme le rendez-vous « Spears of Victory » de 2024 où des JF-17 ont combattu aux côtés des Rafale — mais il s’agit là d’entraînements d’interopérabilité classiques, sans transfert de technologies sensibles.

Un rapport publié en janvier 2024 évoquait que sept pilotes pakistanais de J-10CE auraient pris place dans les cockpits arrière des Rafale DH qataris pour des vols d’initiation. Il s’agissait cependant d’une familiarisation aux commandes de base, sans exposition aux systèmes avioniques propriétaires ou aux suites de guerre électronique Spectra, qui constituent le cœur de l’avantage du Rafale. Les autorités françaises, appuyant une mise au point faite en 2019 par l’ambassadeur Alexandre Ziegler, ont catégoriquement démenti une quelconque formation pakistanaise avancée sur Rafale, qualifiant ces allégations de « fake news » et rappelant les accords de non-divulgation (NDA) stricts empêchant tout partage de données sensibles.

Le battage sur les réseaux sociaux, notamment des publications sur X vantant les louanges de l’émir Tamim envers les instructeurs pakistanais, ignore que le Qatar s’appuie depuis longtemps sur l’expertise pakistanaise pour sa formation pilote — bien avant l’arrivée du Rafale. Les inquiétudes exprimées par l’Inde en juin 2025 concernant ces liens ont donné lieu à des notes diplomatiques à Paris, mais aucune preuve de fuite d’informations sur les performances des appareils n’a émergé. Comme le souligne un analyste, « les exercices conjoints construisent des alliances, pas des modèles tactiques ; la ‘courbe d’apprentissage’ de la PAF a été raccourcie majoritairement par les missiles PL-15 chinois, plus que par de simples vols en place arrière. »

Le Pakistan a revendiqué plusieurs « kills », dont la destruction confirmée d’un Rafale indien, alimentant la spéculation selon laquelle l’exposition via le Qatar aurait facilité cet exploit. Les analyses OSINT ont en effet capturé des débris correspondant à un crash de Rafale près de la ligne de contrôle (LoC) le 7 mai, mais les circonstances restent floues — pouvant résulter d’un tir au sol ou d’un incident ami lors d’engagements au-delà de la portée visuelle (BVR) particulièrement chaotiques.

Les analyses post-conflit, notamment les rapports de Reuters et Al Jazeera, soulignent que l’avantage de la PAF reposait surtout sur les radars J-10C chinois et la portée des missiles PL-15, non sur une familiarité avec le Rafale. « Le Pakistan a infligé des dégâts mais au prix fort », indique une simulation du Stimson Center, créditant les Rafale de l’Indian Air Force (IAF) pour 70 % des frappes confirmées dans le cadre de l’opération Sindoor. Le mythe de la « courbe d’apprentissage raccourcie » omet de prendre en compte l’intégration supérieure par l’IAF des missiles Meteor, qui surpassaient largement les menaces pakistanaises.

La prochaine livraison de 80 Rafale à Abu Dhabi — contrat signé en 2021 pour 17 milliards d’euros — a suscité des craintes d’espionnage de la part de la Force aérienne chinoise (PLAAF), au vu du rapprochement entre les Émirats et Pékin. Toutefois, cela méconnaît les contrôles d’exportation stricts imposés par Dassault : les versions livrées aux Émirats ne disposent pas des mises à jour complètes Spectra ni des intégrations spécifiques à l’Inde, telles que les modes radar RBE2-AA adaptés aux opérations himalayennes.

Les exercices conjoints Émirats-Chine en 2024 ont effectivement déclenché des alertes occidentales sur un possible repérage technologique, mais ils impliquaient des Mirage 2000, pas des Rafale — dont la livraison est repoussée à 2027. Plus préoccupant encore, selon les renseignements français, une campagne massive de désinformation chinoise en juillet 2025, utilisant réseaux d’ambassades et faux générés par intelligence artificielle, visait à ternir la réputation du Rafale après l’opération Sindoor, dans le but de compromettre des ventes en Indonésie et en Serbie. « La Chine ne récupère pas de données ; elle sème le doute », confiait une source de la DGSE à Arab News, soulignant qu’aucune fuite n’a été rapportée, malgré l’échec de la candidature des Émirats pour les F-35 sur fond d’inquiétudes similaires d’espionnage.

Quant à un éventuel transfert de données vers la Russie ou le Pakistan, cela paraît hautement improbable. Les accords franco-émiratis comportent des dispositifs stricts de contrôle de l’utilisateur final, tandis que les relations entre la Russie et l’Inde sont déjà complexes, notamment à cause des difficultés liées au système S-400. Pour sa part, le Pakistan concentre ses efforts doctrinaux via la Chine sur les améliorations du JF-17, et non sur un reverse engineering français, démarche qui, selon les évaluations de The Economist, n’a produit qu’un J-10C décevant.